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Le triomphe de la vérité

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Edito: Banamè, l’ébranlement


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J’ai vu Dieu à la télé. C’était il y a deux semaines. Dieu Esprit Saint avait donné une tonitruante interview où elle s’expliquait (violemment) sur le courroux des sages et dignitaires religieux d’Abomey outrés par les dérives de son église. Dieux Esprit Saint (oui, c’est son nom) ne s’en est pas arrêté en si bon chemin. Ses évêques ont donné un point de presse la semaine dernière pour se prononcer sur le communiqué du Conseil des ministres qui leur demande de changer de dénomination et d’accoutrement pour ne pas semer la confusion dans les esprits, et surtout pour ne pas occasionner des troubles à l’ordre public. Je ne me suis donc pas trompé. J’ai vu Dieu en chair et en os, il ne m’échappera plus, j’irai à Banamè pour recueillir ma part de sainteté.
Assurément, la soudaine éruption de cette égérie religieuse sortie des terres de Banamè en a inquiété plus d’un. Jadis, nous pensions que Dieu ne pouvait être que mystère, qu’il n’était que dans les limbes, insondable lumière qui se cache au regard des hommes tout en étant présence, amour, attention, miséricorde. Dieu pour moi était une transcendance inapprochable, mais voilà qu’aujourd’hui il se présente de quartier en quartier, de stade en stade, d’école en école, de bagarre en bagarre. Dieu est-il Dieu lorsqu’il se présente sous les espèces d’une jeune fille que tout le monde a vue grandir ? Dieu est-il Dieu lorsqu’il vend ‘’pure water’’, lorsqu’il vend des mouchoirs prétendus bénis, paie ses impôts…Si tout cela a l’air absolument absurde, pourquoi toute cette foule ?
J’ai un ami dont la foi en la colline (c’est le terme consacré pour désigner Banamè) a surgi après le décès de son épouse, dans des conditions douloureuses et même mystiques. Il avait besoin d’une palpitation plus forte pour croire encore en un Dieu ami des hommes, un Dieu non pas perché là-haut mais présent ici et maintenant pour soutenir nos pas dans les méandres incompréhensibles de la vie. Mais Banamè vint le sauver de la douce folie dans laquelle sombrait ce haut cadre de l’administration qui ne jure aujourd’hui que par Parfaite.
Et c’est ainsi que de nombreux Béninois qui attendaient le Dieu des miracles immédiats, se jetèrent sur les chemins de Banamè. Peu de gens voient les dégâts de cette foi furieuse qui se saisit des néophytes de la colline. Mais il y a déjà nombre de malades qui refusent de se soigner dans les hôpitaux pour mourir aux pieds de la jeune fille. Mais il y a aussi des miracles qui s’y opèrent, ici comme dans les nombreuses sectes que la pauvreté produit en pays sous-développé.
Il est clair, en tout cas, que le nom de notre Dieu est capable de soulever des montagnes, qu’il soit prononcé par les bouddhistes, les musulmans, les chrétiens, les adeptes du vaudoun ou les indous. Sa puissance est si généreusement distribuée qu’elle est disponible à tous ceux qui invoquent son nom avec la force et la persévérance requises. Dieu est amour, il est lumière.
C’est seulement à cette aune que peuvent se comprendre les adhésions massives à Banamè, malgré les menaces de l’Eglise. Oui, pour la première fois depuis l’arrivée sur nos côtes des missions africaines de Lyon, l’Eglise catholique du Bénin fait face à une espèce de schisme. Cette hérésie destructrice est le fait des prêtres séculiers, des prêtres défroqués, des fidèles en quête d’un nouveau sens, des hommes et des femmes en qui personne ne pouvait soupçonner une quelconque tendance à la déviance. Au détour d’une simple investigation journalistique, l’un de mes confrères a été saisi dans le feu de la nouvelle foi. Néophyte zélé, il exhibe son nouvel enthousiasme à qui veut l’écouter. Et puis Banamè, ce sont des critiques acerbes contre les prêtres, les évêques et archevêques et même le Pape.
La conférence épiscopale du Bénin suit les événements dans la prière, mais avec une anxiété à peine voilée. Elle est fortement ébranlée par cette nouvelle furia qui vient s’ajouter aux récents événements qui l’ont secouée. Il y a à peine trois ans l’archevêque de Cotonou et le curé de la paroisse Saint Michel de Cotonou, ont fait l’objet de mesures disciplinaires dictées depuis le Vatican. Car, au Saint Siège, l’on se demande à quand le prochain cardinal du Bénin après Gantin, dans un contexte où les mauvaises odeurs montent du cœur même des sacristies.

Par Olivier ALLOCHEME

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