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Le triomphe de la vérité

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Editorial:C’est à désespérer des économistes


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Le Bénin est bien dernier dans les prévisions de croissance économique pour l’année 2012 en Afrique de l’Ouest. Entre la Sierra-Léone dont les prévisions culminent autour de 51%, le Niger (environ 15%) et même le Mali (6%), le Bénin n’est crédité que d’une croissance fragile de 4,2% dans le meilleur des cas. Certaines prévisions nous donnent même 3,5%.

 Dernier de la classe, notre pays est pourtant dirigé par un aréopage d’économistes de haut vol dont le travail devrait être de nous sortir de cette honte. Comment peut-on avoir un économiste à la tête de l’Etat, un économiste comme premier ministre, un économiste comme ministre de l’économie, et un autre économiste comme ministre du plan, et occuper un rang aussi paradoxal ?

Il se passe précisément que les économistes qui nous dirigent rappellent qu’on n’a pas besoin de faire ses classes d’économie avant de diriger un pays. On n’a pas besoin d’être surdiplômé ou sorti de Harvard pour gérer les affaires publiques avec brio. L’ancien président brésilien Lula da Silva qui ne fut qu’un simple ouvrier a quitté l’école à l’âge de dix ans. Et pourtant, il a relevé le Brésil au point d’en faire aujourd’hui un pays émergent. L’émergence que nous avons chantée ici avec la foi des novices a été réalisée là-bas par un simple tourneur proche du peuple, aimé jusqu’au délire par les gens des bidonvilles qui ont réalisé des miracles grâce à la vision d’un homme.

 Lula a réussi à inculquer sa vision à ce peuple qui l’a vu se battre depuis les confins de sa condition d’enfant de docker pour atteindre les sommets de la hiérarchie sociale. Ce ne fut donc pas grâce à des diplômes arrachés en Sorbonne ou au CESAG, mais par la force de son charisme construit dans la douleur et la misère aux côtés des petites gens.

Si les économistes étaient seuls détenteurs de la science du développement, pourquoi donc même à la tête des institutions de Bretton Woods, leur suprématie est plus que bannie. Il n’est que de voir que l’actuel président de la Banque mondiale (oui la Banque mondiale), l’Américano-coréen Jim Yong Kim est bien un médecin anthropologue. Son prédécesseur, Robert Zoellick est un avocat de formation et un homme politique. Le Fonds Monétaire International (FMI) est aujourd’hui dirigé par une avocate, Christine Lagarde qui fut ministre des finances de la grande France !

 Autant que mes souvenirs sont bons, je peux me rappeler qu’en son temps, Nicolas Sarkozy a été ministre du budget (1993-1995) puis ministre d’Etat en charge de l’économie, des finances et de l’industrie en 2004. Alors qu’il est avocat, là aussi. On peut multiplier à l’infini les exemples similaires.

On n’a donc pas besoin de sortir de la BCEAO ou de la BOAD pour comprendre les choses simples qui commandent la rationalité économique. Faire carrière dans ces institutions guidées par la logique monétaire et bancaire pourrait même constituer un handicap à la compréhension des grandes interactions sociologiques qui structurent le fait économique et servent à alimenter la dynamique des peuples. A moins d’être doué d’un instinct particulier, seuls les leaders dotés d’une vision taillée dans leur observation intelligente du vécu des pays autant que par une vie intimement mêlée à celle de leurs concitoyens, peuvent parvenir à une pareille ascèse.

Il faut aussi comprendre que la science économique est l’une des plus versatiles qui puissent exister. Construite dans les structures du passé, elle est pourtant ballotée au gré des circonstances, des innovations et des bouleversements perpétuels de notre époque. L’économie d’aujourd’hui, secouée par les crises plus ou moins nouvelles, est encore prisonnière des règles du marché, d’un marché de plus en plus dominé par la technologie et donc par l’imagination et la volonté de puissance (comme dirait Nietzsche) des nations les plus fortes comme d’ailleurs de certaines individualités proéminentes.

Apprivoiser l’humain et le comprendre, voilà la mission de l’économiste d’aujourd’hui. Et elle est aussi improbable que sont imprévisibles les sursauts presque volcaniques qui font la dynamique des grandes multinationales ou même des nations modernes. Ne sommes-nous pas en face d’une science de l’impossible ? J’ai bien peur que oui.

Et c’est pourquoi la vogue de l’économie politique s’est imposée au fil du temps au point d’être une filière de formation dans les universités. L’économie du développement est en pleine déconfiture.

Que conclure de tout ceci ? Que les économistes qui nous gouvernent n’ont pas encore compris les méandres de notre sociologie économique. Ils sont étrangers à notre système social et ne peuvent qu’échouer à le réformer. Irrémédiablement.

Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Editorial:C’est à désespérer des économistes

  1. HOMEGNON

    “Apprivoiser l’humain et le comprendre, voilà la mission de l’économiste d’aujourd’hui. Et elle est aussi improbable que sont imprévisibles les sursauts presque volcaniques qui font la dynamique des grandes multinationales ou même des nations modernes. Ne sommes-nous pas en face d’une science de l’impossible ?”

    Je suis très loin de partager vos analyses qui, ma foi, demeurent largement discutables. Cependant, c’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris la mauvaise nouvelle.

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