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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Petit Guide de Déliquescence


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Commettons quelques petits crimes. Transformons le PAYS en une foire, un marché où ne règne que notre bon vouloir. Dans CE PAYS, la loi, c’est nous. C’est nous seul qui avons été élu par le peuple souverain, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Pour cinq ans. Cinq ans, vous vous imaginez ? Donc, nous avons le droit absolu de tout faire.

 C’est pourquoi, là où deux ou trois sont rassemblés, les ministres et autres DG doivent toujours appeler notre nom mille fois glorieux. Sinon, ils savent bien ce qui les attend. Parce que nous seul sommes compétent et grand. Pour les siècles des siècles… Quelques petits magistrats qui n’ont même pas l’âge de nos enfants se sont amusés la semaine dernière à prendre un certain verdict contre le Président chéri de la Fédération chérie, et surtout au profit de ce type. Pouah ! Ils se trompent.

 Et d’abord pour leur rappeler que dans CE PAYS, la meilleure justice se fait en conseil des ministres, interdisons la mise en exécution de leur sale décision. Ils n’ont que ce qu’ils méritent. Il suffit que je le dise pour que le ministre des sports gicle et s’honore d’une conférence de presse très intelligente. Il fera quelques réflexions sur le caractère administratif de la décision du Conseil, mais la réalité c’est que nous sommes trop fort pour que de petits magistrats viennent nous contrarier.

Tant que la FIFA continuera de faire planer son épée de Damoclès, comportons-nous comme une république bananière, sans dignité et sans souveraineté, qui se ploie devant une vulgaire association. Il n’est même pas sûr que ce soit ladite association qui soit en train d’envoyer les sommations qui nous font trembler comme des feuilles mortes. Mais enfin, nous devons mériter notre réputation de république bananière.

Ensuite, attirons la colère des magistrats. Ils vont faire grève, n’est-ce pas ? Eh bien nous vous disons qu’ils avaient besoin de repos, d’un peu de repos face à la masse de travail qui les assaille quotidiennement. D’où l’ingénieuse idée du débrayage. Ils reviendront bien vite à la raison lorsqu’un projet de loi (ou une proposition, c’est un jeu que nous savons jouer à merveille), envoyé au parlement leur enlèvera le droit de grève. Le parlement, c’est l’antichambre de notre palais, surtout que les opposants y ont trouvé un sport favori : la course à la rivière.

Euh ! Avec un peu d’endurance et de professionnalisme, ils iront aux prochains JO…Aucun député de la mouvance ne peut oser nous contrarier en votant contre ce projet, euh, cette proposition. Si un seul ose, nous irons dans son village pour demander aux populations qui nous adorent si ce type qui était notre petit il n’y a pas si longtemps, a été envoyé au parlement pour nous injurier. Tant pis pour ceux qui gloseront sur l’Etat de droit. Ils savent bien la raclée que nous leur avons administrée l’année dernière par la force de notre Liste. Ils se tairont tous !

Enfin, cerise sur ce gâteau de mauvais goût, faisons de grands discours sur l’autorité de l’Etat. Oui, les citoyens de CE PAYS adorent les beaux discours serinés avec une foule de gestes désordonnés et encombrants. Ils appréciaient bien quand nous parlions de PVI, de coton et consorts. Ils adoreront nos doctes péroraisons sur le retour aux valeurs, le sens de la République, la restauration de l’autorité de l’Etat, la sauvegarde de notre démocratie.

Il suffisait d’y penser. Ils nous croiront sur parole. Nous avons été élu pour cinq ans, et en cinq ans nous avons le devoir de sensibiliser le peuple sur ce qui doit être bien pour notre république. D’ailleurs, nous sommes seul à savoir ce qui est bien pour lui et ce qui ne l’est pas. Ce peuple, oh ! que nous l’aimons ! il est si simple. C’est merveilleux, il nous croira sur parole. Bientôt, quelques marches, que nous savons financer bien sûr, fleuriront « spontanément » du nord au sud, sous la férule de quelques députés courageux.

Les marcheurs que nous décorerons certainement seront chargés de chanter nos louages pour nos initiatives louables destinées à l’épanouissement de ce peuple qui nous adore d’un amour profond. Nous avions promis la dictature du développement : elle vient de commencer. Dans tous les cas, tâchons d’allumer des crises dans tous les secteurs. Le reste suivra.

Olivier ALLOCHEME

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