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Le triomphe de la vérité

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Edito: Un système déstructuré


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Beaucoup de « spécialistes » se sont bruyamment épanchés sur les mauvais résultats du Bac 2013, surtout en série D. Peu d’entre eux sont allés au fond du problème parce qu’ils n’osent pas dire la vérité qui est difficile à entendre.
La vérité, c’est que le système éducatif  béninois fonctionne sans boussole aujourd’hui. Il est si malade que toute thérapie applicable achoppe sur une kyrielle de pesanteurs structurelles impossibles à juguler à court terme.
Lorsque le Bac donne 32% d’admis, la plupart des Béninois se disent qu’il n’y a rien de grave. C’est même bon. Et pourtant, cela signifie que 68%  des candidats ont échoué. 68%. Cela signifie également que 68% des parents ont investi à perte leur argent. Plus spécifiquement, pour les candidats de la série D, série de toutes les catastrophes, on pourra retenir que seuls 20% des candidats sont admis. Ce qui signifie, là aussi, que 80% d’entre eux ont échoué 80%. Or, la série D  recèle le plus gros gisement de candidats au Bac.
Si le Bac avait donné 60 ou 70 % d’admis  en France, il y aurait soulèvement dans les rues. Là-bas, les parents ne peuvent pas comprendre qu’on en arrive à des résultats aussi minables et le ministre concerné eût été même contraint à la démission. Ici, même avec 32% d’admis, c’est un non-événement. Là-bas les mentalités tolèrent très peu l’échec et la médiocrité, ici l’échec scolaire et la médiocrité sont sinon promus du moins acceptés comme normaux. Là-bas, tout le système est conçu pour encourager le candidat à donner le meilleur de lui-même, ici on le décourage par tous les moyens. Il existe même des matières dans lesquelles les enseignants ne peuvent donner 16 ou 17 sans trembler. Or,  même en France, pays qui nous sert de modèle, beaucoup de candidats ont 19,50 en Français. Bon nombre ont 20 en Philosophie. La France a même institué des matières facultatives dans lesquelles certains candidats excellent. Conséquence, cette année comme l’année dernière, les cinq premiers au Bac français ont 21 sur 20… Ce sont des vérités impossibles à comprendre pour le commun des Béninois habitué à prendre le Bac pour un fétiche.
C’est donc nos mentalités qui sont à revoir. Mais il y a aussi l’organisation pédagogique des écoles. Aujourd’hui, contrairement aux normes enseignées dans les écoles normales, ce sont les enseignants novices, ceux qui sont taillables et corvéables à merci, qui gardent les classes de sixième et de seconde. Or, dans tout système éducatif sérieux, ce sont des classes sensibles que l’on ne confie qu’aux enseignants les plus expérimentés. La vérité, c’est que ceux-ci désertent les sixièmes pour se jucher dans les classes d’examen (troisième et terminale). Et ils n’ont pas tort puisque le niveau des élèves fraichement sortis du CM2 est proprement scandaleux. Le travail à faire sur eux est titanesque alors que les moyens disponibles sont dérisoires. Les effectifs pléthoriques n’y aident pas non plus. Encouragées par la gratuité de la scolarisation, les écoles primaires sont remplies mais les moyens ne suivent pas. Il n’est pas rare de voir dans nos  villages un seul maitre tenir deux voire trois classes à la fois. C’est une pratique qui n’est nullement scandaleuse dans l’école béninoise, alors même que sous d’autres cieux elle apparaitrait comme un véritable crime.
Et c’est dans ces conditions que les enseignements sont dispensés. Le personnel enseignant est peu qualifié et peu motivé. L’excellence cultivée dans tous les pays du monde est ici en terre étrangère. Dans certaines familles, les enfants ne sont pas incités à donner le meilleur d’eux-mêmes. Ils sont simplement découragés (ou menacés) quand on estime qu’ils constituent de futures étoiles. Mais, il y a pire.
Il n’aura échappé à personne que les élèves ne lisent pas. 90% d’entre eux traversent le second cycle sans avoir lu un seul ouvrage littéraire, même ceux au programme. Dans 90% des cas, les parents eux-mêmes ne lisent rien et ne servent pas de modèle à leurs enfants sur ce chapitre.
Le problème des concours de recrutement est encore une autre paire de manches. Les candidats au Bac sont convaincus, pour la plupart, que le mérite est secondaire pour réussir à ces concours. On pourrait faire remarquer que si les meilleurs résultats  à tous les examens de fin d’année sont toujours donnés par les départements du sud-Bénin, il en est autrement dès qu’il s’agit des concours de recrutement dans la fonction publique.
Dans ces conditions, il serait malhonnête d’accuser seulement les candidats ou leurs enseignants. Tout le système est à repenser en profondeur.

Par Olivier ALLOCHEME

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