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Le triomphe de la vérité

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Edito: Nago 2016


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logoLes faits et gestes de Mathurin Nago, ces temps derniers, semblent le créditer d’une certaine volonté d’autonomie. Le président de l’Assemblée nationale, à qui l’on prête, à tort ou à raison, une certaine allégeance moutonnière au Chef de l’Etat, est l’homme par qui le rejet du budget est arrivé.
Il n’aurait pas accepté le vote secret que les députés de la mouvance frondeuse n’auraient pas eu le culot de voter contre le budget. Il le savait bien, même s’il s’était abrité courageusement derrière les remparts du règlement intérieur du parlement. Ses services, selon nos sources, sont même à la base de la décision qu’il a prise ce jour-là, l’appuyant fermement sur l’option prise, arguments de droit à l’appui. A cet égard, l’homme a cru devoir opérer une action tout à fait légale, mais, en même temps, un joli coup politique. Politique, parce qu’à partir de ce 19 décembre, il a cessé d’être le béni-oui-oui qu’il a été ces huit dernières années. A partir de ce jour, même s’il n’y parait, il a commencé à arborer des postures d’indépendance qui ne lui ressemblent guère.
Pour une première fois, depuis de nombreuses années, l’Assemblée nationale a refusé (oui refusé !) de donner suite à une décision de la Cour constitutionnelle. Cette décision qui vassalise la représentation nationale au profit de la haute juridiction aura sans doute permis au professeur de marquer un autre point, plus gros encore que le premier. Jusqu’à ce jour, le parlement se comporte comme si la décision n’avait jamais existé. C’est seulement demain qu’elle se penchera même sur l’ordonnance présidentielle.
C’est bien une première dans l’histoire du parlement. Ordinairement, les députés s’empressent de limiter l’ordonnance présidentielle. Cette fois, il a fallu pas moins de deux semaines pour qu’ils se réunissent pour y statuer. Comme s’ils s’en moquaient éperdument, laissant au Chef de l’Etat la possibilité de prendre toute mesure exceptionnelle qu’il souhaiterait, notamment quant au budget. Il pouvait dans cette période opérer d’importants changements sur le budget du parlement, par exemple, sans qu’aucun réaménagement ne soit possible. Il lui suffirait de réduire drastiquement certaines lignes de crédits, pour administrer la preuve de son pouvoir de nuisance. Car, avec l’ordonnance et en l’absence d’une limitation rapide des pouvoirs exceptionnels qu’il s’est octroyés, le Chef de l’Etat se retrouve devant la possibilité (tentante il est vrai) de manipuler la loi des finances à sa guise, sans que personne ne puisse trouver quoi que ce soit à y redire.
Mais la subtilité manœuvrière de Nago a ridiculisé la Cour Constitutionnelle. A voir la tête de Théodore Holo, c’est bien son institution qui se prend au passage une gifle. Elle se fait rappeler (brutalement) qu’il y a des décisions trop absurdes pour être prises. Surtout, dans une crise où l’institution devrait jouer à fond son indépendance et son impartialité. Elle s’est fait avoir par les hauts cris de l’entourage présidentiel ou du Président de la République lui-même. En fin de compte, c’est la haute juridiction qui perd la face. Après avoir déjà commis une grossière erreur matérielle sur sa décision du 12 septembre 2013 à propos de la révision de la constitution, les sept sages se sont à nouveau plantés. Et, là encore, le public des observateurs fera des comparaisons hasardeuses avec la fameuse cour des miracles…
Dans tous les cas, l’on se retrouve devant un autre Nago. Cependant, on n’ira pas trop vite en besogne. Parce que celui qui s’avance ainsi, par petites touches anodines, est un yayiste des plus fidèles. C’est un baron du système à qui il doit toute son ascension politique. Il n’osera certainement pas s’en affranchir de si tôt. Il est vrai que sa volonté d’être le dauphin attitré de Yayi n’a pas prospéré. Boni Yayi, en bon féodal, ne veut même pas entendre parler d’une quelconque candidature de qui que ce soit pour 2016. Il en a une si violente horreur qu’il en a fait voir de toutes les couleurs à Pascal Irénée Koupaki. L’ex-premier ministre avait commis le crime de lèse-majesté d’afficher ses ambitions dès 2011, oubliant que le Chef de l’Etat tient à jouir de l’entièreté de son quinquennat, sans avoir à subir l’ombrage d’un quelconque dauphin. Si donc, Mathurin Nago tient à ne pas s’attirer la foudre présidentielle, il a intérêt à limiter ses élans autonomistes. Et il le sait lui-même.

Par Olivier ALLOCHEME

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