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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Quand on refuse on dit non


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La multiplication des angoisses et des terreurs tend à vicier l’environnement des affaires. Avec la crise qui s’installe au cœur du régime Yayi, aucun investisseur sérieux ne peut risquer ses avoirs en investissant pour créer de la valeur ajoutée chez nous.

Après la crise née de l’interview controversée du Chef de l’Etat, le dernier communiqué du ministre de l’intérieur mettant en alerte les forces de défense et de sécurité ainsi que la population, constitue un acte de mise à feu.

Un peu comme si les menaces d’affrontement brandies par le Chef de l’Etat en personne ne suffisaient pas, il fallait précisément jeter cette huile sur ce feu déjà brûlant. Les observateurs les plus attentifs n’ont pas hésité à voir derrière les blocages en série de l’activité de l’opposition la main clairement visible du palais de la république et la volonté manifeste d’en découdre à tout prix avec tous ceux qui ont le malheur de penser autre chose que le régime.

Il ne faut pas en douter, le ministre n’aurait jamais tenu des propos aussi graves s’il n’en avait pas reçu l’ordre auprès de son patron. A moins qu’il ait voulu par ces proclamations musclées, « soutenir » à sa manière l’interview du Chef de l’Etat.

En jetant volontairement de l’huile sur le feu, Benoît Dègla ne pourrait s’attendre qu’à raviver non pas seulement la tension politique, mais aussi et surtout la méfiance des investisseurs. Au cœur de la tourmente, l’opinion nationale s’émeut, mais les investisseurs véritables, ceux qui viennent non pour des cacahuètes mais pour faire fructifier leurs milliards, ne font que des calculs simples. « Quel avantage ai-je à investir dans un pays miné de tensions et de menaces? ».

Voilà l’une des questions basiques qu’ils se posent. En face d’un pays comme le Ghana, la Sierra Léone ou le Liberia en Afrique de l’Ouest, nos chances sont vraiment minces. Et pourtant, c’est dans ce contexte de compétition et de concurrence, non pas virtuelle mais réelle, que le Bénin est livré aux menaces en tout genre provenant de ses propres autorités.

En fait, tout ceci a lieu parce que l’amélioration de l’environnement des affaires n’est pas visiblement le souci de l’Etat béninois. Le rapport Doing Business 2012 qui nous a cloitrés au rang des pires économies du monde est un lointain souvenir. De même, les gémissements des entrepreneurs qui peinent à faire des chiffres ainsi que des chômeurs et des sous-employés cohabitant avec la misère, sont à peine audibles dans la conscience du régime.

J’ai vu avec quel acharnement les membres des différents comités Doing Business s’acharnent à alléger les formalités administratives aux entreprises et aux investisseurs. J’ai vu aussi avec quelle application ce travail pénible est sapé par les scories multiséculaires déposées dans les rouages de l’administration béninoise. Je vois surtout avec quelle régularité diabolique la multiplication des attitudes belliqueuses sabote systématiquement tous ces efforts.

De la 175ème place sur 183 pays en 2012, le Bénin risque ainsi de s’enfoncer davantage dans les profondeurs du classement du Doing Business 2013. Car, entre nous, quel investisseur sérieux voulez-vous attirer dans un environnement de délitement généralisé comme celui qui est le nôtre ?

Oui, il est vrai que quelques marchands de drogue affiliés aux pontes du pouvoir pourraient bien venir blanchir leurs opérations louches sur nos terres. On peut aussi faire miroiter quelque nabab israélien ou sud-coréen vantant les mérites du Chef de l’Etat au sortir d’une audience où il a été question d’investissement en milliards.

 Mais, dans la réalité, depuis six ans que les investisseurs font leurs sarabandes autour du bureau de Boni Yayi, on peut compter du bout des doigts ceux d’entre eux qui se sont réellement installés au Bénin. Mieux, je cherche en vain dix investisseurs nationaux ayant investi au Bénin ces dernières années au moins dix milliards de FCFA pour construire une usine, installer un hôtel, développer l’aquaculture ou l’agriculture.

Les feux qui s’amoncèlent sur nos têtes ne peuvent être éteints que par le pouvoir lui-même qui les a allumés. C’est à lui et à lui seul qu’il appartient de dire si oui ou non il veut que les investisseurs béninois ou étrangers investissent au Bénin.

Olivier ALLOCHEME

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