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Le triomphe de la vérité

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Edito du 23 septembre 2013: Le jeu des intérêts


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logo journalEpiphane Quenum et Ali Camarou, derniers  transfuges en date de la RB, ont fini par créer leur parti. Avant eux, l’honorable Parfait Houangni en a fait de même. En moins de trois mois, le parti des Soglo a enregistré trois défections majeures. Dans la foulée, l’honorable Yacoubou Malèhossou a dit sa déception de la politique béninoise, et n’a surtout pas caché son amertume face aux impositions venant de son groupe, entendez de son parti, la RB. Et pour toutes ces raisons, il annoncé sa volonté de quitter la vie politique en 2015 pour se consacrer à  sa vie spirituelle et à l’aide aux nécessiteux. Avant lui, le récent remaniement ministériel a montré  que Blaise Ahanhanzo Glèlè est clairement en porte-à-faux avec les principaux responsables du parti. La longue marche qu’il a organisée pour remercier les sages et notables de la cité historique d’Abomey s’apparente à un baroud d’honneur vis-à-vis des responsables de la RB.

        Si l’on ajoute à ces cas, les autres qui sont partis successivement, on peut dire que cette formation politique  a engrangé, en deux décennies d’existence, plus de départs retentissants que n’importe quel autre parti de l’échiquier politique national. Comment expliquer ce phénomène ?

        Il faut déjà signaler que les regroupements politiques au Bénin se sont toujours réalisés sur des bases régionalistes. C’est cette variable identitaire qui était, à l’origine, dès 1947  de l’éclatement du premier parti politique du Dahomey, le Parti Dahoméen de l’Unité (PDU) créé en 1946. Tous les autres partis, à l’exception notoire du PRPB, parti unique, seront marqués par l’emprise ethnique. A cet égard, il suffit de  lire les excellentes études réalisées par Maurice Ahanhanzo-Glèlè (Naissance d’un Etat noir, 1969) et par Guy Landry Hazoumè (Idéologies tribalistes et nations en Afrique : le cas du Dahomey, 1972), pour se rendre compte que, même aujourd’hui, les mêmes réflexes identitaires sont restés. A maints égards, ils se sont accentués.

 Aucun parti constitué sans base ethnico-régionaliste, aucun homme politique sans base régionale n’a réellement prospéré dans notre pays. A cet égard, en dehors du charisme de son président d’honneur, la RB n’a pas d’idéologie claire. Elle se présente plus ou moins comme le parti des fons et assimilés, qu’ils soient du plateau d’Abomey, de Ouidah ou de Cotonou. Historiquement, c’est l’ancien bassin électoral de Justin Tométin Ahomadégbé.

        Ensuite, les intérêts personnels.  Ceux qui entrent ou sortent de la RB sont, avant tout, guidés par leurs intérêts du moment. En dehors d’une infime minorité qui reste marquée par l’action de Nicéphore Soglo dans les années 90, les autres cherchent, dans le parti, un moyen de promotion personnelle pour eux ou leurs proches. Il est vrai que les départs massifs de cadres du parti peuvent faire réfléchir sur la capacité managériale de la présidence, notamment sur sa capacité à gérer les inévitables contradictions ainsi que les ambitions internes inhérentes à toute formation politique. Mais il y a que si Quenum, Azannaï, Houédjissin et les autres ont su profiter du système à un moment donné, ils en ont aussi écarté d’autres en utilisant les mêmes leviers familiaux que chacun d’eux a évoqués pour expliquer son départ.

        Autrement dit, « l’idéologie de l’héritage » dénoncée par Quenum n’est pas une nouveauté datant d’hier. Le président du RDR s’en est bien accommodé  lorsqu’elle arrangeait ses intérêts. L’évoquer aujourd’hui, après que tant de gens illustres eurent successivement quitté le parti en lui laissant les premiers rôles, n’est pas un acte de bravoure. Certains de ceux qui ont claqué la porte avant lui vont même sourire en entendant l’un des lieutenants les plus attitrés  de Rosine Soglo argumenter dans ce sens.

        La seule question qui vaille est donc de savoir pourquoi c’est seulement maintenant qu’il en prend conscience au point de s’en aller avec armes et bagages. Pourquoi précisément maintenant, après que des vexations parfois inacceptables dénoncées par d’autres lui ont servi d’échelle pendant des années ?

        La réponse, c’est bien que ses intérêts d’aujourd’hui et peut-être aussi de demain lui recommandent plus que par le passé d’aller tenter une autre aventure. Est-ce la méforme actuelle du parti des  Soglo qui l’y encourage ? Sont-ce, au contraire, dans le cas d’Ali Camarou, par exemple, homme d’affaires bien connu, des questions d’intérêt directement lié au gouvernement ? Tout porte à le croire.

        L’allégeance du nouveau parti à la mouvance présidentielle, alors même qu’Epiphane Quenum n’a pas caché, ces dernières années, son antipathie vis-à-vis du pouvoir, en dit long. Nous sommes et demeurons dans le jeu des intérêts.

Par Olivier ALLOCHEME

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