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Le triomphe de la vérité

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Le Docteur Hugues Gandaho, neurochirurgien à propos du Projet Névraxe Info Mobile: « Nous voulons porter assistance aux nécessiteux porteurs d’affections neurochirurgicales »


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Le Dr Hugues GandahoPar le biais du Projet Nevraxe Info Mobile, le Docteur Hugues Gandaho, neurochirurgien à l’Hôpital des Armées du Camp Ghezo, vient en aide aux populations les plus démunies qui ont besoin de soins neurochirurgicaux. Il nous explique dans l’entretien qui suit, ce en quoi consiste son action.

L’Evénement Précis : Ces derniers temps, au Bénin, on entend beaucoup parler des affections neurochirurgicales. Vous qui en êtes spécialiste, pouvez-vous éclairer le grand public sur ces affections?

Docteur Hugues Gandaho : En réalité, ces maladies ont toujours été là, même si les patients n’ont pas souvent eu l’accès facile au dépistage et à la prise en charge ; ceci rend difficile la constitution des statistiques sanitaires. On distingue les affections visibles extériorisées des anomalies internes, mises en évidence par le praticien au terme d’un examen clinique minutieux et/ou appuyé par des explorations diagnostiques. Les affections visibles se traduisent par l’existence d’importantes variations anatomiques. Ce sont les enfants dits «génies» ou « sorciers », causes de véritables drames sociaux, et qui justifient encore de fréquentes pratiques d’infanticides, d’abandons d’enfants, de ruptures des couples, etc. Citons :
– les malformations : encéphaloceles et méningoceles (absence de fermeture de la gouttière neurale, étapes décisives de l’embryogenèse), les craniosténoses (fermeture précoce des fenêtres osseuses du crâne),
– les hydrocéphalies : accumulation d’eau dans le cerveau
D’autres affections ne sont pas visibles et/ou décelables à la simple inspection et peuvent échapper aux observations des parents eux-mêmes.
Mais, dans un cas comme dans l’autre, ces affections affectent la croissance normale et le développement classique du système nerveux, à l’origine des retards dans les acquisitions normales de l’enfant. En clair, lorsque l’enfant est porteur de l’une ou l’autre desdites affections visibles ou lorsqu’il présente des anomalies du développement psychomoteur, il y a lieu que les parents s’inquiètent et qu’ils consultent le pédiatre, lequel prendra la décision appropriée de l’adresser en neurologie pour des investigations complémentaires ou directement en neurochirurgie pour une sanction chirurgicale adéquate.

Comment se fait la prise en charge hospitalière de ces affections au Bénin?
Jusqu’en 2003, la prise en charge hospitalière des affections neurochirurgicales de l’enfant se concevait essentiellement à travers des évacuations à des coûts exorbitants, excluant ainsi la grande majorité. Signalons toutefois, qu’une certaine activité dite « de frontière » était assurée par les chirurgiens traumatologues et les chirurgiens pédiatres, et c’est le lieu de leur rendre un hommage bien mérité.
De 2003 à 2007, la neurochirurgie s’est structurée à l’Hôpital d’Instruction des Armées (HIA de Cotonou) avec la création d‘un service spécialisé de neurochirurgie dont j’ai la charge. Pour une meilleure visibilité mais également pour la vulgarisation de l’activité neurochirurgicale au Benin, j’ai personnellement assuré avec l’appui de la hiérarchie militaire et du ministère de la Sante, des missions opératoires délocalisées à l’intérieur du pays. Le second pool de neurochirurgien s’est structuré à Parakou en 2008.
Ces deux sites de l’activité de base ont été renforcés par l’installation progressive au Benin, d’autres confrères neurochirurgiens successivement en 2010, 2011 et 2012.
A ce jour, nous comptons six (06) neurochirurgiens béninois actifs, c’est-à-dire, moins d’un spécialiste pour 1 500 000 habitants.
C’est pourquoi nous devons imaginer le meilleur pour nos populations et surtout innover dans la recherche de solutions immédiatement exploitables ! Telles sont les motivations profondes à l’origine du projet Névraxe Info Mobile.

Justement, on entend beaucoup parler du projet Névraxe Info Mobile ces temps-ci. Qu’est-ce que c’est ? De quoi s’agit-il au juste ?
Il s’agit d’une initiative atypique. Avant tout, c’est le fruit d’une expérience. La leçon de dix ans de pratique de la neurochirurgie dans notre contexte de pays très pauvre où plus de 80% des populations vivent dans la précarité. Pourtant, c’est à ces populations que le système se trouve contraint de demander de payer entre 250.000 et 500.000 FCFA pour des soins courants de neurochirurgie. Le fonds des indigents que le gouvernement du Dr Boni Yayi a instauré dans notre pays constitue à maints égards une véritable aubaine pour nombre de patients que nous avons eu à opérer. Sans cette prise en charge, leur sort était scellé. Le RAMU ou Régime d’Assurance Maladie Universelle qui vient d’entrer en vigueur dans notre pays, va améliorer encore les choses, nous l’espérons vivement. Vous savez, nous autres praticiens, ne pouvons que saluer ces mesures sociales que nous voyons ailleurs et qui facilitent sérieusement la prise en charge du patient. On ne s’habitue jamais à voir des malades abandonner les soins, faute de moyens. Nous disposons de statistiques qui montrent, hélas, que sur quatre enfants demandeurs de soins neurochirurgicaux, un seul en bénéficie réellement. Et nous ne parlons pas de tous ceux qui n’ont pas fait le déplacement vers les centres de références hospitaliers où sont prodigués ces soins de pointe, faute de moyens ou parce que leurs parents sont convaincus qu’ils sont des « enfants maudits » donc à sacrifier. Il ne fait aucun doute que l’Etat ne pourra pas, de si tôt, multiplier les plateaux techniques de prise en charge et le personnel qualifié dans tout le pays pour ces soins de neurochirurgie. Les familles de 75 enfants sur 100 décident donc de laisser mourir certainement leurs progénitures quand elles ne précipitent pas elles-mêmes ce départ, dans le secret. L’Etat ne peut pas tout faire ! Le projet Névraxe Info Mobile est avant tout une réponse du cœur mais qui ne s’arrête pas seulement à la compassion. Il s’agit de pouvoir être immédiatement opérationnel face à des cas d’extrême détresse. Il s’agit donc d’acquérir, au plus tôt, un bloc opératoire mobile qui va effectuer des missions foraines bien codifiées, géographiquement bien définies sur la base des informations sanitaires recensées à travers le pays, avec l’appui des structures sanitaires et autorités locales, et mises en réseau avec le siège dudit programme. La priorité sera donnée aux zones enclavées et aux populations sans ressources. Les dites missions seront couplées avec un renforcement des capacités pour le personnel médical et soignant, ainsi qu’une politique d’information et de communication avec les populations sur ces affections biologiques.
Notre pays est pauvre et si l’on regarde de près, les quelques-uns qui ont l’air de s’en être sortis -comme on le dit habituellement- ne doivent pas l’être depuis plusieurs générations. Nous devons donc nous donner la main, nous soutenir les uns, les autres, tous sans exception. Les plus forts portant les plus faibles, les « providers » renonçant de temps en temps à leurs intérêts personnels. Les personnes humbles doivent elles-mêmes s’aimer d’abord et porter dans leur cœur aussi ceux qu’on croit à l’abri des problèmes, mais qui ont besoin d’amour ; l’amour qui adoucit les cœurs et égaie nos vies. Le Pape François ne dit-il pas : « le vrai pouvoir, c’est l’exercice dans l’amour » ?

Où en est la mise en œuvre de ce remarquable projet et comment pourrait-on y contribuer éventuellement ?
Une petite analogie : un enfant est-il la propriété de son père ? Il s’agit certes d’une production intellectuelle du Dr Gandaho Hugues, Neurochirurgien, conçue vers les années 2001- 2002 dans le cadre de la mise en place de cette activité de pointe dans notre pays. Cette inspiration de cet instant ‘’t’’ me donne l’obligation morale de m’y investir suffisamment et de façon durable pour sa réussite. Mais je ne saurais jamais réussir seul et c’est le lieu de saluer le rôle déterminant :
– des collègues médecins militaires qui m’ont appuyé à travers la première enquête CAP conduite en 2004 sur les affections neurochirurgicales, la hiérarchie militaire et toutes les institutions qui ont facilité ou offert des équipements chirurgicaux pour l’organisation de missions foraines avec des moyens de bord.
– les associations, telles que l’Association pour le Développement de la Neurochirurgie en Afrique (ADNA), les mobilisations d’étudiants et autres personnes ressources pour le développement de la Neurochirurgie au Benin, et bien entendu le collectif des autres médecins collaborant quotidiennement pour une prise en charge intégrée desdites pathologies.
Je voudrais particulièrement remercier les partenaires impliqués dans la mise en œuvre actuelle et singulièrement la mobilisation de l’Association Cœur de Femmes et les efforts louables de la présidente, Madame Anne Cica Adjaï. Ces femmes ont donné du cœur pour la réussite de la soirée de lancement de la collecte de dons le samedi 22 juin 2013, qui a rassemblé 200 invités au Benin Marina Hôtel, sous le haut parrainage et l’engagement personnel de la Première Dame, Madame Chantal Yayi en faveur de cette humble cause. Ainsi, est-il désormais constitué une véritable chaine de solidarité entre tous les acteurs impliqués. Cette image sublime rappelle celle de l’Archevêque de vénérée mémoire, Isidore de SOUZA connu alors pour son engagement résolu en faveur des pauvres. L’homme de Dieu, en son temps, a lancé le premier téléthon en faveur de la prise en charge d’une pauvre enfant de ce pays qui avait été vitriolée. N’eut été cette main tendue providentielle, soutenue par celle généreusement donnée par la ministre de la Santé d’alors, le Professeur Marina MASSOUGBODJI, notre Maitre, cette personne aurait vécu toute sa vie complètement défigurée, avec une sensation de brûlure permanente. Donc, il ne s’agit pas seulement du « projet du Docteur GANDAHO Hugues» mais d’un aboutissement et en même temps le point de départ pour une solidarité agissante qui sauve des vies : c’est à cette solidarité que nous convions tous les Béninois, quelles que soient leurs conditions. Qu’il nous souvienne, notre Seigneur Jésus a été admiratif devant « l’unique pièce que la pauvre veuve a donnée comme quête » ; En fait ayant pris sur son indigence, cette femme avait donné le plus : c’est le symbole de tout donner pour la vie! C’est pourquoi, nous demandons à chaque Béninois de participer à cette chaine en donnant une contribution minimale de 300 FCFA. Ceux qui le peuvent naturellement, pourront donner 1 million voire beaucoup plus. D’autres acteurs plus habilités indiquent déjà et plus encore dans les jours à venir, comment mobiliser ces fonds. Cela permettra de sécuriser la présente collecte et de mettre en garde contre toute sorte de manipulation : que la douleur et les souffrances des uns ne soient l’occasion d’indélicatesses pour d’autres. La fabrication du bloc opératoire mobile a déjà commencé et le fabricant prend toutes les dispositions pour le livrer courant septembre-octobre dès que les comptes seront soldés. Tout dépend donc de notre générosité. Nous saluons particulièrement notre hiérarchie pour l’appui à l’essor de la neurochirurgie en République du Benin. Nous n’exprimerons jamais assez notre gratitude à nos chers maitres des Facultés de Médecine de Cotonou, de Dakar, de Lyon, de Ulm, ainsi que les partenaires de Pittsburg et St Louis (Mo) et bien d’autres qui ont formé le praticien que nous sommes devenus. Toute notre gratitude va à l’endroit de la Ministre de la santé, le Professeur KINDE GAZARD qui nous a déjà témoigné son attachement à la vulgarisation de la pratique neurochirurgicale dans notre beau pays, et qui soutient la présente initiative. On ne saurait passer sous silence l’appui décisif des partenaires étrangers à qui nos pauvres enfants seront éternellement reconnaissants pour tout ce qu’ils leur apportent. Nous n’oublions pas les medias qui nous permettent de toucher les populations et nous faisons un clin d’œil à ces nombreux soutiens de l’ombre qui œuvrent aussi avec efficacité et détermination pour la réussite de ce projet qui, nous l’espérons va « redonner un nouvel espoir de vivre » pour citer le médiateur de la République, le Professeur Albert TEVOEDJRE, le désormais frère Melchior grâce à qui on peut dire que ce projet a « mis le pied à l’étrier ». Que Dieu bénisse le Benin et les enfants de ce pays.

Propos recueillis par la Rédaction

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