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Le triomphe de la vérité

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Editorial:L’enchainement des déshonneurs


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Je ne veux pas croire à la thèse officielle. Je ne veux pas croire que dans mon pays, il y ait encore des gens qui pensent renverser un régime par le crime. Je ne veux surtout pas penser un instant, un seul instant même qu’un homme comme Soumanou Moudjaïdou puisse être mêlé à une histoire de ce genre.

L’ancien ministre du commerce est l’un des rares cadres « propres » du pays. Il a passé plus d’une décennie à la tête de la direction de la promotion du commerce intérieur. Soumanou Moudjaïdou a pu acquérir à ce poste une véritable réputation de compétence et d’intégrité qui en a fait jusqu’ici le meilleur spécialiste du secteur pétrolier qu’il puisse y avoir dans l’administration béninoise.

De sorte que peu de gens ont été surpris par sa nomination à la tête du ministère de l’Industrie et du commerce. Même malgré son départ de ce ministère, il continuait encore à « couvrir » la ministre Christine Ouinsavi, son successeur, notamment lors des rencontres avec la presse. Et c’est au regard de cette compétence avérée qu’il a été nommé conseiller spécial du chef de l’Etat, en étant alors l’un des rares de son espèce.

Celui-là donc n’est pas « n’importe qui ». A la fin pratiquement de sa belle carrière, il ne rechercherait autre chose que l’honneur, d’autant d’ailleurs que la Société de développement du coton (SODECO) dont il est le Directeur général est tout sauf une petite entreprise. C’est la plus grande société d’égrenage de coton au Bénin.

S’il fallait faire référence à sa foi musulmane, on peut indiquer que l’une de ses marques distinctives reste sa piété, montrée du reste à mille occasions. Et enfin, c’est un père de famille, avec des enfants qui ont certainement fait de hautes études supérieures dans les meilleures écoles.

Voilà donc un homme couvert de toutes les garanties de représentativité qu’il puisse y avoir au Bénin. Et pourtant, voilà un homme humilié, tenant un sac comme un vulgaire voyou, lui que plantons et gardes du corps accouraient pour servir. Au fond de la déchéance, incapable de lever la tête devant la foule des journalistes et des curieux, voilà aujourd’hui ce qu’est Moudjaïdou Soumanou. Reclus au fond d’une sombre cellule, lui qui est habitué aux ors de la république, je le vois en plein cauchemar kafkaïen.

La thèse du faux complot est-elle plausible dans ce contexte ? Je veux le croire. Et j’attends surtout que les avocats de l’homme nous disent les conditions dans lesquelles il a pu faire des aveux et quels aveux il a réellement faits. Dans un cas, comme dans un autre, ce pays aura réellement franchi le rubicond dans cette affaire.

Car, malgré tous les coups d’Etat qui se sont multipliés au lendemain de l’indépendance du Dahomey, il n’y eut jamais qu’un seul mort, un soldat nommé Moumouni abattu en février 1972, lors du coup manqué contre Maga. C’est dire que le Béninois a toujours gardé un grand respect pour la vie, et surtout pour celle du Président de la république, quels que puissent être, par ailleurs, les griefs que l’on nourrit à son encontre.

Et surtout, avec la crédibilité presque nulle du régime Yayi, beaucoup de Béninois n’arrêtent pas de se demander s’il ne s’agit pas d’un nouveau montage, d’un énième coup tordu permettant au gouvernement de détruire l’image de marque de Patrice Talon. Il s’agirait d’en faire une proie facile que la justice française ou belge n’aurait pas de mal à faire extrader vers le Bénin. C’est à croire que les affaires déjà en cours ne suffisaient pas à eux seuls pour l’inculper…

Le mal est fait en tout cas. Nos enfants nous regardent comme si nous étions sur le point, nous les adultes, d’entrainer leur pays au bord d’un gouffre d’incertitudes et d’angoisses. Ce Bénin qui nous est si cher, celui où tout finit par se régler dans le dialogue et la compréhension, bascule dans des envies de crime, ou des faux complots aux relents soporifiques dont nous savons tous le funeste aboutissement.

Olivier ALLOCHEME

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