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Le triomphe de la vérité

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Interview avec le ministre des Affaires étrangères, Professeur Nassirou Bako-Arifari: « Le Bénin a tiré beaucoup de profits de la présidence de l’Union Africaine »


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Après son passage réussi à la Commission budgétaire de l’Assemblée nationale, le professeur Nassirou Bako-Arifari lève un coin de voile sur les grandes orientations du budget de son département ministériel pour l’année 2013. Le Chef de la diplomatie évoque aussi les retombées de la présidence béninoise de l’Union Africaine pour le pays qui sont de plusieurs ordres, selon lui, parle de la gestion du pèlerinage à la Mecque et du personnel de son ministère.

L’Evénement Précis : Monsieur le ministre quelles sont les grandes lignes et les caractéristiques de votre budget ?

 Prof. Nassirou Bako-Arifari: Je vous remercie pour l’intérêt que vous accordez aux activités du ministère des Affaires étrangères et particulièrement à la présentation du budget que nous venons de faire devant la commission budgétaire. Ce que je peux dire en terme de caractéristiques, c’est que c’est un budget qui a connu une légère augmentation, je dirais de l’ordre de 3,49%. Donc, on est resté dans le cadrage qui a été défini et en termes de masse financière, l’année dernière, nous avions eu un budget de l’ordre de 21 milliards 518 millions de francs CFA. Cette année nous avons 22 milliards 339 millions.

Donc, la différence en termes d’augmentation, c’est quelques 778 millions. Comme quoi, on est resté plus ou moins sur le même budget et si nous devons considérer les dépenses ordinaires qui représentent 96 % de ce budget, vous comprenez que les dépenses en termes d’investissements ne représentent que quatre pour cent, soit 1 milliard 34 millions. L’année dernière nous avions eu une augmentation d’un milliard, donc une simple augmentation de 34 millions. Donc globalement, avec ce budget, on a comme l’impression que nous faisons un peu du surplace. Et pourtant, nous avons d’énormes défis, nous avons des difficultés auxquelles nous devons faire face, notamment l’équipement de nos représentations diplomatiques avec les acquisitions de bâtiments pour servir de chancellerie ou de résidence pour nos missions diplomatiques.

C’est pour cela que nous avons sollicité une petite rallonge en termes de crédit additionnel de l’ordre de 2 milliards 100 millions pour faire face aux urgences d’équipements. Equipements en termes de véhicules de déplacement pour surtout l’accueil des multiples délégations que nos représentations reçoivent dans les principales capitales les plus fréquentées et aussi en termes d’acquisition ou de réfection de certaines missions diplomatiques qui servent de vitrine pour notre pays.

Je veux parler, par exemple, de notre représentation permanente auprès des nations unies ou encore de notre ambassade à Berlin, en Allemagne. Donc, nous avons un certain nombre de difficultés comme ca que nous n’avions pas réussi à faire prendre en compte dans le budget au moment de l’arbitrage budgétaire. Nous avons soulevé ces préoccupations auprès de la représentation nationale qui certainement va comprendre notre plaidoyer et trouvera les moyens de nous y aider.

 Quelles sont les priorités de votre ministère pour l’année budgétaire 2013?

Il y a des priorités constantes. Nous avons fait l’option, au Bénin, d’une diplomatie de développement, d’une diplomatie de bon voisinage vis-à-vis des pays frontaliers, d’une diplomatie de promotion de la paix et de la démocratie sur le plan international, d’une diplomatie des droits de l’homme, mais aussi d’une diplomatie en quête d’investissement pour améliorer les conditions de vie de nos populations, pour avoir également des investissements pour contribuer au décollage économique et donc à la prospérité générale.

Ce sont des priorités constantes. Nous avons aussi, entre autres priorités, la gestion de notre diaspora à l’extérieur et aussi, à l’esprit des questions d’intégrations, économiques, régionales et des questions de promotion des cadres de notre pays dans des institutions internationales en termes de placement. Je pense que ce sont des priorités pour nous et nous y travaillerons tout au long de l’année 2013.

 Le Bénin assure la présidence de l’Union africaine. Qu’est-ce que cela apporte à notre pays et quelle est l’incidence sur notre budget national ?

D’abord, c’est un grand honneur qui a été fait au Bénin par l’ensemble des pays de l’Union africaine en élisant le président Boni Yayi pour la période 2012. Je pense que c’est la première fois que cela arrive dans l’histoire de notre pays. Nous devons en être flattés. Deuxièmement, cette élection du Bénin a permis à notre pays d’être présent dans des instances internationales comme le G8, le G20 comme également les Nations Unies en termes de préséances.

Il y a donc, en termes d’images, en termes de fierté nationale, beaucoup que le Bénin a pu acquérir. Le président de la république du Bénin, malgré les charges continentales, chaque fois qu’il participe à un forum international essaye toujours de mettre le coté bilatéral dans la balance et je peux vous dire, sans trahir un certain nombre de principes, que lorsque nous étions par exemple au forum sino-africain à Beijing, le Chef de l’Etat a prononcé une allocution excellente.

Mais, en parallèle, il a mené des négociations pour achever le montage financier de la réalisation de la route Akassato-Bohicon. Et le Bénin s’en est sorti avec près de 95 milliards de francs à la fois en termes de prêts avec intérêts, de prêts sans intérêts et de dons. Le Chef de l’Etat a effectué une mission au Vatican auprès du Saint Père. En marge de cette visite, il a rencontré un certain nombre d’institutions comme la FAO, le PAM, le FIDA et ensemble, le président de la république a dit : « j’ai besoin de développer la filière maïs dans mon pays ».

Les négociations ont permis de parvenir à la nécessité d’élaborer un vaste projet de développement de la filière maïs et de riz avec le financement du FIDA et débouchés garantis par le programme alimentaire mondial qui dit avoir eu besoin de 50 mille tonnes de maïs au Bénin en 2012 et n’en a reçu que 15 mille. J’en aurai besoin davantage. Si vous pouvez me garantir 100 mille tonnes, 150 mille tonnes, nous sommes prêts à entrer dans un partenariat et c’est autant d’emplois à créer en milieu rural, autant d’opportunités d’entreprenariat rural que ce vaste projet qui va être mis en place va offrir. C’est juste un exemple.

Le président Obama, à l’occasion du G8, a annoncé une initiative pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique. Le Bénin n’était pas prévu dans cette initiative. Mais le fait que le Bénin a été présent au moment de l’annonce de l’initiative, évidemment des négociations ont été engagées et maintenant le Bénin va en bénéficier. C’est ça ce qu’on apporte en termes de coopération bilatérale pour le développement du Bénin. Il y a beaucoup d’autres choses dont on ne parle pas, en termes de placement de cadres et de négociations parallèles.

 Bien que la diplomatie béninoise réalise une embellie sur le plan international, on enregistre pourtant, dans ce domaine, des remous dus à la gestion des ressources humaines. Qu’est-ce qui explique ces remous entre les diplomates et leur ministre ?

Je suis responsable aujourd’hui de la maison diplomatie qui a ses acteurs. Je dois dire que nous travaillons en partenariat et entre partenaires il y a toujours des moments où il peut y avoir de petits désaccords. Mais désaccord ne signifie pas rupture. Vous avez dû remarquer que, chaque fois, nous sommes parvenus à des ententes, à des solutions négociées à la satisfaction de tout le monde et nous avons fait l’option de promouvoir les jeunes. Nous y travaillons et nous pensons que l’avenir est dans cette direction.

 Au niveau des frontières, il n’y a pas d’infrastructures. Ce qui fait que les pays frontaliers essayent de grignoter quelques kilomètres de notre territoire. Est-ce que, dans votre budget, cette année, vous avez prévu quelque chose afin que l’image du Bénin soit bonne à ce niveau ?

Je voudrais peut-être apporter une précision à ce niveau. La politique des frontières, le ministère des Affaires étrangères participe à sa définition. C’est une politique gouvernementale et en termes d’investissements dans les zones frontalières, vous avez des ministères beaucoup plus compétents dont celui de la décentralisation, de l’intérieur qui, en accord avec le ministère des travaux publics et des transports font des investissements.

Ce qui nous revient, à nous, en tant que ministre des Affaires étrangères, ce sont les négociations avec les différents pays pour assurer le respect des limites frontalières sur la base des conventions signées entre le Bénin et ces pays, sur la base également des principes de droit international pour éviter que le Bénin soit lésé. Je peux vous donner un exemple, si vous prenez aujourd’hui le Nigéria et le Ghana par exemple ont fait une entente et en haute mer les frontières du Ghana et du Nigeria se rejoignent autrement dit le Bénin et le Togo apparaissent donc comme un entonnoir donc exclus à un moment donné de l’accès d’un certain nombre de richesses éventuelles maritimes que le pays peut exploiter.

Lorsque nous avons découvert cet état de choses, le Bénin a vite réagi et a préparé un mémoire qu’il a déposé auprès des nations unies pour dire non, nous contestons ce type d’ententes séparées et de délimitations des frontières qui exclut des pays pourtant présents sur la carte de l’Afrique et sur le globe terrestre.

Donc, il y a un certains nombre d’actions que nous posons. Je prends l’exemple avec le Nigéria sur les frontières terrestre. Vous savez bien qu’il existe un accord de délimitation de frontières, d’abornement entre la colonie anglaise du Nigeria et la colonie française du Dahomey à l’époque qui date de 1906. Après les indépendances, il y a eu protocole passé entre le Dahomey et le Nigeria qui date de 1960.

Ce problème est resté. Il y a des portions de terres béninoises qui se retrouvent aujourd’hui au Nigeria. Donc, le Bénin souhaiterait relancer les discussions sur ces questions pour que les territoires qui appartiennent au Bénin soient rétrocédés et vice-versa. Eventuellement, tout ceci, dans le dialogue et nous menons les négociations.

 On vous a tressé des lauriers après l’organisation réussie du hadj 2012. Que comptez-vous faire pour améliorer cette organisation l’année prochaine ?

Je vous remercie pour les fleurs que vous nous jetez. Nous, nous pensons que nous avons essayé de faire ce qui nous est demandé. Je pense que le président de la république voyant la tragédie qu’a connu l’organisation du hadj en 2011, a souhaité que cette année, nous prenions des mesures à temps et de manière anticipée. Et donc, sur ses instructions, nous avons mené une série d’actions qui nous ont permis d’avoir cette qualité de l’organisation cette année.

Nous reconnaissons qu’il y a un certain nombre d’insuffisances que nous avons identifiées. Je pense que les acteurs n’étant pas habitués aux différents principes et règles qui ont été définis, il y a eu de la résistance. Je pense qu’ils vont finir par nous comprendre. L’année prochaine, tout le monde aura compris le mode opératoire et donc nous allons certainement avoir moins d’anicroches et les choses pourraient s’organiser. Donc, nous allons capitaliser. C’est ce que nous avons fait cette année et nous ferons tout pour améliorer l’année prochaine et nous connaissons plus ou moins les zones d’ombre et allons ensemble les déterminer.

 Certains dossiers ont retenu particulièrement l’attention des députés. Est-ce qu’on peut les connaître ?

Les députés se sont penchés sur des questions en rapport avec la qualité des représentations diplomatiques de notre pays à l’extérieur. Nous sommes une démocratie moderne célébrée un peu partout dans le monde. Mais, nous n’avons pas des représentations diplomatiques à la hauteur du rayonnement que le pays connait. Et pour cela, ils ont souhaité que quelque chose soit fait pour aller dans ce sens. Ils ont estimé aussi que si nous n’avons pas beaucoup de moyens, que nous fassions la politique de nos moyens.

Pourquoi ne pas envisager la réduction du nombre de représentations diplomatiques que nous avons ou la taille du personnel dans les représentations diplomatiques. Au ministère des Affaires étrangères, je pense que leurs observations nous permettront aussi d’avancer et d’accélérer ces réflexions afin de trouver des voies et moyens pour contribuer au rayonnement de notre pays.

 Entretien réalisé

par la Rédaction

 

 

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