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Le triomphe de la vérité

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Fondation Friedrich Ebert: Une étude préconise de dépolitiser la filière coton


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Le panel lors de la présentation du rapport de l'étude

Le panel lors de la présentation du rapport de l’étude

« La filière coton au Bénin : Regard et analyse prospective de la société civile ». C’est le thème d’une étude menée par la Plateforme des acteurs de la société civile au Bénin (PASCIB) dont les grandes lignes ont été rendues  publiques hier jeudi 18 juillet au siège de la Fondation Friedrich Ebert (FES) au cours d’une séance d’échanges dénommée « Soirée politique de la FES ». Cette séance d’échanges a regroupé, outre les membres de la société civile, des députés, des cadres du Ministère de l’agriculture, des représentants du secteur privé ainsi que des cadres de différentes administrations et institutions nationales et internationales. Aurélien Atidégla, président de la PASCIB et principal orateur de la soirée, a attiré l’attention sur les principaux goulots d’étranglement de la filière,  notamment la  baisse constante de la production depuis une décennie, l’inefficacité de la gouvernance du secteur et ses impacts sur la gouvernance globale du secteur agricole au Bénin. La PASCIB préconise alors un train de mesures, à savoir, le consensus des acteurs, l’adoption  d’une loi-cadre sur le secteur et d’un système rigoureux et efficace de programmation des activités de la campagne agricole,  ainsi que la dépolitisation de la filière. Sur ce dernier aspect, les participants à la soirée ont insisté sur l’impérieuse nécessité de préciser plus clairement le rôle de l’Etat afin qu’il n’intervienne pas  en désordre dans la filière. L’Honorable Candide Azannaï a surtout mis l’accent sur l’obligation pour l’Etat de choisir une ligne politique claire entre le libéralisme et le dirigisme. Parlant de la confusion des rôles qui s’observe actuellement dans la gestion de la filière, le député a déclaré notamment qu’ « il n’y aura pas de solution aussi longtemps qu’il y aura l’instabilité dans les prises de décisions ». Pour le député Edmond Zinsou, membre du PRD, il faut que l’Etat fasse moins de politique dans les champs de coton. Et de fustiger les nombreuses tournées du ministre de l’agriculture sur le terrain et sa trop grande présence dans les médias. « La culture du coton ne se fait pas à la télé », a-t-il dit en substance. Quant au Directeur de la programmation et de la prospective du ministère de l’agriculture, Assogba Hodonou, il mettra l’accent sur la diversification des filières. La Fondation Friedrich Ebert, en organisant cette première soirée politique espère instaurer un débat citoyen entre les différents acteurs politiques, agricoles et de la société civile afin que du dialogue surgisse la réflexion sur les maux qui minent le coton béninois. C’est du moins ce qu’a laissé entendre son représentant résident Constantin Grund au terme de la séance. Celle-ci aura permis de montrer les défis immenses qui restent à relever au sein de la filière coton. Comme l’a rappelé le modérateur de la séance, Dr Soulé Bio Goura, agroéconomiste et consultant agréé auprès de la CEDEAO, le  Bénin fait partie des rares pays africains où le coton est en déclin alors qu’il nourrit une frange importante de la population et contribue de façon substantielle   à la croissance économique.

Regards et perceptions de la société civile sur la gouvernance de la filière Coton au Bénin
Aurélien ATIDEGLA, Président de la PASCiB

I. Constats et analyses qui ressortent de l’étude
Les principaux constats et analyses qui se dégagent des investigations menées par la PASCiB sont :

1. Le coton est une culture très importante pour l’économie du Bénin. C’est notre or blanc car c’est : plus de 50% des exportations d’origine domestique, 40% des emplois en milieu rural, près de 50% de la population qui vit du coton, 60% du tissu industriel du Bénin et 13% du PIB agricole.
2. Durant les dix dernières années (excepté en 2005), la production cotonnière ne fait que baisser alors que l’état y met de plus en plus de moyens, à travers de nombreuses réformes au détriment des autres filières.
• Plusieurs hypothèses : Les réformes successives n’ont pas connu de succès, oules conditions agro-écologiques deviennent moins favorables, ou bien les acteurs ne sont plus intéressés ou alors le secteur a atteint un degré de saturation et il faut le repenser.
3. Le déclin de la filière peut être décrit et analysé à travers un cercle vicieux avec au centre l’inadéquation permanente entre la capacité d’égrenage installée et la production nationale de coton graine (le taux de couverture de la demande d’égrenage varie entre 60% et 34%).
4. Dans une logique de filière, cette situation traduit l’inefficacité de la gouvernanceglobale de la filière dont les dysfonctionnements résultent du fait que les principaux acteurs jouent mal ou ne jouent pas du tout leurs rôles.
• L’Etat n’arrive pas à trouver dessolutions aux problèmes qui se posent dans la filière (inefficacité des subventions sur les prix des intrants, le manque de transparence dans la structure des prix et le retard dans la fixation des prix de cession des intrants et du coton graine, gestion des campagnes cotonnières au coup par coup, incohérence et contradiction dans les prises de décision, ..)
• L’instrumentalisation des producteurs et de leurs organisations qui entretiennent des complicités avec les milieux politiques et les puissances d’argent, ce qui fragilise leur pouvoir de négociation ;
• La confusion dans la répartition des rôles et des responsabilités (ni les acteurs du secteur public, ni les acteurs du privé, individuellement ou collectivement ne sont pas parvenus à s’entendre sur leurs rôles respectifs);
• La remise en cause du principe de l’interprofession (éclatement des familles professionnelles et non-respect des règles établies au sein de l’interprofession, ) ;
5. Eu égard à son importance dans le secteur agricole, l’inefficacité de la gouvernance de la filière se répercute directement sur la gouvernance globale du secteur agricole, notamment en ce qui concerne le poids et les rapports de force entre les différentes parties prenantes.

II. Les réponses de l’étude ou les perceptions citoyennes des acteurs de la société civile face au déclin de la filière coton
Pour avoir les bonnes réponses, il faut poser les bonnes questions. C’est pourquoi, face à ces constats et analyses, nous nous sommes demandés à quand la fin de la crise du coton ? En effet, si cette catastrophe cotonnière n’est pas maîtrisée et jugulée elle risque de contaminer les autres filières émergentes sur lesquelles les acteurs fondent beaucoup d’espoir.

Les propositions des OSC
1. Créer un consensus autour des problèmes réels que connaît la filière au niveau de chaque famille professionnelle et développer une analyse concertée des différents problèmes en se basant par exemple sur les conclusions de ce rapport : quand le diagnostic est transparent et partagé, les solutions et l’engagement des acteurs sont plus faciles à obtenir;
2. La poursuite de cette démarche de concertations sérieuses devra aboutir à la prise d’une loi-cadre sur le sous-secteur cotonnier qui partira de la définition d’une vision partagée de l’avenir du coton pour valoriser les acquis du Plan Stratégique de Relance du Secteur Agricole (notamment en ce qui concerne son cadre institutionnel et ses documents connexes adoptés par le Gouvernement le 12 octobre 2011) et régler les problèmes structurels liés au manque de transparence dans la commission intrant coton et dans la procédure de fixation des prix des intrants;
3. Dépolitiser la gestion de la filière en tirant les enseignements des dernières campagnes cotonnières et prendre en compte les résultats de l’étude réalisée par le CAPOD en 2012 sur « l’impact des investissements agricoles sur la croissance économique et la pauvreté au Bénin » pour rechercher le seuil optimal d’investissement à consentir dans cette filière et donner plus de chances aux autres filières émergentes (soja, maïs, anacarde, ananas, palmier à huile, etc) ;
4. Les producteurs agricoles à travers leurs regroupements doivent initier une recomposition participative et neutre de leurs organisations de producteurs cotonniers afin de régler durablement les problèmes de mauvaise représentation au niveau des différentes instances de la filière. Ce qui leur permettra de renforcer leur pouvoir décisionnel par rapport aux autres familles professionnelles.
5. Tous les acteurs de la filière doivent adopter un système rigoureux et efficace de programmation des activités de la campagne agricole et s’engager à respecter les règles ou conventions établies pour la gestion de la filière.

Olivier ALLOCHEME

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