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Le triomphe de la vérité

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Edito: Microcrédit et macropolitique


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logoLe lancement de la nouvelle génération de microcrédit aux plus pauvres a coïncidé avec la tempête provoquée par les déclarations guerrières du Chef de l’Etat. C’est pourtant l’une des plus belles réalisations du régime actuel, la plus belle pour tout dire. Mais derrière les 30.000 FCFA distribués ces dernières années, il y a eu une propagande massive qui a fait passer cette opération pour un sombre machin politique.
Quoi que l’on puisse dire, ces 30.000 FCFA ont permis à des milliers de femmes (1.200.000 d’après les chiffres officiels) de sortir de la précarité, de sortir du foyer pour faire des activités génératrices de revenus. Ceux qui ont rencontré ces femmes abonnées à la misère peuvent témoigner qu’elles en ont ressenti un immense soulagement. Et que la plupart ont voté Yayi en 2011. Leur vote aura joué un rôle de premier plan dans les scores enregistrés partout par le Chef de l’Etat, même dans des zones où il n’était que peu représenté. D’avoir sorti des centaines de femmes de la maison, alors que beaucoup ne cherchaient que 5.000 ou 10.000 FCFA pour se lancer dans une activité, fut ressenti par les bénéficiaires comme un acte de grand attachement, d’innommable générosité.
Mais d’un point de vue purement économique, il faut admettre que ce programme aura contribué à sortir de l’oisiveté des centaines de milliers de gens autrefois inactifs. Si le taux d’activité a donc augmenté, il a impacté la cellule familiale en contribuant notablement à la lutte contre l’extrême pauvreté. Ce sont chaque année plusieurs milliards qui sont directement injectés dans l’économie à travers ceux qui en ont le plus besoin. Qu’on le veuille ou non, ces fonds participent de l’économie sociale, en ce qu’ils ne constituent pas un investissement dans les rouages de l’économie classique. Au contraire, ils sont mis à la disposition de ceux que l’économie formelle a contribué à rejeter en périphérie. L’argent reçu ne leur permettra certainement pas de créer de grandes entreprises. Mais à faire vivre des micro-entreprises qui seront autant de moyens de faire reculer la grande misère. Ici, le politique a perçu comment l’Etat providentiel peut encore être utile, même si le concept en est encore relativement dépassée.
Cet Etat providentiel sort, en effet, des sentiers battus du capitalisme tel qu’il a été défini et théorisé par Adam Smith. Nous sommes dans un type de socialisme tropicalisé qui veut utiliser les moyens de l’Etat providentiel pour permettre à une frange marginalisée de la population de faire son entrée dans le capitalisme.
La mise en place d’une seconde génération de microcrédits vient à point nommé pour corriger les insuffisances de la première version. Assurance-vie et alphabétisation serviront à améliorer les taux de remboursement. Mais je reste convaincu qu’à ce niveau, on peut encore faire mieux : obliger les bénéficiaires à apprendre un métier ou, tout au moins, à savoir gérer une entreprise. L’on servirait grandement l’économie à leur inculquer de nouvelles règles de transformation des produits agro-pastoraux pour contribuer à installer dans les villages de petites unités de transformation industrielle…
Mais nous connaissons tous la tournure politique de cette bonne idée. Samedi dernier, le Chef de l’Etat n’a pas hésité à utiliser le lancement de la nouvelle version de ces microcrédits pour s’épancher sur les problèmes politiques et sociaux. L’instrumentalisation de la misère de ces bonnes dames donne la nausée : elle manque de vertu et fait du Chef de l’Etat un homme sans scrupule. En même temps, la mission confiée aux femmes constitue un extraordinaire aveu d’échec d’un président qui n’a pu s’empêcher de demander à de pauvres dames une tâche à laquelle il a littéralement échoué lui-même. On ne peut que se demander dans quelle mesure ce genre de méthode abjecte a pu être utilisé pour les élections de 2011. On peut, à juste titre, se demander comment se font les mobilisations de femmes lors des apparitions du Chef de l’Etat dans telle ou telle contrée du pays. On peut en fin de compte se demander si, à coup de microcrédits, d’autres manœuvres abjectes ne seront pas employées dans l’avenir. Là aussi, on utilisera l’argument de la lutte contre la pauvreté…

Par Olivier ALLOCHEME

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