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Le triomphe de la vérité

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Persistance de la crise sociale en dépit des actions du gouvernement: Lucien Médjico accuse le «pré-carré religieux» autour de Yayi


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Lucien MedjicoLe président des Jeunes Turcs de la République, Lucien Médjico se dit très peu satisfait du dernier message du chef de l’Etat à la nation, face à la montée de la crise sociale dans le pays. Il estime qu’il devrait aller au-delà de la restitution des défalcations opérées, en revenant leur demander pardon et en limogeant les autorités, commanditaires de la répression du 27 décembre 2013, comme l’exigent les syndicalistes. Lucien Médjico dénonce également ce qu’il qualifie de « pré-carré religieux » autour de Boni Yayi qui, à le croire, est à la base de tous les problèmes que le Chef de l’Etat a  aujourd’hui.

 

 

Evènement Précis : Depuis quelques temps, notre pays est secoué par une grave crise sociale, et vous étiez l’un des premiers hommes politiques à appeler le Chef de l’Etat à la décrispation, à ramener la balle à terre, que ce soit au plan social, politique et économique. Le Président Yayi vient de lancer un message à la nation pour décrisper l’atmosphère. Qu’est-ce que vous en dites ?

 

Lucien Medjico : Je crois que son excellence, le Président Boni Yayi a fait une très belle option, mais elle a été faite à moitié, car les actes devraient automatiquement suivre, aussitôt la décision prise. C’est cela le pouvoir. Les caisses de l’économie devraient être ouvertes, deux heures de temps après la prise de cette décision pour que les ayant droits puissent commencer par percevoir ce qui leur est dû. Ça donnerait déjà une visibilité claire de la décision prise. Il a fait un pas de géant, mais il fallait qu’immédiatement, les actes suivent. Je souhaite donc qu’il aille plus loin dans les décisions. Il n’y a pas que celle visant à restituer les défalcations. Il y a aussi la question du limogeage du préfet Placide Azandé et du commissaire central de Cotonou. Il le faut aussi parce que nul n’est éternel à son poste. Il faut qu’il le fasse, cela ne lui coûte rien absolument, car ceux qui gangrènent le pouvoir sont encore avec le pouvoir et cela n’est pas normal. Ce ne sont pas les opposants, c’est nous-mêmes qui sommes autour du chef de l’Etat. Donc, s’il y a une gangrène quelque part, il faut absolument l’amputer.

 

Apparemment, ce message ne vous a donc pas satisfait ?

 

Pas du tout. En tant que partisan du pouvoir, voulant le bien du chef de l’Etat, voulant que mon père soit propre vis-à-vis de la population, et ayant combattu ceux qui sont aujourd’hui autour de lui, et qui le combattaient à l’époque, je souhaiterais que le chef de l’Etat prenne encore des décisions plus hardies.

Pour vous donc, les syndicalistes ont pleinement raison de poursuivre la grève ?

 

Ils ont raison, et je ne le dirai jamais assez. Il ne faut que leur demander pardon, mille fois pardon. Et si j’étais à la place du président, je le dirai en toute humilité.

 Mais le président pense plutôt qu’ils sont manipulés dans cette grève

 

 Non, ce n’est pas possible. Les gens ne peuvent pas être tabassés de cette manière et on va parler de manipulation. Ce sont après tout des pères de familles, eux aussi. A la télé, les enfants ont vu leurs pères tabassés. Boni Yayi n’avait pas demandé tout cela. Il devrait donc se tirer d’affaire. C’est lui qui est l’élu. Il ne savait même pas que quelque chose se passait. Mais pour démontrer sa bonne foi, il devrait évacuer tout cela en faisant une petite déclaration qui assouplirait et adoucirait les mœurs qui fragilisent un peu les ardeurs. Ne serait-ce qu’un petit mot, et ç’en aurait été fini, les Todjinou ne sont pas des dieux. Aujourd’hui, ils sont plus forts parce que Dieu leur donne raison, parce que le sang a coulé. Et grave, on est allé mentir au Chef de l’Etat en disant que c’est le sang d’un chien ou d’un mouton qui a été versé sur les corps des personnes blessées. Ce sont des choses qui ne se disent pas. Et le président s’est laissé piéger.

De manière concrète, qu’est-ce que vous proposez ?

 

 Je propose que la rétrocession des défalcations soit une réalité, que le limogeage l’accompagne et que tout reprenne à travers la réconciliation, le pardon et le dialogue franc.

Au plan économique aussi, les problèmes persistent toujours. Est-ce que vous ne pensez pas que la politique et l’économique s’associent pour aggraver la tension sociale ?

 

 Lorsque l’incompréhension règne entre la politique et l’économie, nous avons toujours les signaux au rouge. Et c’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui. J’ai demandé pardon au chef de l’Etat pour plusieurs raisons : ceux qui font l’économie, c’est Talon, Ajavon et autres. Même si personne ne veut entendre leurs noms, moi Mèdjico, je continue toujours de le dire parce que je suis un homme visionnaire, politiquement. Je le dis et je le répète, quel que soit l’univers, on ne peut pas du tout écarter ceux-là pour que notre économie prospère. Quels que soient les maux dont ont les accuse. C’est vrai, personne n’est propre. C’est l’argent et c’est l’argent toujours qui en est la cause. Sébastien Ajavon vit aujourd’hui dans une totale inquiétude. Il ne peut plus investir. Patrice Talon est en fuite et ne pourra donc plus revenir de si tôt. En tout cas, si l’économique et le politique ne s’entendent pas, voilà donc l’état dans lequel, le peuple peut se retrouver.

 Pour vous donc, le Chef de l’Etat doit absolument les pardonner et continuer de leur tendre la main ?

 

 Il n’y a pas autre mesure. Le Président Yayi doit accompagner ce pays avec le pardon. Il doit l’accorder à Talon, à Ajavon et à d’autres. Il a déjà pardonné à certains qui, malheureusement, sont en fuite, pour ne pas citer le cas de Me Lionel Agbo. Je lui demande d’en faire, plus, il en a besoin, le peuple en a besoin, la nouvelle génération qui doit lui succéder en a besoin également.

 Vous l’appelez souvent « mon père », sans doute parce que vous lui vouez une affection personnelle. Mais, on a comme l’impression qu’il ne vous écoute pas, parce qu’il y a bien longtemps que vous lui demandez de pardonner, sans succès.

 

 Le pré-carré religieux oblige. Vous savez que je ne suis pas au gouvernement, ni conseiller technique. Je ne suis qu’un simple électron autour de l’atome qu’il constitue, et les électrons les plus proches, ce sont les ministres et les conseillers techniques qui sont autour de lui. Alors, ces électrons, accrochés à leurs postes, ne lui permettent pas de nous écouter.

 Qu’entendez-vous par pré-carré religieux ?

 

 C’est un groupuscule d’hommes qui mettent en avant leur foi religieuse pour séduire le chef de l’Etat et le convaincre de l’utilité de travailler avec lui. Je peux même citer des noms comme Djènontin, Edou, Souton, etc. Ils sont nombreux à goupiller le chef de l’Etat, à goupiller mon papa. C’est mon père, je m’attribue le nom, parce que j’ai voté pour ce monsieur et je me suis laissé abattre. Je sais, la traversée que j’ai connue dans cette affaire. Ceux-là étaient où ? Ils n’étaient nulle part. Allez chercher dans les archives politiques et vous verrez ? Ils ne pouvaient même pas intervenir sur l’affaire Dangnivo ni sur Icc-Services. Nous savons ce que nous avons connu avec ce monsieur. Ce n’est pas pour rien qu’on nous appelle ‘’les fous du roi’’. Les gens m’appelaient ‘’le chien d’attaque de Boni Yayi’’. Et ce n’est pas pour rien. Saviez-vous que j’avais menacé les syndicalistes qui font grève aujourd’hui de kidnapping ? Les gens avaient même menacé de me traduire en justice. Pascal Todjinou est encore là. Mais, lorsque la grève avait commencé, j’étais le premier à aller le voir dans son bureau et on a discuté de père en fils. Je vous le dis sincèrement, si demain Boni Yayi meurt politiquement, sachez que c’est à cause des types de ministres et conseillers qu’il a. Ce sont eux qui l’ont religieusement conduit dans le décor. Et ils cherchent à nous nuire, nous qui sommes des menus fretins. Ils cherchent tous les alibis pour nous foutre en prison. Je leur ferai comprendre tout cela le moment venu.

 On avait connu un Lucien Médjico qui défendait bec et ongles les actions du Chef de l’Etat. Aujourd’hui, il les remet en cause. Est-ce à dire que vous regrettez finalement de l’avoir soutenu dans le temps ?

 

 Non, je ne le regretterai jamais, et je ne vais jamais reculer derrière lui, parce que j’ai voté pour lui et je suis prêt à mourir pour ses idéaux. Je ne vais donc jamais le lâcher. Je vais toujours m’accrocher à lui comme à un nid d’oiseau, même si je n’ai rien trouvé dedans, puisque apparemment, je n’ai rien trouvé.

 Pourquoi apparemment ?

 Oui, apparemment, parce que si j’ai trouvé quelque chose, c’est la vie. Je continue de vivre dans la sécurité. Cela est bien et c’est déjà important, puisqu’avec la vie, vous pouvez tout avoir.

 

 Vous attendiez quelque chose ?

 

Absolument, lorsque vous travaillez pour un pouvoir, vous devez être nourri et entretenu par ce pouvoir. Ce n’est pas de l’hypocrisie. Moi, je ne sais d’ailleurs pas être hypocrite. Il y a des gens qui sont nommés aujourd’hui ministres, mais qui n’avaient rien fait pour lui, et qui ont même lutté contre lui. Quand on travaille avec un pouvoir, c’est pour rester ensemble et manger ensemble. Aujourd’hui, nous ne mangeons plus ensemble, chacun va de son côté. Il n’y a aujourd’hui donc qu’un groupuscule qui se retrouve autour du Chef de l’Etat pour continuer à cogner les verres.

 Propos recueillis par Christian TCHANOU

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