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Le triomphe de la vérité

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Edito: La culture du kpayo


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La lutte contre le kpayo est lancée dans le septentrion, mais elle a déjà échoué à Cotonou. Après plusieurs mois de tergiversations, les forces de l’ordre se sont décidées à engager la bataille du septentrion, malgré les incertitudes ayant jonché l’expérience du sud. Echec garanti…
Au risque de décourager ceux qui voudraient bien que la lutte réussisse, il y a de fortes chances que ce nouveau théâtre de la lutte antikpayo s’avère encore plus complexe que ce qui a été vu à Cotonou, Porto-Novo ou Abomey. Déjà, avant même que les forces de l’ordre ne démarrent, ce sont les vendeurs qui ont fait la semaine dernière un mouvement de débrayage ayant bloqué les activités dans presque toutes les localités du Borgou-Alibori, par exemple. C’est un signe.
Il s’est passé que globalement l’opération menée au sud a échoué. Une ou deux semaines d’abstinence ont suffi pour que les trafiquants trouvent les moyens de contourner tous les dispositifs mis en place. Il suffit de constater qu’aujourd’hui, malgré les milliards dépensés dans la lutte, le trafic a repris de plus bel. A Cotonou, Porto-Novo, Abomey et toutes les villes concernées et leurs environs, tout se passe aujourd’hui comme s’il n’y avait jamais eu une opération d’assainissement du marché des produits pétroliers. Les rues sont jonchées comme par le passé par les vendeurs d’essence de contrebande. Les prix sont en baisse et livrent au secteur formel la vive concurrence qui l’a toujours menacé. C’est à se demander s’il n’y a pas dans notre culture, un puissant germe antiformel qui annihile tous les efforts engagés par le gouvernement.
Les ravages de cette culture de l’informel sont partout. La semaine dernière, j’en avais déjà évoqué les inconvénients dans l’industrie culturelle. Mais l’économie informelle, c’est aussi les librairies par terre qui rendent périlleux le commerce des livres. A y voir de près, les intellectuels béninois nourris à la source des livres achetés au noir ou même aux inévitables photocopies (autre forme d’informel), sont inconsciemment prédisposés à l’informel. Dès le berceau éducatif, chacun apprend ainsi à échapper aux structures rigides de l’occident, en s’inventant des raccourcis élevés en règles. Sortir de cette zone de confort individuel mais désastreuse pour l’économie et les règles de vie communautaire, devient, dès lors, difficile voire impossible.
Parce qu’au même moment où les cadres se prédisposent à acheter leurs portables au noir, leurs appareils électroménagers au noir et parfois même leurs vêtements au noir, ils en font de même avec leurs voitures et leurs motos.
Il n’est donc pas étonnant d’assister à une démission de l’Etat sur le front de la lutte antikpayo. La plupart des policiers, des militaires ou autres sapeurs pompiers engagés dans l’opération ne s’approvisionnent pas eux-mêmes dans le circuit formel. Ce paradoxe massif mais prégnant dans le quotidien ordinaire des Béninois n’est pas à banaliser dans l’analyse des raisons des échecs récurrents enregistrés dans la lutte. En plus, bon nombre parmi eux ont des parents contrebandiers dans un pays comme le Bénin où les liens familiaux priment même les lois.
Sur les couches de cette mentalité anti-norme, se sont surimposées des réalités déprimantes. Parmi elles, il y a, entre autres, les circuits de détournement mafieux très actifs dans les hydrocarbures au Nigeria et surtout la démission progressive de l’Etat à travers la Sonacop, notamment en ce qui concerne la mise en place de nouvelles stations-services. La promesse (démagogique) d’investir 50 milliards de FCFA pour résorber le problème des stations-services et celui de la reconversion des trafiquants, constitue un attrape-nigaud que les acteurs du secteur ne manquent pas de percevoir. C’est précisément au pied levé, au cours d’une audience houleuse où il a été plus d’une fois désarçonné par la pugnacité des trafiquants, que le Chef de l’Etat a été amené à faire cette promesse hasardeuse. Pour calmer les ardeurs, mais sans convaincre vraiment les acteurs.
Même si des stations-services existent dans bon nombre de chefs-lieux de communes du septentrion, personne ne doute de l’impossibilité à combler tout de suite les besoins énormes en la matière. Lutter contre le kpayo dans ces conditions, sans résoudre ce problème basique tout au moins dans les grandes agglomérations, est simplement une course à l’échec. Placer les charrues avant les bœufs n’est possible que dans les errements politiques. Suivez mon regard…

Par Olivier ALLOCHEME

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