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Le triomphe de la vérité

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Edito du 03 juin 2013: Au revoir Robert !


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Le Chef de l’Etat a frappé un grand coup en ne reconduisant pas Robert Dossou à la Cour Constitutionnelle. On pensait qu’après le KO de 2011 avalisé par son institution, l’avocat était définitivement entré dans les bonnes grâces de Boni Yayi. La décision de jeudi dernier vient administrer la preuve du contraire, en montrant au passage que « quelque chose » a bien pu se passer. Pour que le Président de la République décide non seulement de ne pas suivre la jurisprudence instaurée par Mathieu Kérékou, mais  encore de faire exactement le contraire de ce qu’a fait le parlement en reconduisant simplement ses choix antérieurs, c’est qu’il a de fortes raisons d’agir.

Et son action a balayé non pas seulement Robert Dossou, mais aussi Jacob Zinsounon et Clémence Yimbéré.  Comment expliquer ce geste rageur ?

Pensons d’abord aux couacs qu’il y a eu à propos de la loi référendaire. La réaction « extrémiste » de la Cour n’a pas arrangé les desseins du camp présidentiel. La Cour a simplement coupé l’herbe sous le pied de ceux qui – et ils étaient nombreux- travaillaient en sourdine pour battre campagne pour le prolongement du mandat présidentiel. Un branle-bas de combat avait été engagé pour mobiliser les ressources. C’était une victoire pour tous les parlementaires partisans de la révision et surtout d’un xième mandat. Derrière les discours convenus et politiquement corrects, ils étaient à la  manœuvre  pour solliciter le peuple dont, on s’en doute, la réponse était arrangée d’avance.

L’autre camp,  c’est la vague de ceux qui voulaient utiliser le truchement du parlement pour faire passer la révision. Même si les positions, à ce sujet, n’étaient pas vraiment tranchées, on les soupçonnait volontiers  de chercher à torpiller le projet en douce. Et c’est pourquoi, les partisans du référendum ont fini par avoir le dessus, sans soupçonner le verrou final que la Cour allait finir par mettre.

Cela a pris la forme de la décision DCC 11-067 du 20 octobre 2011 par laquelle la Haute juridiction déclarait contraire à la Loi fondamentale certaines dispositions de la loi organique n° 2011-27 portant conditions de recours au référendum. La Cour de Dossou fut coupable notamment d’avoir dit clairement  qu’on pouvait  toucher à tout sauf à certaines dispositions dont le mandat présidentiel de cinq ans, renouvelable une seule fois  et
la limite d’âge de 40 ans au moins et 70 ans au plus pour tout candidat à l’élection présidentielle. Ce fut un casus belli  des plus violents. Depuis lors, plus personne ne parla de référendum alors même que les états-majors majors étaient déjà en ordre de bataille, devant une opposition fragilisée à peine sortie de la grande claque de la présidentielle et des législatives. C’était le  péché mortel pour Dossou et compagnie.

Deuxième péché, et il est de taille, l’affaire (ou les affaires) Talon. Avec Albert Tévoédjrè, le président sortant de la Cour Constitutionnelle fut celui qui osa demander pardon auprès du Chef de l’Etat, notamment au plus fort de la crise du PVI. Le Chef de l’Etat avait probablement pensé que ces deux  avaient été stipendiés pour venir jouer les avocats de l’homme d’affaires. Ce qui l’amena, plus tard, à évoquer avec insistance les institutions républicaines corrompues, sans jamais donner de nom. Pensait-il réellement à Dossou et Tévoédjrè ? On peut s’autoriser à penser que oui.

Troisième et dernier péché capital, l’indépendance d’esprit de Robert Dossou. On peut tout reprocher à l’avocat, il est l’homme des grandes causes panafricaines qui en firent un défenseur virulent de la démocratie et des droits de l’homme. Ancien bâtonnier de l’ordre des avocats, ancien président de l’UGEED et de la célèbre FEANF, ancien ministre de Kérékou, Doyen de la faculté de droit à l’université nationale du Bénin, membre fondateur de l’Association Africaine de Droit International, etc., ce n’est pas lui qui peut se laisser facilement manipuler. Et c’est précisément pour cela qu’il a été nommé en 2008 pour être le représentant du Président de la Commission de l’Union Africaine dans le cadre du procès Hissène Habré. On peut penser qu’il ne se laissait guère dicter sa conduite, comme d’autres présidents d’institutions.

Mais alors, au terme d’une vie bien remplie, à 74 ans, Robert Dossou s’en va arpenter d’autres trajectoires, lui qui n’est jamais à court d’innovations.  Dans quelques jours, il laissera un fauteuil dont les enjeux ne furent pas une sinécure.

 Par Olivier ALLOCHEME

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