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Le triomphe de la vérité

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Edito: L’école des premiers


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logo journalLes maladies de l’école béninoise dont nous parlons aujourd’hui dans le dossier qui vous est proposé sont très nombreuses.  Mais il en est une qui émerge systématiquement dans les salles de classe, avec la complicité de tout le monde. Il s’agit de la sélection. Oui, l’école béninoise est sélective et rejette tous nos enfants qui ne suivent pas le rythme destiné aux meilleurs.
Elle ne reste conforme en cela qu’à la conception latine de l’éducation qui ne veut promouvoir que les meilleurs. Quant aux autres, elle s’en fout…La réflexion ne va pas plus loin, en effet, dans la mesure d’ailleurs où l’on considère dans ce système que ce sont les meilleurs qui font avancer la société. Evidemment, il n’y a rien de plus faux.
Nous sommes ici loin de la conception anglo-saxonne qui veut pousser tout le monde à la réussite. La France elle-même qui est notre modèle en la matière a déjà largement reculé sur ce front et ne jure aujourd’hui que par les bons  résultats du Bac : au moins 80% chaque année. Le Bac français a donné en 2013 un taux de réussite de 86%. Dans les pays scandinaves, l’échec scolaire est considéré comme une aberration. Tout est mis en œuvre pour que personne n’échoue.
Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de suivre une Béninoise fréquentant l’école française de Cotonou. Ses performances étaient largement en-deçà d’un élève béninois de terminale. Elle a eu son Bac et  s’est inscrite dans une faculté de médecine à Bordeaux. Dans quelques années, elle reviendra à Cotonou nantie de parchemins qu’elle n’aurait jamais eus si elle avait pris par les chemins sélectifs de l’école béninoise. Nous aimons les meilleurs qui forment moins de 1% de la population scolaire. Et à cause d’eux, les notes même des enseignants sont frappées de cette déformation sociologique grave. Aucun Béninois ne croirait par exemple  qu’en France, il est possible d’avoir 20/20 en philosophie ou 19,5 en Français. Et pourtant, l’actuel ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius a bien eu 20 en philosophie au Bac. Et son cas est loin d’être unique.
Je persiste à croire qu’en dehors du système latin que nous nous sommes imposé et qui irrigue les méthodes d’enseignement et d’évaluation chez nous, il y a aussi la joie que l’on ressent secrètement à voir les autres échouer. Peu d’enseignants pourraient poser sans trembler les fameux 20. Dans certaines disciplines comme le Français, pour poser même 16, il faut s’en référer à toute la commission de correcteur. Face à ces pesanteurs antiques, la question est de savoir si un Etat qui lutte pour son développement devrait encourager ce système d’exclusion et de méchanceté.
Là où ce système se fait prendre à son propre piège, c’est au niveau des bourses d’excellence décernées auxdits meilleurs. Elles permettent de les envoyer dans les meilleures universités occidentales, aux frais du contribuable béninois qui paie au moins 10 millions par an et par boursier, selon le Directeur des Bourses et secours universitaires. C’est lui-même qui nous a révélé que depuis que ce système dit d’incitation à l’excellence existe, et malgré les contrats signés devant notaire, plus de 90% des bénéficiaires préfèrent rester  à l’extérieur à la fin de leurs études. L’ironie de ce sort funeste, c’est simplement que nous investissons pour les pays développés. Nos cerveaux s’en vont à nos propres frais.
Regardons maintenant autour de nous. Les hommes les plus riches de notre pays ou du monde entier, les inventeurs les plus célèbres sont-ils les produits d’un quelconque favoritisme ? L’histoire nous enseigne que Thomas Edison qui est quand même  le plus grand inventeur de tous les temps, qu’Albert Einstein, le plus grand savant du XXème siècle ou encore Bill Gates, l’homme le plus riche de notre époque ne furent pas de brillants élèves. Tout au plus, brillaient-ils dans certaines matières et étaient nuls dans d’autres. Il y en eut même qui furent renvoyés de l’école pour résultats médiocres avant que la Providence ne les révélât au monde.
Que dire alors des sportifs les plus doués, des musiciens de génie ou encore des sculpteurs ou peintres dont les tableaux s’arrachent encore à coups de milliards, alors qu’ils furent considérés de leurs temps comme des inadaptés sociaux ? Leur réussite se moque de tout le système actuel.
Nous voilà donc revenus au point de départ. Favoriser la réussite des meilleurs sans assurer à ceux qui le sont moins le droit à la même considération et au même respect, c’est faire marcher notre système éducatif sur de fragiles béquilles.

Par Olivier ALLOCHEME

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