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Le triomphe de la vérité

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Edito du 27 mai 2013: Un nouveau cinquantenaire


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Les cinquante bougies de l’Union africaine ont été célébrées dans la plus grande sobriété. Et pour cause, l’Afrique, toujours en panne d’intégration, est restée loin des objectifs contenus dans le concept même de l’unité. L’unité en construction a été conçue au départ comme une réalisation progressive  afin d’aboutir un jour à la démolition des frontières réputées artificielles.  Kwamé Nkrumah la voulait immédiate, mais c’est la voie de la sagesse qui l’a emporté. Pour quel résultat ?

 Cinquante ans après, l’unité reste encore un vœu pieux. Oui, il existe des organisations sous-régionales en lutte pour une véritable intégration. Que ce soit la CEDEAO, la CEMAC ou la SADC, elles  agissent pour maintenir allumé  le flambeau de l’unité. Les options finalement retenues sont en effet de s’appuyer sur ces regroupements sous-régionaux pour, à terme, réaliser la grande épiphanie des peuples africains devant concrétiser l’unité. Mais le rythme n’est pas vraiment le même, loin s’en faut.

Lorsque la CEDEAO se dirige tout droit vers  une union douanière à partir du 1er janvier 2014, la CEMAC, elle, en est encore à lutter pour supprimer le visa d’entrée pour les citoyens des pays membres. C’est un frein redoutable à la libre circulation des personnes et des biens.

 Le cas de l’UEMOA, qui dispose d’une monnaie unique est encore à saluer, lorsqu’on sait que la seule CEDEAO, par exemple, compte pas moins de huit monnaies différentes (pour 300 millions d’habitants) là où l’Union Européenne (plus de 322 millions d’habitants) dispose d’une seule monnaie et les Etats-Unis (environ 300 millions d’habitants) n’en ont qu’une. Ne parlons même pas du Maghreb  où chaque pays frappe sa monnaie. A ce rythme, l’intégration économique véritable risque de ne se concrétiser que dans 100 ou 200 ans.

Les balbutiements de l’unité sont essentiellement dus au sacro-saint principe de l’intangibilité des frontières. Elle  érige les Etats en entités frileuses et jalouses de leur souveraineté. Lors des discussions internes à l’Union africaine ou aux organismes panafricains d’intégration, les débats sont vifs sur ces Etats qui n’acceptent les accords de libre circulation des biens et des personnes, que du bout des lèvres. Aussitôt les parapheurs fermés, chacun renoue avec ses habitudes centrifuges. Bien souvent, les considérations d’intérêt national transcendent celles de l’unité dont l’UA se veut le dépositaire.  Il ne faut pas oublier non plus les rois et roitelets qui dirigent nos Etats et qui croient que l’unité voulue par les panafricanistes est une menace à leurs rêves de grandeur.  Mouammar Kadhafi a beau injecter des milliards et des milliards dans le projet panafricain, son action est restée comme un avatar de l’incrédulité des Africains. L’unité, ils n’y croient pas, ou, si peu.

Et pourtant, l’Afrique a besoin de cette unité pour concrétiser  les pronostics qui font d’elle le continent de l’espoir d’ici 2050.  Je sais que l’afro-pessimisme fait ses ravages partout. Que dire d’autre à ses disciples enfiévrés, que de reprendre Achille Mbembé qui, le définissant,  indique qu’il s’agit  d’un « discours d’une certaine forme de folie donc, parfois insensé, souvent distrait, jamais loin de l’injure, et que nous autres  qui vivons sur place perdrions notre temps à vouloir réfuter, tant il brille par sa sottise » (De la postcolonie, 2000). Il faut donc se rappeler les projections positives  des institutions  financières internationales. Elles  disent toutes que notre continent de souffrance est bien sur la voie du relèvement. Néanmoins, le défi de l’unité reste entier.

Il est même couplé avec d’autres interrogations suite, par exemple, à la montée en force des extrémismes violents. Les passions religieuses débordantes qui secouent le Maghreb  et le Sahel font peser sur nos Etats  des menaces terrifiantes. Les attentats de jeudi au Niger sont les signes les plus clairs qu’aucun pays ne sera épargné. Au péril islamiste, il faut ajouter les irrédentismes locaux, les guerres tribales et/ou  claniques, les nombreux périls électoraux et surtout l’émergence de dictatures démocratisées que certains se plaisent à qualifier de démocratie tropicalisée ou de démocrature selon le mot-valise proposé par Max Liniger-Goumaz.

        Pour relever ces défis pour les cinquante prochaines années, l’Afrique devra surtout accélérer le rythme de l’intégration en comptant sur la force formidable de ses enfants à se sentir Africains. Malgré tout.

Par Olivier ALLOCHEME

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