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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Pour un nouveau sursaut


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C’est une mauvaise nouvelle. Une très mauvaise nouvelle. La note du Bénin telle que rendue par l’agence Standard&Poor’s est un coup de boutoir pour le gouvernement béninois. Avec la note B/B et une perspective négative, le Bénin montre à l’extérieur l’image d’un pays peu attractif, mal gouverné qui s’enfonce dans la crise.

L’agence dit, en effet, en des termes crus ce que les études les plus sérieuses disaient depuis longtemps, sans être sérieuses. A savoir que la gouvernance économique du pays a du plomb dans l’aile, eu égard notamment aux réformes qui marquent le pas et à une situation sociale très mal gérée. Prenons quelques points sur lesquels l’agence est allée droit au but. Selon les prévisions de S&P, « la croissance du PIB réel par habitant du Bénin restera faible en 2012, à moins de 1 % ».

Les prévisions initiales tablaient en réalité sur un minimum de 3,5% et même 4,5% en 2013. C’est l’une des raisons fondamentales de la croisade du Chef de l’Etat dans le secteur cotonnier. Les dizaines de milliards engloutis dans l’or blanc n’avaient qu’un but : augmenter d’au moins un point de croissance supplémentaire l’évolution du PIB du pays. Mais l’agence pointe du doigt l’absence de budgétisation de la nationalisation du secteur comme l’un des facteurs majeurs d’incertitude. Le gouvernement avait-il vraiment le choix ? Ce qui est sûr, c’est que l’agence américaine indique clairement qu’elle ne croit guère en cette méthode gouvernementale et jette même un pavé dans la mare.

Si l’on ne devrait s’en tenir qu’à ses prévisions, le Bénin est clairement en cours de régression par rapport aux années antérieures.

Cerise sur ce gâteau suffisamment salé, S&P ajoute encore que l’inflation devrait progresser à 7 % en 2012 suite à la réduction des subventions aux prix de l’essence au Nigeria. A cela, il convient d’ajouter l’essence de contrebande dont le prix élevé agit directement sur celui des denrées de première nécessité et donc sur les ménages les plus modestes. Le taux d’inflation a donc doublé entre 2011 et 2012…

C’est l’échec d’une vision. Les progrès annoncés n’ont pas eu lieu. Et l’on peut voir derrière cet échec les procès en chaine qui vont pleuvoir et distraire de nos caisses d’autres milliards. D’autant que depuis toujours, l’Etat perd ses procès contre les grandes multinationales. Mais il est évident que les progrès annoncés dans la mise en œuvre des réformes clés en matière fiscale, le climat des affaires et la compétitivité économique, ne sont pas au rendez-vous. Au contraire.

« L’environnement des affaires et le processus d’élaboration des politiques publiques sont même devenus plus imprévisibles », estime S&P avant d’ajouter : « Le gouvernement a temporairement renationalisé certaines activités dans le secteur du coton et suspendu une réforme prévue de longue date, dont l’objectif était de renforcer l’efficacité opérationnelle du Port de Cotonou et d’accroître les recettes douanières. » Le diagnostic est sans ambages. Et le verdict n’en est que plus dur à avaler.

C’est la crédibilité du Bénin qui est en jeu. La perspective négative est, en effet, donnée aux Etats en transition, en crise électorale ou même ceux qui comme l’Egypte, doivent faire face à une situation socio-politique explosive. La situation du Bénin résulte donc des nombreuses incertitudes nées des crises à répétition qui frappent tous les secteurs, et notamment l’économie du pays. Elles ont un impact direct sur la perception du Bénin à l’extérieur. Le pays n’est plus perçu dans les arcanes financiers internationaux comme un havre de stabilité macro-économique et sociopolitique.

Cette perception empreinte de morosité constitue un facteur d’incertitude pour l’avenir. Si la Côte-d’Ivoire, malgré une situation post-conflit des plus incertaines, a pu mobiliser la semaine dernière et en deux jours seulement, 4600 milliards de FCFA sur le marché financier international pour financer son plan national de développement pour les années à venir, c’est bien parce qu’elle bénéficie d’une bonne image au niveau de son appareil productif. Mais aussi du fait du leadership de son président Alassane Ouattara. Il veut incarner un leadership responsable au service d’un pays dont les chances restent intactes.

Voilà, en tout cas, le genre de sursaut qu’il nous faudra faire pour sortir de l’impasse.

Olivier ALLOCHEME

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