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Le triomphe de la vérité

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Edito du 24 mars 2014: Syndicalisme en défis


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Il fallait s’y attendre. Il se passe comme un désordre dans la maison syndicale aujourd’hui. Au niveau du Front des trois ordres d’enseignement, la sortie de la grève prend des allures de confusion généralisée. Deux ailes s’affrontent sur la suspension ou non de la motion de grève. Et tandis que les deux camps semblent courir droit vers une division irrécusable de ce bloc, l’on assiste impuissant à la victoire du gouvernement sur les enseignants. Leurs positions tranchées, nourries de suspicions, de délations et de fracas tendront vers une radicalisation des positions. Boni Yayi peut se frotter les mains : il a réussi le pari de la haine pour diviser l’une des forces les plus essentielles des centrales syndicales.

               Car les secrétaires généraux des centrales ne sont rien sans les syndicats de base qui leur fournissent des troupes pour les grands combats que sont les grèves. Dans un contexte de grève générale, le coup de boutoir du Front qui a suspendu unilatéralement sa motion est avant tout un cinglant désaveu aux centrales syndicales. C’est comme si quelqu’un sciait la branche sur laquelle les centrales sont assises, celle qui leur permettait de bomber le torse devant l’exécutif. A y voir de près, de la grève, il ne reste plus grand-chose actuellement. Les magistrats ont repris, les praticiens hospitaliers également et voilà que les enseignants ont la mauvaise idée ( !!!) de tourner dos à la grève. Concrètement, Pascal Todjinou et les autres se retrouvent esseulés au milieu de la foule des travailleurs qui ne les regardent désormais que d’un œil perplexe : quand allez-vous finir avec votre jusqu’au boutisme ? Semble-t-on leur lancer. Ce sont en tout cas presque des généraux sans troupes qui avancent désormais dans une mer pleine d’inconnues.

               De fait, il ne reste pas grand-chose aux responsables syndicaux qu’à user de l’arme de la violence « légitime » pour contraindre leurs camarades à ne pas respecter les consignes appelant à la reprise. Les stratégies sont connues : intimidations, menaces, rappels à l’ordre, contrôles… La panoplie débouche parfois sur des bastonnades. Mais dans le contexte actuel, l’arme de la menace et de l’intimidation est inopérante. La reprise, même lente, est en cours. Ce sera sans doute les mécontents les plus ataviques qui choisiront demain de marcher sur la préfecture en signe de protestation.

La marche projetée permettra aux leaders syndicaux non seulement de tester leurs forces mais aussi de prendre dans la rue ce qu’ils ont perdu dans les classes, les hôpitaux et les administrations : leur capacité de mobilisation. La marche de demain sera une opération de sauvetage plutôt que de protestation. Parce qu’en leur for intérieur, même s’ils ne le disent pas ouvertement, les syndicalistes se sentent floués par le cours des événements. Ils ne maîtrisent plus la troupe. A cela s’ajoute l’impression (désastreuse) que le régime Yayi les a eus à l’usure. La « trahison » des frontistes vient briser un élan vers un nouveau souffle qui eût pu contribuer à une escalade salvatrice. Il n’en sera rien.

               Boni Yayi a-t-il gagné le challenge ? Je ne le crois pas du tout. S’il s’agissait même d’une victoire, c’eût été réellement une victoire à Pyrrhus. Elle a coûté trop cher pour qu’on l’appelle victoire. C’est une débâcle de la gouvernance. A un ami qui me demandait mon avis sur ce qu’aurait dû faire le Chef de l’Etat face au blocage, j’ai expliqué comment il était plus facile dès le début de reconnaitre ses torts et de trouver très vite une solution palliative que de gérer aujourd’hui la cacophonie née de l’impasse. Et je le redis : l’entêtement de Yayi à avancer tête baissée est le véritable moteur de la crise. Cette situation constitue une menace pour le futur. Jusqu’ici, personne ne peut dire concrètement  en quoi les interventions de Yayi ont contribué au dégel. Au contraire, elles ont participé à exacerber la crise.

               La grève démontre ainsi la difficulté à faire face durablement à un gouvernement déterminé à ne pas démordre. Elle sonne peut-être un autre destin pour les secrétaires généraux tutélaires obligés de trouver une porte-secours, à moins de ruiner le petit capital sympathie qui demeure encore au sein de leurs militants les plus fervents.

Par Olivier ALLOCHEME

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