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Le triomphe de la vérité

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Editorial:La colère des chauffeurs


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Les conducteurs nous promettent l’enfer lundi prochain. Ils entendent faire une grève de 72 heures à compter du 17 septembre, pour protester contre les rançonnements en tous genres auxquels ils sont exposés de la part des forces de sécurité. C’est une initiative de la Confédération des syndicats de conducteurs et de transporteurs du Bénin (COSYCOTRAB). Si les récriminations qui ont fondé ces menaces sont justes, c’est que, fondamentalement, rien n’a bougé sur ce front en six années de changement et de refondation.

Il y a, à peine quelques années, tous nous avions pensé qu’un certain Armand Zinzindohoué avait réussi à enrayer le fléau. Par des communiqués musclés, il était enjoint aux conducteurs de dénoncer les gendarmes et les policiers rançonneurs. Le communiqué, comme son auteur d’ailleurs, a été vite oublié au profit du quotidien têtu des Béninois, quotidien marqué par la corruption de nos agents de sécurité. Mais le problème est plus complexe qu’on ne veut réellement le croire.

Le parc automobile du Bénin est partie intégrante de ce problème. Il suffit de se hasarder hors des quatre murs de nos grandes villes, pour constater que la plupart des conducteurs et transporteurs ne sont pas en règle. Vieilles guimbardes pétaradantes, rafiot rafistolé de part en part et tenant à peine sur la route, cercueils roulant à tombeau ouvert…voilà l’effrayant quotidien. Dès lors, les conducteurs ne peuvent qu’user de tous les moyens pour passer entre les mailles de la police et de la gendarmerie. Que dire de ces gros porteurs comateux dont les propriétaires se font forts de les engager encore sur les axes routiers ? Ce sont des reliques d’hier qui défient encore le temps de Dieu, et les lois des hommes.

Pour empêcher un agent de sécurité tatillon d’y toucher, il suffit d’avoir recours aux propriétaires dont bon nombre sont confortablement installés dans les arcanes du pouvoir d’Etat ou ses démembrements à la base. Quelques coups de fil par-ci, des rappels de liens familiaux par-là, et le tour est joué. Autant dire que les agents « têtus » en prennent pour leur courage et leur témérité…Que la grande majorité en profite pour donner libre cours au rançonnement, relève alors d’un instinct grégaire, celui de la survie.

Qui pourrait même dire qu’il n’y a pas une chaîne pyramidale qui fait remonter une partie du butin vers la haute hiérarchie ? Dans ce pays où les pratiques anormales sont nourries par le relais insoupçonné des responsabilités, nul ne peut douter de ce que les grands fléaux de nos forces de sécurité profitent aux hauts gradés. Sinon, ils y auraient mis un terme depuis longtemps. Personne ne peut arrêter ce système qui nourrit mensuellement toute la caste, permet de construire quelques villas supplémentaires, d’entretenir les maitresses et d’arrondir les fins de mois difficiles.

On voit pourquoi commissariats et brigades montent des barrages le long de nos axes routiers, et surtout sur les corridors marchands les plus fréquentés. On voit aussi pourquoi les syndicats de transporteurs et conducteurs eux-mêmes ne s’en privent pas. Au rançonnement des forces de l’ordre, s’ajoute celui, plus odieux encore, des syndicats de conducteurs sur leurs pairs.

Autant dire que les tentatives de lutte apparaissent comme des initiatives destinées avant tout à ne pas montrer qu’on ne fait rien. Si les conducteurs parviennent à tirer leur épingle du jeu et que les agents de sécurité eux-mêmes ne s’en plaignent pas davantage, où donc est le problème ?

Il se pose surtout du moment où les rares conducteurs en règle sont pénalisés. Les prix des transports suivent la courbe de la corruption. Ils sont répercutés sur les prix des denrées de consommation, faisant ainsi gonfler l’inflation. C’est donc le consommateur final qui paie au prix fort la déliquescence de l’Etat. Un Etat réduit à constater que ses agents de sécurité ne peuvent pas vraiment vivre sans utiliser la route comme moyen de subsistance.

Les tracasseries routières en viennent alors à montrer que les couronnes que l’on tresse à la discipline au sein de nos forces de sécurité, sont en fait des monuments d’hypocrisie. Et que si l’on veut réellement sévir, il faut s’armer de courage et de moins d’hypocrisie.

Olivier ALLOCHEME

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