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Le triomphe de la vérité

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Edito du 04 octobre 2013: La rentrée et les finances


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Il n’y a que les parents les plus aisés qui n’aient pas de souci financier actuellement. La rentrée des classes vide en effet les poches de la plupart des familles. Et lorsqu’il s’agit des familles nombreuses…

Tout le monde en convient, l’école coûte cher aux parents et même à toute la communauté. Elle figure en bonne place dans les dépenses familiales et consomme au Bénin la plus grande portion du  budget national. Ce qui aggrave la situation, c’est la déliquescence de l’école publique. De faible coût et gratuite au primaire, elle a malheureusement raté le train de la qualité. Non pas seulement du fait des effectifs pléthoriques ou des grèves dont les effets dévastateurs ne sont plus à démontrer, mais aussi de la pénurie des bons  enseignants. Elle sape  le  niveau de nos enfants d’autant d’ailleurs que le bon travail des uns est saccagé par les mauvaises prestations des autres.

Et c’est pourquoi la plupart des cadres béninois n’envoient pas leurs enfants dans les écoles publiques. Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, les enseignants du public eux-mêmes sont les premiers à le faire, préférant,  de loin, les cours privés ou confessionnels. C’est l’histoire du boulanger qui préfère consommer le pain de ses concurrents. Mais le privé est cher. Sans subvention ni aucun apport de l’Etat,    il est obligé de faire payer aux parents tout le fardeau de  la qualité que ceux-ci réclament. L’addition, bien souvent, est salée.

Les méthodes employées prêtent parfois à polémique. Je connais des écoles confessionnelles qui font payer aux parents à chaque rentrée des frais de 10 000 FCFA au titre de la participation (obligatoire) à la construction des bâtiments. C’est comme si mon propriétaire m’obligeait à lui payer de l’argent pour qu’il agrandisse sa maison, en m’intimant l’ordre de ne pas l’inscrire dans le loyer. A tout cela, s’ajoutent d’autres frais injustifiés auxquels les parents d’élèves  sont tenus de se prêter, sous peine de se voir obligés de retirer leurs enfants. C’est  « l’industrie éducative » pour parler comme Le Thânh Khôi (L’industrie de l’enseignement, 1967).

Ces petites injustices du quotidien ne prospèrent que du fait de la mauvaise qualité de l’enseignement public.  Elles viennent s’ajouter aux autres contraintes rendues difficilement supportables aujourd’hui pour les parents soucieux de l’avenir de leurs enfants. L’un des plus importants, reste les cours particuliers payés à domicile. Qu’on le comprenne très clairement. 90% des enfants qui réussissent avec éclat à leurs examens de fin d’année doivent leurs résultats à cette solution. Bien souvent, ce ne sont pas nos enfants qui sont demandeurs. Sitôt que l’on sent quelque faille dans les matières fondamentales, la solution la plus usitée, ce sont ces cours de maison dont la charge financière est bien lourde. Combien de parents n’ont pas refusé obstinément de sacrifier à ce besoin, estimant que les enfants ont aussi le devoir de faire des efforts personnels. Ou encore qu’ils n’ont jamais eu eux-mêmes de répétiteurs  avant de réussir leurs diplômes. Cette attitude sans concession cache aussi des soucis financiers.

Mais le pire, à mon sens, c’est la tentation généralisée de priver les enfants de livres pour sauver nos finances. L’école béninoise évolue sans livres, notamment parce qu’ils sont trop chers. Là où, en France, les enfants ont droit à des dizaines de livres de toutes sortes pour leurs apprentissages, ceux du Bénin ont, à peine, deux livres par tête, dans le meilleur des cas. Beaucoup traversent tous les cycles, sans jamais avoir lu une seule œuvre littéraire, ni acheté pour eux-mêmes un seul livre de spécialité.

 Ce qui les contraint au psittacisme, à la répétition machinale de formules et de leçons mal maitrisées. Au lieu d’apprendre par lui-même à travers les livres, l’enfant se contente d’apprendre par cœur des formules et des phrases toutes faites  dont il ne maitrise pas grand-chose. Cette déformation généralisée risque de se dupliquer pendant des générations, puisque la plupart des cadres d’aujourd’hui sont passés par le moule hideux d’un enseignement sans livre. Et aujourd’hui, nous sautons pieds joints dans la civilisation numérique qui n’a été en Occident que la suite logique de la civilisation du livre…

Ma conviction la plus profonde, c’est qu’une politique de subvention des livres béninois est devenue nécessaire pour  rendre accessible à tous le savoir qui fait grandir la société.

 Par Olivier ALLOCHEME

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