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Le triomphe de la vérité

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Edito: Deux morts et des passions


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logo journalRéactions douloureuses, incompréhension totale, choc épouvantable. Il n’y pas de mot suffisamment fort pour dire l’ébranlement qui s’est emparé de tous à la suite de l’assassinat gratuit et immonde de mes deux confrères de RFI, Claude Verlon et Ghislaine Dupont. Victimes de l’abjection qu’on appelle terrorisme, ils ne faisaient pourtant que leur travail avec la conscience aigue qui caractérise les professionnels de leur trempe. Non, ils ne méritaient pas de tomber sous les balles de ces monstres inhumains que Dieu a commis l’erreur de créer. Pas plus qu’ils ne méritent les commentaires acidulés de quelques-uns d’entre nous qui estiment que la France n’a trouvé que ce qu’elle a cherché en faisant ce qu’elle a fait sur le théâtre malien. Qu’a donc fait la France ?
Elle a eu le courage d’intervenir dans un pays comme le Mali dont la capitale Bamako, en janvier 2013, était menacée de tomber entre les mains des islamistes. Elle est intervenue là où nos Etats sans moyens appropriés, hésitaient à envoyer leurs hommes. A cet égard, la France n’a rien fait d’extraordinaire. Elle n’a fait que son devoir compte tenu de ses engagements internationaux. Compte tenu également des antécédents libyens. On n’oubliera pas que la conflagration malienne constitue l’un des reliquats laissés par l’intervention française en Libye. Et que les armes employées à Gao, Tombouctou ou Kidal à partir de mai 2012 sont, pour une part, prélevées aux stocks en lambeaux de l’armée de Kadhafi en déroute après l’intervention française.
On n’oubliera pas non plus que cette intervention sur le théâtre malien a été demandée par les autorités intérimaires de Bamako, l’Union africaine et l’ONU. Elle ne saurait donc être vue comme une opération purement française, puisque nous savons tous le lourd tribut que les troupes tchadiennes et même maliennes ont dû payer dans les montagnes inhospitalières des Ifoghas. Béninois, Togolais et autres Sénégalais sont aujourd’hui déployés sur le terrain et travaillent jour et nuit, avec les difficultés que l’on sait, au rétablissement d’une stabilité perdue. En parlant de la France, c’est aussi de tous ces Etats que l’on parle, c’est-à-dire de tous ces pays qui ont refusé de laisser le Mali seul face à des (pseudo) islamistes surarmés et prêts à poser leurs canons au Palais de Koulouba à Bamako. Nos frères et nos sœurs sont dans ces déserts et brûlent par 50° à l’ombre, la peur au ventre, menacés jour et nuit par des fous qui se réclament d’un Dieu qui n’est certainement pas le Miséricordieux que nous connaissons.
Il apparait dès lors que les diatribes anti-françaises qui se sont fait entendre occultent ces efforts qui se déploient par tous les Etats, et à travers eux, le travail de tous ces journalistes, de tous ces soldats, de tous ces policiers, de tous ces médecins et autres humanitaires qui s’échinent pour que le Mali ne disparaisse pas.
Mais si la France est intervenue, ce n’est évidemment jamais pour les beaux yeux des Maliens ou des Africains. Elle sait quelles menaces pèsent sur les mines d’uranium du Niger tout proche, mines desquelles dépend son propre approvisionnement en énergie. Elle sait pouvoir utiliser son ascendant militaire et diplomatique pour faire fonctionner la machine commerciale de ses industriels une fois la stabilité obtenue. Elle sait aussi quel point elle marque en se rendant parfaitement incontournable dans cette crise majeure dans laquelle sa voix compte.
De là à dire que mes deux confrères méritent d’être assassinés parce que citoyens d’une France en quête de la satisfaction de ses besoins, il y a un cynisme et une myopie de trop. Ce qu’il y a, c’est que les Africains croient trop profondément en la philanthropie occidentale pour oser réfléchir par eux-mêmes. Toute dignité abandonnée, les Africains sont les seuls peuples au monde à croire que leur développement et leur épanouissement ne peuvent provenir que d’ailleurs. Ils ne peuvent pas tolérer dès lors, que les pays occidentaux pensent à leurs intérêts, à ceux de leurs contribuables et de leurs électeurs au moment où ils posent leurs valises sur le continent. « Un peuple riche ne s’impose qu’au pays pauvre dont les habitants ne savent pas faire don de leur personne », disait Ahmadou Kourouma dans En attendant le vote des bêtes sauvages (2000)…
En clair, quelles que puissent être les intentions malveillantes des puissances occidentales, les Africains doivent se considérer d’abord comme les seuls artisans de leur destin. Au lieu de se victimiser tout le temps.

Par Olivier ALLOCHEME

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