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Le triomphe de la vérité

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Edito du 09 décembre 2013: Pardon


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logo journalLa disparition de Mandela ne pouvait tomber mieux pour le Bénin. L’héritage  de cœur qu’il laisse à l’humanité devrait, en effet, irriguer les consciences en ces temps de tension où l’embrasement menace.

Que dire de Mandela? Une image reste encore gravée dans  ma mémoire. Celle de sa sortie triomphale de prison en février 1990. C’était en effet le 11 juillet 1963 que  sur indication de la CIA, le chef de l’ANC  a été mis aux arrêts. Condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité lors du procès de Riviona, il passe vingt-sept ans en prison. Trois mois avant sa libération, le monde avait vécu le cataclysme idéologique de la chute du mur de Berlin, en novembre 1989. Sa libération et ses premiers pas d’homme libre retransmis  en direct sur toute la planète ce 11 février 1990 ont montré la victoire de l’homme sur toutes les formes d’intolérance. En lui, nous voyions tous le symbole retentissant de la  victoire d’un Noir sur l’oppression blanche. Mais surtout, il voulut lire, lui Mandela, au-delà du tumulte impétueux au goût d’un triomphalisme revanchard, le succès d’une certaine idée de l’homme. Voilà celui qui nous a quittés ce jeudi :  tolérance et pardon.

               En ces circonstances divinement historiques, gravement mémorables où chaque enfant d’Afrique comme de ce monde en proie à mille déchirures se rappellera  le sens profond de l’engagement du héros, je ne saurais que trop recommander aux amis d’hier ennemis d’aujourd’hui ce que fut ce Mandela que nous célébrons. Lui, il avait la possibilité de haïr  les Blancs (et  avec raison) jusqu’à la tombe. Lui, il avait la possibilité une fois au pouvoir d’instaurer un régime revanchard pour exproprier les Blancs (toujours à raison). Lui, il avait surtout la possibilité de rechercher ses bourreaux et leurs familles ainsi que leurs affaires. Et de les châtier à juste titre. Mais là où la terre entière le célèbre, c’est  son désir militant d’instaurer une société égalitaire dans laquelle Noirs et Blancs vivraient enfin libres et heureux qui a pris le dessus. C’est la puissance de ce désir de transcendance qui déchira toutes les voiles de haine et d’intolérance. Et aujourd’hui, nous avons le Mandela célébré au Cap en Afrique du Sud comme à Budapest en Hongrie,  à New York aux Etats-Uniscomme à Pyong Yang en Corée du Nord, à Tokyo au Japon comme à Porto-Novo au Bénin.

               Boni Yayi et Patrice Talon, qui ont passé ces derniers mois à se regarder en chiens de faïence peuvent bien puiser en ce riche fonds d’expérience et de pardon, leur nourriture spirituelle pour l’avenir. Il ne s’agit pas de la vision spirituelle du pardon qui est ici sollicitée. Mais une reconnaissance intime et intellectuellement raisonnée d’une impasse qui mène directement et indubitablement au chaos.

 D’abord Talon.  Empêtré dans une longue bataille judiciaire depuis plusieurs mois, il doit être le plus gros perdant : si la confrontation actuelle perdure, ses entreprises vont fermer. Les frais de la quinzaine d’avocats  qu’il a engagés pour sa défense vont creuser les déficits et l’entrainer au gouffre. Il sera alors comme le corbeau de la fable : tant qu’il  n’écoutera que les jusqu’au-boutistes, il fera  le bonheur des avocats et de tous ceux qui veulent faire monter les enchères pour leur propre bénéfice. D’autant d’ailleurs que les ordonnances de non-lieu délivrées par le Juge Houssou, n’ont laissé aucun doute sur la tentative d’empoisonnement. Tous ceux qui ont lu ce document précieux produit pourtant par le juge en cavale, ont pu noter que celui-ci ne nie nullement l’effectivité de l’intention d’abattre le Chef de l’Etat.

Ensuite Boni Yayi. Si l’on ne devrait suivre que la logique  la plus ordinaire, les Béninois auraient dû se révolter contre leur président  depuis longtemps. Depuis que les déballages successifs ont permis de noter les contrats léonins signés entre Talon et l’Etat, tout citoyen normal devrait se dire qu’il y a une conspiration contre le Bénin. Et le Chef de l’Etat  devrait s’estimer heureux que les Béninois ne ressemblent ni aux Egyptiens ni aux Ukrainiens. Mais même la patience a ses limites. La réconciliation ou ce qui lui ressemble, en dehors de l’élever considérablement à la face du monde, lui permettra de corriger les erreurs du passé.

« Je suis le maître de mon destin… je suis le capitaine de mon âme », disait Mandela. Et si chacun des trois acteurs concernés   en tenait compte  pour faire le premier pas ? Et faire grandir le Bénin.

 Par Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Edito du 09 décembre 2013: Pardon

  1. Salimane Karimou

    De gràce! Ne perdons pas espoir. La vérité se saura un jour. N’oublions pas ce qu’avait dit cet homme politique assez espérimenté: “la politique, c’est plus que tout ce qui se dit et c’est plus que tout ce qui se fait voir”. Comme le disaient les révolutionnaires, “la lutte continue”. Si nous ne voulons pas que notre pays disparaisse, restons vigilants.

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