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Casses à la berge lagunaire de cotonou:L’enfer des déguerpis de Placodji


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Dame Bavon Afi Dédé et son nouveau-né prolongent leur séjour au centre de santé de Placodji en attendant de rejoindre la rue

Que sont devenues les populations xwla déguerpies de la berge lagunaire de Placodji ? C’est la réponse à cette interrogation que je suis allé chercher cette semaine à Placodji. Elle est toute trouvée. Sans logement et sans parents à Cotonou, des centaines de familles entières sont contraintes de dormir à la belle étoile. En pleine saison des pluies.

Bavon Affi Dédé est revendeuse de Ablo à Placodji, quartier périphérique de Cotonou. Porteuse d’une grossesse d’environ 7 mois lors du déguerpissement de sa famille, elle est contrainte de trouver refuge à l’Ecole primaire publique du quartier. Dans la matinée du lundi 04 juin dernier, elle a accouché d’une fille. Dans l’impossibilité de trouver un autre lieu de refuge, elle a dû prolonger son séjour dans l’enceinte du centre de santé public de Placodji. Son mari, Fidèle Comlan, pêcheur de profession, désormais privé de son gagne-pain semble bien traumatisé par cette situation dans laquelle se trouve aujourd’hui sa famille de deux enfants dont le bébé qui vient de naître.

« Ma femme vient d’accoucher. Depuis qu’on nous a déguerpis, on n’a plus où dormir. Je me demande bien ce que je vais faire maintenant afin que mon enfant qui vient de naître vive dans de bonnes conditions », raconte-t-il, au bord des larmes. Sa femme, blottie dans un coin du centre de santé et encore sous le choc de l’accouchement, s’interroge sur l’avenir de ses enfants, notamment le nouveau-né. Mais la famille de Fidèle Comlan n’est pas la seule concernée par cette situation.

La misère au rendez-vous

Comme eux, dame Houéha Cécile, une sexagénaire, ainsi que la jeune dame Hounsinou Bibiane, toutes deux revendeuses à Placodji ont été obligées de squatter l’Ecole primaire publique de Placodji avec leurs progénitures. Elles y vivent encore avec leurs familles. Un tour dans l’enceinte de l’établissement et on y découvre des nattes, des ustensiles de cuisine et même quelques meubles. Mais l’administration de l’école ne l’entend pas de cette oreille.

Elle brandit la menace d’un nouveau déguerpissement sur les familles qui se sont installées sous les arbres et dans les recoins de l’école. « Je ne peux pas héberger des gens que le gouvernement a déguerpis », annonce le Directeur de l’établissement. Prenant au sérieux cette menace, certains ont d’ores et déjà pris d’autres précautions. Ainsi, en face de l’établissement, on voit déjà quelques huttes construites de bric et de broc : quelques briques cassées, des branches de palmiers, des cartons récupérés… Des douches communes sont installées en vrac, utilisées en plein air par femmes, hommes, jeunes et enfants.

Et c’est ce que craint le plus Bavon Affi Dédé. « Mon mari m’a informé que le Directeur de l’établissement qui nous servait d’abri menace de nous chasser. Ce qui veut dire que si je quitte ici maintenant, je serai obligée de dormir encore à la belle étoile avec mon bébé. C’est malheureux », confie-t-elle. D’autres ont dû se replier sur le centre hospitalier du quartier pour se mettre à l’abri des intempéries. Les pluies diluviennes de ces dernières semaines n’ont fait de cadeau à personne. Tous espèrent une urgente intervention de l’Etat pour être soit relogés, soit dédommagés.

Le dédommagement ? C’est une fiction

Le ministre de l’environnement, Blaise Ahanhanzo Glèlè, a justifié le déguerpissement opéré sur la berge lagunaire de Placodji par l’existence d’un projet d’aménagement du site. Effectivement, sur un dossier intitulé « Aménagement de la zone commerciale de Ganhi : Bientôt un centre commercial de référence à Cotonou », portant la signature de l’ancien ministre de l’environnement, Luc-Marie Constant Gnacadja, on se rend compte que parmi les sites retenus pour abriter les infrastructures, figure notamment Placodji. Le document en question date de 2001 et prévoit un « programme spécial de Placodji… ».

A travers ce document, l’avenir de Placodji est dessiné par des concepteurs qui comptent en faire un centre d’attraction touristique. Deux options ont été prises. Il s’agit de l’option de la réhabilitation qui propose la légitimation de l’occupation dite « sauvage » des populations de Placodji. En termes clairs, il s’agira, selon cette option, de laisser les populations sur place tout en opérant une sorte de lotissement pour permettre la fluidité des voies d’accès au quartier. Compte tenu de l’importance des inconvénients que comporte cette option, les auteurs de l’étude dont Luc-Marie Gnacadja ont conseillé l’option de la « rénovation » au gouvernement. Il s’agit, dans ce cas pour l’Etat, de récupérer totalement selon ce qui est inscrit dans ce document, son « patrimoine foncier ouvrant la voie à une mise en valeur planifiée et maîtrisable du site». Mais là, deux inconvénients majeurs ont été relevés dans le document.

 Il s’agit des effets sociaux et de l’incompréhension des populations. Et c’est justement pour résoudre ces problèmes que les auteurs du document ont proposé le « dédommagement social en termes de terrain, de réinstallation ou de logement d’accueil des sinistrés ». Et c’est bien à ce niveau que les points de vue divergent. Aux dires du gouvernement, les sinistrés auraient déjà été dédommagés depuis les années 80. Les sinistrés rencontrés nient tous avoir été dédommagés. « Nous n’avons aucune souvenance des dédommagements que le gouvernement dit nous avoir faits. Ce n’est pas vrai », laisse entendre Houdéha Cécile, 60 ans environs. Plus sévère, Parfait Dékoun, un des responsables de l’Association de développement de Placodji parle « d’un mensonge du gouvernement pour justifier sa forfaiture ».

Il lance d’ailleurs un défi à l’Etat : « Si le gouvernement est sûr de ce qu’il dit, puisque nous, nous avons affirmé que nous n’avons reçu aucun dédommagement, qu’il vienne exhiber sur la place publique, les preuves que nous avons été dédommagés. A moins qu’il nous dise que les pièces de ce dédommagement n’existent pas. Et ce serait le comble », a-t-il confié, furieux et meurtri. Mais en attendant que ce défi ne soit relevé, les sinistrés continuent de subir le calvaire ; un calvaire dont l’issue semble encore incertaine.

Donatien GBAGUIDI

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