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Le triomphe de la vérité

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Edito du 06 février 2013: Remaniement permanent


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Pour une énième fois. Le Chef de l’Etat a encore retouché son gouvernement en procédant à un jeu de chaises musicales qui ressemble à presque tous les autres. Pour une affaire ou une autre, les ministères changent de tête à la vitesse grand V, ballotés de main en main comme dans un jeu d’enfant. Nous voici dans un cirque, celui où tout dépend de l’humeur d’un seul.

A vrai dire, c’est Marie-Elise Gbèdo qui semble avoir été à la base de cet énième remaniement dit « technique ». En froid depuis toujours avec le syndicat des magistrats, elle n’a eu de cesse d’attirer la hargne de ceux-ci. Ils ont même décliné son invitation à la cérémonie de présentation de vœux la semaine dernière. Et ils promettent de lui rendre la vie dure dès cette semaine. Les blocages successifs de l’appareil judiciaire que cela a pu générer par le passé ont directement impacté le citoyen ordinaire, preuve que les querelles administratives confinant parfois à des querelles de personnes avaient commencé à agir directement sur le fonctionnement même du ministère. Et 2013 menaçait d’être encore une année mouvementée. Le Chef de l’Etat a, sans doute, pris la mesure de toute cette guérilla permanente en mutant l’ancienne Garde des sceaux vers le Ministère du commerce qu’elle connait bien pour y avoir déjà séjourné sous l’ère Kérékou.

En moins de deux ans, entre 2011 et 2013, le Chef de l’Etat aura donc retouché son gouvernement au moins quatre fois. Le cas le plus emblématique est celui de Sofiath Onifadé qui a occupé en moins d’un an trois ministères différents !!! Passée de ministère en ministère, elle symbolise l’incroyable instabilité du gouvernement qui perd toute crédibilité. Dans quel pays sérieux a-t-on vu cela ? Qu’attend donc Boni Yayi d’hommes et de femmes qui n’ont pas le temps de s’acclimater réellement à leurs postes avant d’être repositionnés ailleurs ? Le fait est qu’à ces postes, tout est à reprendre chaque fois. Dans un pays comme le Bénin où les solidarités partisanes et ethno-régionalistes sont très fortes, les équipes constituées à la hâte au lendemain de ces changements brutaux sont alors impossibles à mettre en  place en quelques mois. En dehors des ministres mutés qui peuvent toujours faire des efforts pour s’adapter, personne ne pense aux fonctionnaires qui voient défiler devant eux des responsables réputés éphémères. Connaissant les mœurs administratives de notre pays, il est impossible d’espérer des résultats réels dans ces conditions.

Cirque tournoyant à l’infini, ce carrousel vertigineux n’honore pas non plus le Chef de l’Etat. Changeant d’équipe pour un oui ou pour un non, il donne de sa personne l’image d’un chef sans boussole, réagissant presque toujours au premier degré. Boni Yayi donne malheureusement au citoyen l’impression d’être davantage guidé par ces pulsions dévastatrices que par la pertinence de ses choix, aussi cruciaux qu’ils puissent paraitre.

Il donne également des cadres béninois une très mauvaise image. Ils sont donc si mauvais, si mauvais qu’il ne faut s’attendre à rien d’eux, sauf à créer un climat de peur et de terreur au sein de l’administration publique pour les forcer au travail. Les résultats eux peuvent toujours attendre. Ils se notent dans les réformes qui échouent presque toutes, des usagers qui se plaignent d’une administration politisée à outrance et de la médiocrité. Il se note aussi, dans cette lenteur parfois maladive parce que les fonctionnaires timorés attendent des instructions du ministre qui les attend du chef de l’Etat qui n’a pas toujours le temps de lire ses fiches à tête reposée.

Non, remanier ses gouvernements comme on enlève sa chemise ou ses chaussures, c’est remettre en cause sa propre gouvernance, c’est déstructurer l’appareil étatique et lui enlever ce supplément de respectabilité dont il a absolument besoin pour fonctionner. On eût pu souhaiter que le chef de l’Etat prenne exemple sur les régimes successifs du renouveau démocratique. Tous réunis, ils n’ont certainement pas eu autant de gouvernements et de remaniements ministériels que depuis les sept ans de Boni Yayi. Tempérance, mesure, respect des autres et des principes fixés ont fait leur stabilité. Aujourd’hui, plus qu’hier, il est clair qu’il faut arrêter de torturer les ministres.

Olivier ALLOCHEME

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