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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec l’artiste plasticien Akpinkou Aimé alias ‘’Azé-Baba Maharaja’’: « Mes œuvres ne sont pas faites pour décorer les chambres et les bureaux »


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AzébabaArtiste polyvalent et doué, Azé-baba est plasticien, musicien, sculpteur et photographe. Il réalise ses œuvres en s’inspirant du Fâ. L’homme nous parle ici de son art en mettant en relief ce qui fait sa particularité.

L’Evénement Précis : Comment avez-vous fait votre immersion dans le monde des arts et de la culture ?
Azé-baba Maharaja : Déjà, il faut commencer par dire qu’entre 09 et 10 ans, j’étais intronisé en tant que prêtre du Vodoun Loko. Donc, j’étais déjà au couvent pour découvrir les différents signes du Fâ et beaucoup d’autres choses. C’est ce qui a fait que, très tôt, j’ai été initié au Fâ. J’oriente donc toutes mes œuvres dans la direction du Fâ. L’intention première est de défendre cette réalité de chez nous. J’ai fait mon école d’art à Tchogbo school au Nigéria. Dans cette école, ils peignent les divinités. Ce sont donc les divinités qui sont mises en valeur. Alors, après que j’ai été initié, j’ai poussé ma curiosité et c’est là que l’idée m’est arrivée d’explorer les compartiments et les différentes configurations du Fâ afin de les mettre en relief à travers mes œuvres. Ainsi, dans mes recherches, il m’a été enseigné que Fâ a vécu à Iléfè (Nigéria). Après, j’ai poursuivi mon chemin de fouille et suis allé à Canaan, en Inde où j’ai rencontré le maitre Kinja qui a beaucoup fait pour moi. Comme j’ai constaté que bon nombre de personnes s’appuient sur cet art divinatoire pour expliquer un certain nombre de faits, et que j’ai pris mon temps pour m’instruire davantage dans le domaine, j’ai commencé par avoir des révélations et des dédoublements de la réalité. Ainsi, de retour au bercail en 2000, j’ai donc décidé d’orienter toutes mes œuvres vers cette science. J’ai donc commencé par peindre tout ce que l’au-delà me communiquait. Je mettais sur mes tableaux des signes positifs et les éléments qui peuvent guérir et qui instaurent la paix. Vous savez, nous sommes dans un contexte où il faut désormais travailler à l’instauration de la paix et de la guérison au sein de la communauté de vie.

Qu’est-ce qui vous a poussé à cette option de faire du Fâ votre source d’inspiration ?
Retenez que sur cette terre, il n’y a pas de hasard. Nous sommes tous envoyés en mission. Donc, j’ai juste senti en moi que j’ai été envoyé pour défendre le Fâ à notre image parce que, depuis fort longtemps, personne n’exploite ces forces pour en faire quelque chose de concret. Il en use donc pour se connaitre ou pour s’initier tout juste. Je me sens donc investi de cette mission de partager ici en Afrique et dans le monde les richesses de cette grande réalité de chez nous. C’est donc pour la promotion de nos valeurs endogènes que je travaille.

Depuis que vous avez donc fait cette option de travailler sur les signes du Fâ, quelles sont les profits que vous en avez déjà tirés ?
C’est énorme. Je vis bien avec ma famille. Il y a la santé et je ne me plains pas du tout. Ce qui me rend plus joyeux, ce sont mes amis et autres personnes de bonne volonté qui s’approchent de moi pour se procurer de mes œuvres et consommer les biens que ça leur fait et aussi les témoignages qu’ils me font.

Cela fait combien d’année que vous êtes dans ce métier ?
Ça fait déjà, de façon précise, trente (30) ans que je fais la peinture sur la base du Fâ.

Azé-baba, à son palmarès, a déjà remporté combien de concours d’art et il a combien de trophées à son actif ?
Azé-baba est un artiste pas comme les autres. Il n’aime pas sortir de son couvent. Ça veut dire qu’il n’aime pas les concours et les sorties. Il aime s’imposer à travers la qualité de ses œuvres. Il faut souligner que j’ai une mission bien précise. Au concours, ce que tu dois faire est imposé. Or, moi, je suis en train de véhiculer un message. Je suis en train d’exposer des visions qui me viennent de l’au-delà. Vous voyez donc que si je me retrouve dans le plat des concours, je ne pourrai pas fonctionner de façon correcte. Je ne vais pas me sentir bien, parce qu’on va me forcer à faire les choses.

A votre actif, en tant que musicien, on peut compter combien d’albums ?
J’ai déjà produit trois œuvres musicales dont ‘’J’aime Cotonou’’, ‘’On doit « tiroler » c’est-à-dire danser ’’, ‘’Pour Dada Sègbo’’ qui est purement traditionnel et ‘’Liquider Waba’’ et ce dernier apostrophe directement les femmes qui aiment la dépravation. Puisque le Fâ l’interdit.

On vous voit avec des dreadlocks. Cela voudra dire que vous êtes un reggae men ?
Non, je touche à peu près à tous les rythmes, surtout traditionnels. Mais, ce que j’ai là, je ne les appelle pas des dreadlocks. Il est vrai qu’entre temps j’avais le rasta. Mais à un moment donné de ma vie, j’en avaiserras le bol avec les questions de foi et de religion. Laissé mes barbes se tisser comme des dreadlocks jusqu’aux cheveux, ce n’est pas le style rasta. Le mot rasta n’existe pas dans mon vernaculaire. On appelle ça « Dakaya ou Dahangnanhangnan» en fongbé (langue parlée notamment au sud du Bénin) qui traduit (chevelure mal arrangée, dispersée et éparpillée). Ce choix de laisser mes barbes dans cet état est ciblé. Cela me permet de me connecter à Dadasègbo (être suprême), à l’au-delà. Je l’ai vu en révélation, en songe. En quelque sorte, ce sont mes antennes.

L’artiste est originaire d’où ?
Je suis originaire d’Agonlin Zangnanando et plus précisément d’Izigo. Je suis issu de la famille royale de cette localité, les Aholou-Agbéko.

Parlez-nous un peu de vos œuvres, surtout en tant qu’artiste plasticien ?
D’abord je vis à Tangbo Djêvié, dans la commune de Zê. C’est un cadre qui m’inspire qui fait beaucoup voyager et qui me connecte plus à l’au-delà. Dans chacun de mes tableaux, j’essaie de rassembler un certain nombre de peintures et d’autres éléments qui émanent des énergies positives, de paix, de guérison etc. je mets donc dans mes tableaux des pigments qui attirent des rayons positifs.

Quelles sont vos matières premières ?
Je travaille sur les toiles, plus en coton qu’en lin. Le coton parce que, c’est une matière qui dégage de l’énergie positive en matière même de Fâ.

Vous n’utilisez donc pas les acryliques, les pigments et autres ?
Moi j’utilise plus la peinture à huile. Les pigments de la peinture à huile sont tirés d’une matière première qu’on appelle chez nous ici le ‘’Zin’’. Or, cette matière et le caolin sont des éléments fondamentaux plus utilisés dans nos traditions. C’est ce qui fait que je travaille beaucoup ces matières dans mes œuvres.

Quelles sont les particularités de vos œuvres ?
Mes œuvres ne sont pas faites pour décorer les chambres et les bureaux parce que j’y introduis des signes et des éléments dont il faut nécessairement avoir connaissance avant d’aspirer à en faire usage.

Un dernier mot pour conclure l’entretien ?
Je voudrais d’abord remercier les uns et les autres pour tous les apports dont je bénéficie et inviter tout le monde à commencer par consommer l’art. Tout juste parce que la peinture, la sculpture, la musique et les autres dérivés de l’art guérissent et sèment la paix.

Entretien réalisé par Teddy GANDIGBE

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