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Le triomphe de la vérité

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Qualité douteuse de l’enseignement au Bénin: Quand le virus est l’enseignant lui-même


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« Je n’irai plus dans cette école », a décidé la petite Rébecca, élève en classe de CE2 dans un complexe scolaire privé d’Abomey-Calavi, à son retour des cours de l’après-midi. C’était dans la seconde  semaine de la rentrée scolaire 2013-2014. Interrogée sur la raison qui sous-tend sa décision, elle se justifie : « le maître nous a dit que le mot la « voie » qui désigne la « route » s’écrit avec « x » à la fin. Mais j’ai refusé en lui disant que c’est avec « e ». Pour cela, nous sommes allés chercher un dictionnaire et finalement, c’est moi qui ai eu raison. Mieux, le maître ne fait que raconter des histoires et nous insulter ». Des propos qui ont contraint son père, Serge, à observer un silence durant environ cinq bonnes minutes avant de réagir. «  Ma fille, tu as raison, je le ferai  dès demain. Reste à la maison et je t’inscris dans une école plus sérieuse », a-t-il promis à sa fille.  A en croire le père, cet établissement recommande sinon impose d’ailleurs des répétiteurs pour le suivi des enfants  une fois à la maison. « L’autre fois où j’inscrivais mes enfants dans cet établissement, le directeur me disait ceci : « Je vous informe que vous devez prendre des répétiteurs à vos enfants ».

La fonction enseignante, une obligation ?
Directeur de l’école primaire publique d’Abomey-Calavi centre B, Pierre Agossavi pense que plusieurs raisons expliquent cette situation que présentent la plupart des établissements publics voire privés du Bénin. D’après lui, « beaucoup viennent à l’enseignement par obligation. Et une fois qu’ils sont dans le métier, ils n’incarnent plus les valeurs de ce métier noble qui fait notre fierté ».  Et pour se justifier, il estime que « l’enseignement public qu’il maitrise le mieux, est aujourd’hui politisé par les dirigeants ». Et pour cause, l’homme qu’il faut n’est plus à la place qu’il faut. Les autorités, nomment les moins gradés, dirigent les plus gradés.  Et la conséquence directe reste que cela amène des frustrations. Invité à donner son point de vue sur ce phénomène qui menace le système éducatif béninois, le Secrétaire confédéral chargé des normes et porte-parole du Front d’actions des syndicats des trois ordres d’enseignement, Lucien Glèlè Langanfin ne fera que renchérir son prédécesseur. Pour sa part, dans plusieurs établissements, ceux qui viennent à la tête pour être chefs d’établissements n’ont aucune notion de la gestion d’un établissement d’enseignement. Le système fonctionne avec des enseignants sans qualification et souvent même, ils manquent de  pédagogie. Car, ils ne sont pas encore bien formés. « Les cohortes qui ont été formées entre temps ont atteint,  pour beaucoup d’entre eux, l’âge de la retraite », affirme Lucien Glèlè Langanfin. Prenant donc l’exemple du sous secteur de l’enseignement secondaire, il fait constater que 30.000 vacataires interviennent dans le système et coûtent plus de 16 milliards de Fcfa à l’Etat béninois. Mais, il se fait que ces 30.000 enseignants, pour la plupart, n’ont pas reçu une formation pédagogique de base. « Le reversement des agents occasionnels pose problème si bien que les enfants sont aujourd’hui comme les herbes qui souffrent de cette guerre entre éléphants que nous menons », relève-t-il.

L’APC  et des programmes mal conçus

Pour Lucien Glèlè Langanfin, il n’est plus un secret pour personne  que  l’Approche par compétence (APC) représente une véritable gangrène pour la bonne marche et le succès de la formation des futurs cadres béninois et d’ailleurs. En sa qualité de Secrétaire confédéral chargé des normes, il révèle que le système éducatif béninois souffre de la mise en œuvre de la réforme dite ‘’ Approche par compétence (APC)’’. « Notre école est une école à vocation démocratique où l’accès est garanti pour tous les citoyens. Les moyens techniques et matériels mis à disposition ne sont pas suffisants pour son essor », précise-t-il. Pour le consultant en système d’apprentissage et d’évaluation, Thierry Dovonou, «  on  ne peut pas parler de compétence sans parler du savoir ». Il se dit  peiné d’entendre parler de cela. La compétence est, selon lui,  le savoir en action. Et donc avant que l’enfant ne soit compétent, il faut qu’il réponde à des critères minimaux. Pour le professeur Blaise Coovi Djihouéssi, spécialiste de la didactique des langues  et des cultures à l’Université d’Abomey-Calavi, il n’y a pas de cohérence dans les programmes d’étude. Cela a, selon lui, ses racines, au niveau de la conception des programmes des différents ordres d’enseignement. « On ne crée pas une structure mixte où nous avons les enseignants de la maternelle et du primaire, du secondaire et de l’université pour que chacun puisse voir son apport à la chose », déplore-t-il.

Emmanuel GBETO

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