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Le triomphe de la vérité

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Edito: Au cœur de la polémique


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Bis repetita placent. La quatrième mandature de la Cour Constitutionnelle s’achève comme elle a commencé : dans la polémique. Il y eut le cas Robert Dossou. L’ancien président de la Haute Juridiction se retire presque sur la pointe des pieds, sous les hommages (hypocrites ?) du Chef de l’Etat. Il y a maintenant le cas Euloge Akpo.
On le savait, les conditions d’installation de la quatrième mandature étaient déjà porteuses du virus de la guéguerre. Ancien porte-parole du candidat Boni Yayi, candidat lui-même aux législatives de 2006 dans le Mono sous la bannière FCBE, l’ancien Président de la Cour n’était pas une personnalité neutre. Et son choix, intervenu dans des conditions controversées devait servir à nourrir les suspicions. Rappelons-nous, c’est en février-mars 2008 que les choix ont été opérés dans la « précipitation » par l’exécutif et le législatif. Dans le quotidien « La Presse du jour » n°0603 du Mercredi 27 février 2008 on pouvait lire à la page 3 : « Même le Président de l’Assemblée ne pouvait pas avoir d’argument pour expliquer cette précipitation. Les membres des CEA ne sont pas désignés. La Haute Cour de Justice attend depuis des mois ses nouveaux membres parlementaires et, contre toute attente, c’est la Cour Constitutionnelle, dont le mandat arrive à expiration dans quatre mois, qui devient une préoccupation. Cela paraît trop gros pour ne pas susciter dégoût ». Et le quotidien ‘’Le Béninois Libéré’’ d’enfoncer carrément le clou dans sa parution n°522 du Mardi 04 Mars 2008, en parlant de « hold-up ». Aboubakar Takou y écrivait notamment : « Ainsi Boni Yayi a réussi à se garantir sa réélection en Mars 2011 … La précipitation dans laquelle la désignation est intervenue en dit long sur les intentions du Chef de l’Etat, et les circonstances de la désignation des 04 du Parlement aussi. Il faut retenir que 03 membres du Bureau de l’Assemblée n’auraient pas assisté à ce qu’ils qualifient de mascarade ». Fikara Sacca, alors 1er Questeur, pouvait s’exclamer quelques mois plus tard, tout à ses sarcasmes, que la Cour Constitutionnelle n’est qu’une « section Fcbe dirigée par Robert Dossou ».
L’on comprend dès lors, qu’à partir de ces conditions d’installation plutôt controversées, la Cour ne soit perçue que comme un appendice du régime FCBE. Ses décisions quant à l’élection présidentielle de 2011, sont perçues, aujourd’hui encore, comme entachées de parti-pris et de fraude…
La nouvelle mandature qui a démarré depuis vendredi, est elle-même entachée de querelles. Soupçons de régionalisme, de déficit d’expérience, d’implication dans la fameuse affaire ICC-servies… L’immédiate déduction qui en découle, c’est qu’elle s’expose aux mêmes critiques qui ont terni l’image de la précédente mandature.
Aujourd’hui du moins, si la désignation du magistrat Euloge Akpo venait à être validée, contrairement à ce qu’exigent certains, la Cour portera pour cinq années encore le boulet de son inféodation au régime Yayi. Il est à craindre que l’institution ne puisse sortir indemne de cette controverse qui aurait alors duré dix bonnes années. Ce qui serait en cause, ce n’est pas tant la qualité des hommes et des femmes qui en assurent l’animation, que leur soumission supposée au pouvoir en place. Ce qui serait alors en cause, c’est la crédibilité d’une institution qui reste après tout le socle de la démocratie béninoise. Ce qui serait en cause, c’est finalement l’impossibilité pour le citoyen béninois d’avoir confiance en une justice constitutionnelle rendue par des conseillers dont l’indépendance est largement sujette à caution.
Saboter en manipulations et en manœuvres politiciennes l’œuvre de tant d’âmes généreuses, de tant de sacrifices, liquider en pitreries diverses les aspirations profondes d’un peuple à peine sorti des miasmes de la dictature. C’est le diabolique projet qui sourd de cette stratégie de déstabilisation de la Haute Juridiction. Contrairement à ce que beaucoup pensent, s’il n’y avait pas l’indépendance et la crédibilité de la Cour, l’attelage que nous appelons démocratie aurait depuis longtemps été brisé en mille morceaux par l’affairisme politique sans pareil de nos élites.
Ce qui se passe aujourd’hui autour de la Cour est bien la querelle de trop pour une institution qui nous a tant donné. Pouvons-nous encore corriger ces grosses fissures apparues dans l’édifice ?
Par Olivier ALLOCHEME

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