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Le triomphe de la vérité

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Edito du 13 novembre 2013: A la petite semaine


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logo journalJe suis peut-être le seul Béninois à être littéralement révulsé chaque fois que le Chef de l’Etat dirige les activités de sa famille politique depuis le Palais de la Présidence. Lundi, le député Valentin Houdé a laissé entendre que Boni Yayi l’a reçu, lui et quelques-uns des membres de son obédience politique au sujet de l’installation polémique de la coordination FCBE de Zè. Au Palais de la Présidence. C’est-à-dire dans des locaux censés représenter les plus hauts symboles de la république. C’est-à-dire aussi au cœur de ce qui doit demeurer une enceinte modèle dont la haute stature du Chef de l’Etat devrait être l’incarnation la plus forte. Et c’est là, au milieu de ces locaux censés nous rassembler, enfants de tous les horizons, Béninoises  et Béninois de toutes obédiences,  que le Chef de l’Etat gère les affaires de son clan politique.

Gestion clanique ? Je ne veux surtout pas le croire. Je veux seulement attirer l’attention sur l’affaissement des valeurs républicaines que ces pratiques tendent à  légitimer. Car, ce qui est ici le plus répréhensible, c’est l’étalage    joyeux de ces déviances. Un peu comme si l’on ne se rend pas compte de la gravité des violations en tout genre que cela induit. Oui, on viole les principes les plus sacrés et on le montre au peuple, aux fonctionnaires, aux ministres, aux chômeurs…

Mais pendant ce temps, pendant que le Chef de l’Etat en personne use du téléphone public pour gérer les affaires de son mouvement politique, que demande-t-on aux autres ? On monte le Garage Central qui fait la chasse aux véhicules administratifs abusivement utilisés par leurs propriétaires, on montre à la télé les responsables indélicats, on parle bruyamment de la lutte contre la corruption et on installe même, à cet effet, une Autorité nationale chargée de créer l’illusion d’une « lutte implacable » contre la corruption. Et pendant ce temps, le peuple croit réellement que ceux qui nous dirigent veulent notre bien, qu’ils travaillent pour la bonne gouvernance. Quelle est donc cette bonne gouvernance qui consiste à utiliser le téléphone de l’Etat et à employer la présidence pour gérer la mouvance présidentielle ? Et quel exemple donne-t-on aux ministres, aux cadres à divers niveaux, au Président de l’Assemblée nationale et aux députés, comme au dernier agent des services administratifs? Faites donc ce que je dis, ne faites pas ce que…

        Non, ce n’est pas une blague. Il n’est que d’entendre Valentin Houdé étaler au grand jour les graves conséquences de ces déviances, toujours dans ses déclarations de lundi. Surtout lorsqu’il parle d’Etienne Kossi devenu ministre des sports en mai 2008. « Dès que le Bénin a un match à l’extérieur, révèle-t-il en parlant des conseillers communaux proches du ministre à Zè, il les faisait voyager. Par finir, lesdits conseillers ont préféré lui faire allégeance. » Et pourquoi ne le ferait-il pas si la « haute autorité » lui donne de sublimes exemples du genre ?

Ce n’est que l’une des nombreuses manifestations de cette tendance développée depuis le renouveau démocratique  et qui transforme le  Palais en un espace de toutes les libertés ? On y a tout vu, tout  toléré au nom de la politique et de ses raisons obscures. La question est maintenant de savoir si nous pouvons continuer à enjamber les règles sous prétexte que le président a été élu par le peuple et que, pour cela, il a tous les pouvoirs.

Ce qu’il y a, c’est que ces pratiques passées dans l’ordinaire dénégation de la norme, comportent une injure à l’opposition. Nous assistons à la mort réelle de la fameuse égalité de traitement que tous les citoyens sont en devoir d’attendre et d’exiger  de leur président. Seul, il est réputé élu par tous et pour tous. Autant l’opposition que la mouvance doivent, en lui, retrouver celui qui incarne nos valeurs et protège nos principes les plus chers.

Mais ici, l’opposition se retrouve sans droit. Elle n’a le droit d’utiliser ni le téléphone de l’Etat, ni ses locaux, encore moins ses véhicules. Elle est officiellement combattue avec les moyens de l’Etat. Il faut alors poser le problème du financement public des partis politiques dans notre pays. Il permettrait d’atténuer les injustices hideuses créées par ces distorsions. Et surtout de donner aux opposants les moyens d’offrir aux citoyens un nouvel horizon quand les cieux du gouvernement deviennent pour tous l’amorce d’un enfer avant date.

Par Olivier ALLOCHEME

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