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Le triomphe de la vérité

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Edito: Le retour des vieux démons


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logo journalLa France enregistre ces dernières semaines la résurgence d’un fléau que l’on croyait en voie de disparition : le racisme. Cette fois, ce ne sont pas seulement les « p’tits nègres » partis chercher leur pain dans ce pays qui sont la cible d’injures à caractère raciste, mais bien Christiane Taubira, la ministre de la justice.
Bien qu’étant citoyenne française à part entière, elle a été  traitée de « singe » qui « retrouve sa banane » par Minute, un journal  tiré à des dizaines de milliers d’exemplaires. Quelques jours plus tôt, le 06 novembre, c’est une petite fille qui la traitait de guenon et lui offrait une banane. Plus tôt encore,  Anne Sophie Leclère, une candidate du Front national (FN) s’était déjà épanchée sur la ministre. Tout ceci ressemble à ce qu’a subi il y a encore quelques mois, Cécile Kyenge, ministre italienne d’origine congolaise. A la différence, notable, que la congolaise n’est pas italienne de souche, comme Taubira. Son cas a fait sortir de leurs réserves d’autres personnalités noires de France qui n’ont pas manqué d’attirer l’attention sur les déjections qu’elles essuient quotidiennement sur les réseaux sociaux du simple fait de la couleur de leur peau.
Il ne faut peut-être rien exagérer. Mais il y a comme un retour du racisme en France.  Et avec lui, on assiste au réveil des haines et fantasmes réducteurs enfouis dans l’inconscient collectif de la « grande France ». Le soutien, massif, dont a bénéficié la ministre est le signe que la France terre d’accueil et de différences vit toujours. Et c’est tant mieux.
Car, fin octobre, le rapport des sénateurs Jean-Marie Bockel et Jeanny Lorgeoux avait pointé du doigt ce que beaucoup savaient depuis longtemps déjà.  Intitulé clairement « L’Afrique est notre avenir », ce rapport note que « la France, après avoir été un des seuls pays à avoir poursuivi, après les indépendances, une politique africaine, semble être dépourvue de stratégie à long terme sur ce continent, en comparaison avec la Chine, l’Inde ou les Etats-Unis.»
Il préconise donc, pas moins de 70 résolutions et principes pour rénover les relations entre l’Afrique et l’Hexagone « dans un partenariat d’égal à égal ». Marine le Pen et compagnies n’ont certainement pas lu ces mots sans équivoque : « c’est en Afrique que se prépare l’avenir de l’Europe. » Peut-on être plus clair ?
Le problème, c’est que l’instrumentalisation du fait racial par des politiques bornés et sans scrupule, éloigne davantage les Africains de ces terres d’intolérance. S’il est vrai que les diplômés béninois, sénégalais, tchadiens ou autres djiboutiens foisonnent sur les bords de la Seine, il est tout aussi évident que l’attractivité de cette France intolérante et haineuse ne peut que se réduire de plus en plus. Mais, il faut lire le tout dernier ouvrage d’Achille Mbembé intitulé Critique de la raison nègre (La découverte) pour mesurer l’ampleur du paradoxe qui se noue.
Il y professe l’effacement progressif mais inéluctable des frontières de races pour une humanité réconciliée. « L’Europe n’est plus le centre de gravité du monde », dit-il pour signifier que les anciens mondes périphériques sont en train de ravir la vedette au vieux continent à travers l’émergence de la Chine, de l’Inde, du Brésil ou encore de l’Afrique du Sud.   « Pour construire ce monde qui nous est commun, il faudra restituer à ceux et celles qui ont subi un processus d’abstraction et de chosification dans l’histoire la part d’humanité qui leur a été volée », ajoute l’historien et philosophe camerounais.
C’est dire que la résurgence du racisme n’est pas pour faciliter les choses. Elle va, au contraire, créer les conditions d’une détestation de l’Europe en cette Afrique qui a tant souffert du mépris des autres et où les gens ont soif de vengeance.
Que dire à nos frères et sœurs qui sont là-bas ? Que leur dire d’autre, sauf à remarquer que même en Afrique, l’immigré est un souffre-douleur quand vient à manquer le pain de l’autochtone. Les exemples sont légions où en Libye, en Afrique du Sud, au Gabon, en Côte-d’Ivoire ou  même quotidiennement en Guinée Equatoriale, les immigrés congolais, zimbabwéens, nigériens, burkinabés, béninois et autres camerounais  sont traités comme des mouches.  Brisés. Avilis.
Ce qu’il nous faut donc ici, c’est créer les conditions pour que l’enfer ne soit pas préférable à la situation du nègre sur les propres terres de ses aïeux.

Par Olivier ALLOCHEME

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