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Le triomphe de la vérité

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Edito: Au pays des motos


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logo journalFaut-il interdire les motos à Cotonou ? Cette décision radicale qui pourrait bien se révéler suicidaire au plan politique, est bien une alternative non seulement à la multiplication des accidents de moto dans la ville  mais aussi à une pollution devenue chronique. La solution expérimentée depuis une semaine par la police nationale pour contrer la première menace est la canalisation des motocyclistes obligés de circuler désormais dans leur couloir, sur les pistes cyclables.
L’initiative mijotée depuis quelques années est entrée en expérimentation et permet d’observer chaque soir une réduction drastique des embouteillages aux heures de pointe notamment à certains carrefours névralgiques de la ville. Derrière cette opération somme toute anodine se cachent des enjeux autrement plus complexes. Ils intéressent en réalité la situation d’une ville de Cotonou qui offre l’image d’une véritable pétaudière.
Il suffit de visiter quelques capitales africaines ou occidentales pour se rendre compte de l’anarchie qui règne dans notre ville. Trottoirs anarchiquement occupés, musique étourdissante provenant des bars même tard la nuit, saleté repoussante partout, pollution scandaleuse, circulation improbable…La liste est vraiment longue.  Mais il y a à coup sûr cette incapacité permanente à discipliner les citoyens. Impossible en effet de les empêcher de marcher ou de rouler sur les rares espaces verts, de jeter toutes sortes d’ordures dans la rue, d’uriner à tout vent ou même de jeter des excréments en plein marché. J’ai vu un chef d’arrondissement dépenser une fortune pour que les moutons échappés des maisons ne viennent brouter les plants d’arbres qu’il a réussi à grand-peine à planter sur les terre-pleins centraux. Et c’est ce comportement général d’indiscipline et d’incivilité qui empêche la plus grande ville du Bénin de disposer de jardin public digne du nom. On se croirait au milieu d’un enfer d’individus échappant à toutes les règles de la civilité urbaine. Ça c’est Cotonou, la belle, Cotonou, la sauvage, Cotonou, l’indomptable, Cotonou, l’invivable.
Car, à bien y voir de plus près, l’espace urbain cotonois, rebelle à toute bienséance,  est le résultat d’une croissance mal maitrisée. Les répercussions sur les infrastructures sont immédiates. A quand la fin ? C’est la question.
L’opération de la police nationale, si elle réussissait, donnerait du sens à une discipline qui a foutu le camp depuis longtemps dans la ville. Il  faut rester positif et espérer que cette initiative, malgré les nécessaires couacs qu’elle peut comporter, pourra permettre de juguler l’anarchie qui règne dans la circulation chez nous. Comment peut-on comprendre que dans des villes africaines comme Accra, Kigali, Casablanca ou même le Caire la maitrise de la circulation soit presque parfaite alors que chez nous c’est le plus parfait désordre ? Je vois d’ici beaucoup de gens supputer déjà sur l’échec de l’opération policière. Il suffit de voir comment certains motocyclistes foncent droit sur les agents pour refuser d’obtempérer. Il suffit de voir ce qui se passe dès que les policiers s’en vont : les motocyclistes se comportent exactement comme s’il n’y avait jamais eu une opération de canalisation vers les pistes cyclables. Il suffit aussi de voir ce qui se passerait si le Chef de l’Etat, succombant à quelques conseillers, décidait d’arrêter l’expérience en cours : la même ruée s’observerait aussitôt.
Posons même la question qui fâche : la multiplication des motos est-elle une bonne chose pour Cotonou ? Le Bénin reste une exception unique en Afrique. Le nombre de motos ici fait le triple des voitures. Contrairement à des villes comme Abidjan, Dakar ou Libreville où elles sont très rares. Le transport individuel y est roi au détriment du transport en commun. Résultat, l’encombrement est permanent à Cotonou et les accidents sont légion.Que se passera-t-il dans vingt ans si la ville devait continuer sur cette lancée ? C’est une perspective qu’il faudra pourtant envisager dès aujourd’hui pour ne pas se retrouver demain devant l’asphyxie qui se prépare.
Dans ces conditions, pour conjurer le mauvais sort, il sera nécessaire de trouver des moyens opératoires limitant la lente agonie d’une ville qui a besoin de respiration. On peut rejeter cette perspective aux calendes grecques aujourd’hui pour des raisons politiques. Mais l’évidence même est que Cotonou ne peut continuer à fermer les yeux trop longtemps sur  ce qui l’étouffe.

Par Olivier ALLOCHEME

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