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Le triomphe de la vérité

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Anniversaire de la conférence nationale des forces vives de la nation: La démocratie béninoise a 24 ans, des citoyens entre déceptions et espoirs


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Sohou Ambroise19 février 1990-19 février 2014. Il y a 24 ans, jour pour jour, que démarrait l’historique conférence nationale des forces vives de la nation. Une conférence qui a permis au Bénin d’entrer dans une ère démocratique qui fait son chemin depuis lors. Des citoyens en donnent ici leurs diverses appréciations sur le chemin parcouru. Les uns se disent fondamentalement déçus. Les autres gardent toujours espoir.

SOHOU Ambroise, technicien supérieur de laboratoire au Cnhu

« S’il y a crise aujourd’hui au Bénin, sachez que c’est une autre face de la démocratie »

« Pour moi, la démocratie béninoise a évolué, depuis 24 ans qu’elle existe. Comme vous le constatez, chacun est libre de dire ce qu’il pense du comportement de son prochain sans être inquiété. C’est vrai que tout ne va pas encore bien comme ailleurs, mais n’oubliez pas que le Bénin est encore à l’apprentissage de la démocratie, contrairement à des pays comme les Etats-Unis qui totalisent déjà près de 200 ans d’expérience démocratique. Même si aujourd’hui, il y a crise, sachez que c’est une autre face de la démocratie, parce que s’il n’y avait pas de démocratie, il n’y aura pas crise. Ici, par exemple, au Cnhu, je peux vous affirmer qu’il y règne aujourd’hui un très bon vent démocratique. Nous avons, tout dernièrement, organisé une parfaite élection pour la désignation du représentant du personnel au sein du conseil d’administration, avec tous les dispositifs nécessaires, urnes, bureaux de vote, isoloirs et tout le reste. Il n’y a pas eu la moindre contestation à ce propos. En plus, les décisions qui sont prises ici par la direction générale se font selon les règles. C’est juste un exemple que je donne pour dire que la démocratie au Bénin, au sommet comme à la base, fait son petit bonhomme de chemin. S’il y a des failles, nous devons les corriger sans bruit de bottes».

Fondation Belge FIDA, Terre des jeunes

« Nous devons tous travailler à la consolidation et à la maturité de notre démocratie »

« En matière de démocratie, je crois que le Bénin fait son petit bonhomme de chemin. Il n’y a et il n’y aura jamais une satisfaction totale. Même dans les grandes puissances, cela n’a jamais été ainsi. Je pense que tout le peuple béninois doit, quand même, être fier de cette démocratie parce que c’est cela qui a été jusque-là, une référence pour le Bénin, lorsqu’on parle de notre pays au niveau planétaire. Aujourd’hui, on a 24 ans. Dans un an, on va célébrer le quart de siècle. Cela doit interpeler tout le monde. Nous devons avoir toujours en idée que cela fait partie de nos acquis, de notre pétrole. C’est une denrée que nos aînés ont initié en son temps, et cela a été très utile pour le Bénin. Nous devons donc travailler tous à la consolidation et à la maturité de notre démocratie. En cette période, nous devons tous prendre de la hauteur, et chacun doit s’interroger pour se demander qu’est-ce que je peux faire encore pour faire avancer cette démocratie. J’invite surtout la jeunesse à savoir qu’elle est aujourd’hui le point de mire dans tous les pays du monde. Qu’elle sache désormais que l’avenir de ce pays est dans sa main. Elle n’a qu’à surtout s’investir dans l’entreprenariat et l’agrobusiness pour mieux combattre le chômage en son sein ».

Basilia AHOUANSOU ODJOUBE, 1ère Secrétaire générale adjointe COSI-Bénin

« La démocratie béninoise me donne aujourd’hui la chair de poule»

 

« La démocratie béninoise me donne aujourd’hui la chair de poule. Et pourtant, elle est une démocratie chèrement acquise. C’est avec un sentiment de tristesse que j’exprime ce qui nous arrive au Bénin. N’a-t-on pas dit que le Bénin était le laboratoire de la démocratie en Afrique ? Et nous avons été applaudis de par le monde entier. 24 ans après, qu’est-ce que nous sommes devenus ? Est- ce que nous sommes toujours dans un pays démocratique, ou bien nous disons que nous sommes dans un pays démocratique ? Un pays démocratique est un pays où les textes sont respectés, les lois sont respectées. Mais vous n’êtes pas sans savoir ce qui s’est passé le 27 décembre 2013, où les syndicalistes, pour une marche pacifique, ont été proprement molestés ? Peut-on encore dire que notre démocratie est intègre ? N’y a-t-il pas des choses qui sont déjà tombées de cette démocratie là ? J’aurais bien voulu que la démocratie béninoise vive, survive et qu’elle puisse se mettre au-dessus de toute la mêlée, pour que nous puissions continuer de mériter le nom de laboratoire de démocratie en Afrique. On peut être en apprentissage et préserver ce qui est bon, mais tout porte à croire que le qualificatif de laboratoire de démocratie nous est pratiquement monté à la tête. Et aujourd’hui, nous ne faisons plus la part des choses. C’est vrai qu’au fil des jours, nous corrigerons ce qui ne va pas, pour aller de l’avant. Mais, il faudrait que le noyau dur, à savoir la liberté d’expression et le respect des textes que nous nous sommes donnés soient préservés. Je demande au peuple béninois de se souvenir de Mgr de Souza, d’où nous sommes venus, de demander aussi tout ce que nous avons vécu pour qu’aujourd’hui, si nous voulons vivre, que tous, nous ramenions la balle à terre, que nous nous asseyons face à face et que nous puissions nous dire la vérité.

 Nagnini KASSA MANPO, Secrétaire général adjoint de la CSTB

« Les acquis démocratiques sont en train d’être sacqués pan par pan »

« Moi, je ne parlerai pas de 24 ans de la démocratie béninoise, parce qu’avant février 1990, il y a une autre véritable date de conquête des libertés démocratiques au Bénin qui est le 11 décembre 1989. C’est à cette date que le peuple a renversé le parti Etat qui était le Prpb, et c’est cela qui a été à la base de toutes les autres conquêtes. C’est grâce à ces luttes qu’on a obtenu le multipartisme par exemple, la liberté de grève, de presse, de religion, etc. Aujourd’hui, on constate qu’il y a des demies libertés parce qu’on observe la mauvaise gestion des affaires publiques qui s’est installée et s’est développée. Vous pouvez dire, aujourd’hui, que quelqu’un détourne, mais vous n’avez pas la possibilité de l’enlever. Deuxièmement, c’est ceux qui sont au pouvoir qui s’imposent. Même la liberté de presse n’est plus garantie. Il n’y a pas non plus liberté aujourd’hui pour les travailleurs de choisir leurs dirigeants parce que quand on prend, par exemple, la Sonacop où il y a eu des détournements, est-ce que les travailleurs ont la possibilité d’élire leur Dg, de le contrôler et de le destituer s’il fait mal ? En résumé, les libertés qu’on a obtenues avant et après la conférence nationale et consignées dans notre constitution sont malheureusement en train d’être remises en cause, surtout à partir de 2006 avec l’arrivée de Boni Yayi où pan par pan, les acquis sont en train d’êtres sacqués. Vous voyez, vous-même, que cet anniversaire se célèbre aujourd’hui dans une ambiance de climat social tendu, où le gouvernement décide d’affronter le peuple et les travailleurs. Moi qui vous parle, je ne peux pas vous dire ce que j’ai subi comme tortures en tant qu’étudiant. J’ai fait le camp Plm, le camp Ghézo, le commissariat central, le camp Séro Kpéra de Parakou et la prison civile de Ségbana. Et aujourd’hui, alors que nous devons évoluer vers des libertés plus larges, on les remet encore en cause. J’ai déjà fait cinq fois la prison politique avec Boni Yayi, et je viens de sortir de la prison d’Akpro-Missrété pour avoir organisé une marche pacifique à Natitingou, dans le cadre des préparatifs des festivités du 1er août 2011.

 Me Issiaka MOUSTAPHA, avocat au barreau de Cotonou

« On se retrouve aujourd’hui presque dans la situation critique d’avant 90 »

« Il faut avouer que les objectifs que le Bénin s’est fixé à la conférence nationale des forces vives de la nation ont été atteints. Les principes ont été respectés. Mais pour faire un bon bilan, il faut séparer les périodes, à savoir de 1990 à 1996, 1996 à 2001, 2001 à 2006 et de 2006 à nos jours. Ce qui a été arrêté à la conférence n’a pas été respecté de la même manière au cours de ces périodes. Dans la première période, je crois que les règles du jeu ont été respectées par toutes les parties, le jeu démocratique a été joué à fond. On avait une assemblée qui a joué normalement, qui a joué le rôle de contre-pouvoir, parce qu’il a été retenu un régime présidentiel qui fait d’un président, le détenteur de tous les pouvoirs. Et c’est pour cela que la constitution a prévu des institutions de contre-pouvoir, à savoir l’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, le pouvoir judiciaire et tout le reste. Toutes ces institutions ont été prévues par la constitution pour encadrer le président de la république, pour éviter un régime présidentialiste, parce que lorsque le président a tous les pouvoirs, il finit par verser dans la dictature. A cette première période, on n’a pas noté une sorte de caporalisation des institutions. Ce qui a favorisé la réussite de la première alternance en 1993. C’est vrai que, politiquement, il y avait des choses à redire. On peut aussi dire qu’entre 1996 et 2001, les institutions ont relativement bien fonctionné. Mais, le couac a commencé en 2001, avec par exemple les mouvements de transhumance à l’Assemblée nationale, où les députés peuvent changer de groupe parlementaire à tout moment. Et l’Assemblée nationale, depuis lors, a moins joué son rôle, puisqu’on peut être élu sur une liste de l’opposition et changer de camp dès le lendemain. L’exécutif a donc utilisé son pouvoir et les moyens de l’Etat pour mettre à mal l’Assemblée nationale. Ce qui a fait qu’en 2001, par exemple, les élections présidentielles ont été sérieusement contestées. Et c’est depuis ce temps que les institutions de contre-pouvoir ont montré leurs limites. Le vote à l’Assemblée était fait au gré des intérêts et la configuration n’était donc plus ce qu’elle devrait être. Certains lobbys même mafieux ont pris d’assaut le parlement béninois qui a été complètement dénaturé. La Cour constitutionnelle aussi a commencé à avoir des décisions qui sont de plus en plus contestées ; ce qui n’était pas le cas au début. La Haac était aussi devenue mitigée, parce que son président est nommé par le chef de l’Etat. Ce qui est une vraie faiblesse de la constitution, à mon avis. Il en est de même pour la Cour suprême. Avec les faiblesses des élections de 2001, on s’est dit qu’on laisse faire les 5 ans et qu’il y aura un autre renouveau à partir de 2006, et je crois que c’est dans cette perspective-là que le peuple béninois a balayé cette classe politique en 2006. On a voulu donc changer pour revenir aux valeurs du début de la conférence nationale de 1990. Mais je pense que le résultat n’est pas atteint. Ce qui a suivi nous a montré que c’était une erreur de faire revenir quelqu’un qui n’est pas du sérail. Vous voyez vous-même ce qui se vit aujourd’hui. Les institutions ne jouent plus pratiquement leur rôle. La Cour constitutionnelle a perdu sa crédibilité d’antan, ses décisions ne sont plus accentuées, les problèmes de transhumance se sont accentués à l’Assemblée nationale, etc. L’espoir que le peuple recherchait avec l’élection de 2006 n’est pas tenu. On note plutôt, aujourd’hui, une aggravation de la situation, au point où certaines mauvaises langues estiment même qu’on est au bord du pire.

 On se retrouve presque dans la situation critique d’avant 90. Il y a crise de confiance partout, sauf qu’aujourd’hui, les salaires continuent d’être payés, sauf qu’il y a aussi des défalcations. On est presqu’au bord de l’implosion comme ce fut le cas des années 1990. Et s’il faut, par exemple, réviser la constitution, je crois qu’il faut partir des assises nationales dans le contexte de la conférence nationale de 90, parce qu’il y a réellement des choses à réviser. Mais, le projet qu’on agite-là, ne règle pas réellement les problèmes de la constitution. Il a été fait, dans un autre esprit, c’est pourquoi beaucoup de gens ne s’y retrouvent pas. On ne peut donc pas permettre à un régime de réviser la constitution. Il faut aller aux assises avec un dialogue inclusif. Un dialogue franc, sans hypocrisie parce que ça ne va pas dans le pays. Cela fait trois mois que la justice ne travaille pas, et vous imaginez ce que cela vaut dans un pays quand sa justice est paralysée. Et je dois dire ici que les vraies victimes de la grève dans les juridictions, ce sont les avocats et leurs clients. Ce sont les justiciables qui souffrent de la grève, ici représentés par les avocats devant les juridictions. Ceux-ci dans ce contexte, ne peuvent plus faire aboutir leurs dossiers. Ils souffrent beaucoup plus ici parce que c’est une profession libérale qui induit des charges. Et lorsqu’un avocat ne travaille pas alors qu’il a un local, un personnel et d’autres charges à assurer, comment peut-il le faire ? Et lui-même doit aussi survivre ».

 Propos recueillis par Christian

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