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Le triomphe de la vérité

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Edito du 27 mars 2013: Un Etat à la dérive


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La République centrafricaine s’engage, à nouveau, dans une épreuve de déchéance. Arrivé au pouvoir dimanche par les voies que l’on sait, le nouvel homme fort du pays n’a pas eu trois jours pour montrer quel type de leader il entend être pour ce pays en déliquescence. Michel
Djotodia a, tout simplement, laissé entendre qu’il va gouvernement par décret pour les trois années à venir. Sur RFI, il n’a même pas cherché à camoufler son intention de demeurer
au pouvoir même après ces trois ans. Selon toute vraisemblance, il n’a pas l’intention de ne pas se présenter aux prochaines élections. Et tout porte à croire qu’il va les
gagner haut les mains. Comme ses prédécesseurs. Voici un pays qui n’a connu d’alternance pacifique
qu’une seule fois en 53 ans d’indépendance. C’était en 1993, au moment où le Général André Kolingba, lui-même tombeur en 1981 de David Dako, avait vu qu’il fallait respecter
(enfin) le verdict des urnes. Du reste, en ce début des années 90, il ne faisait pas bon résister au vent démocratique. Et c’est tout. Le reste, ce ne fut qu’un long chapelet de coups d’Etat sanglants, d’assassinats et de rebellions. Il y eut même la parenthèseBokassa, dont toute l’Afrique parle encore comme
étant un long règne de bouffonneries et d’inepties. Jean-Bédel
Bokassa qui se fit empereur en 1977 et maréchal incarna
alors le degré ultime de la déchéance morale et intellectuelle
des dirigeants africains. Président fantasque bouffi de
cruauté et de rustrerie, il fut renversé en septembre 1979
par la France, excédée par les folles hallucinations du despote
sanguinaire. Ce fut un acte de salubrité, une assistance
à peuple en danger. Mais ce fut aussi un geste qui n’empêcha guère ses
autres successeurs de se livrer aux mêmes extravagances,
les frasques de Bokassa en moins. Habités
chacun par des lubies aussi subites que dévoreuses, ils ont
fini par dévaster le pays. Aujourd’hui, il convient toutefois
de s’apitoyer sur le sort de ce pays pris en étau par trois voisins
en guerre. La République centrafricaine est entourée de
pays comme le Soudan, le Tchad et la République démocratique
du Congo dont les rébellions ont un impact néfaste sur
la stabilité du pays déjà très fragile. Déjà, il y a une dizaine
d’années, l’arrivée au pouvoir de François Bozizé a été portée
par Jean Pierre Bemba. C’est lui qui a déversé dans les
rues de Bangui des centaines de « banyamulenge », la milice
de l’ancien vice-président de la République démocratique
du Congo, assoiffés de sexe et de sang. Leurs exactions sans
nombre, leurs assassinats massifs et leurs viols tout aussi
abjects sont à la base de la comparution depuis 2010 de
Jean-Pierre Bemba soupçonné par la Cour pénale internationale
de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Mais il y a fondamentalement que ce pays, en dépit
de son voisinage tumultueux, est aux prises avec ses élites
dirigeantes belliqueuses, prêtes à tout pour aller sous les ors
du pouvoir.
Le nouveau pouvoir du Séléka, tout en se disant prêt à appliquer
les accords de Libreville, ne semble pas voir que ceuxci
sont déjà rendus caducs par le coup de force de dimanche.
Et que, dès lors, un nouveau consensus est nécessaire pour
bâtir les remparts de la paix. Mais dans un tel contexte de
guerre et de pillage voire même de règlement de comptes, il
est évident que le président renversé ne se laissera pas faire.
Peut-être, restera-t-il sagement dans son exil camerounais,
en croisant les bras en attendant ce que feront de lui et de
ses partisans les nouvelles autorités de Bangui. Hypothèse
improbable.
Ancien putschiste et chef de guerre, l’on imagine
aisément ce qu’il tentera. A moins que Paul Biya l’astreigne
à une sévère limitation de sa liberté. Même alors, rien n’est
garanti.
Il ne faut malheureusement pas s’attendre à
l’apaisement de la crise centrafricaine avec la prise
du pouvoir par Djotodia. Les erreurs du passé, comme,
semble-t-il, la conception centrafricaine du pouvoir sont
des terreaux fertiles à de nouvelles dérives.

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