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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Ces fameux investisseurs


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L’investissement étranger est-il en péril au Bénin ? Au regard des derniers développements des affaires Talon (PVI-Coton), il n’y a pas de doute. Du moins, si l’on regarde la courbe de confiance du Bénin auprès des investisseurs. Classé au rang des dix Etats les plus difficiles au monde en matière, selon le rapport Doing Business 2011, le Bénin ne constituait déjà pas un marché attractif pour les investisseurs privés, qu’ils soient nationaux ou étrangers. La note B++ (pays à risque modéré) décernée par S&P n’était déjà pas brillante, quoiqu‘acceptable dans notre environnement africain. Ces affaires font au pays une très mauvaise publicité, autant pour les investissements privés que pour les indicateurs de bonne gouvernance.

L’investissement privé, qu’il soit national ou étranger, est un moteur de croissance. Contrairement à ce que l’on a cru pendant longtemps, il est vital pour la survie d’une économie, que ce soit pour la création d’emploi ou pour la distribution des revenus. Depuis 2002, le Consensus de Monterrey sur le financement du développement avait souligné la nécessité, pour les Etats africains, de compléter puis de remplacer l’aide extérieure par des ressources nationales en vue de leur développement. Car la plupart des Etats comptaient sur l’aide extérieure pour assurer leurs tâches de développement. Même jusqu’aujourd’hui, des pays comme le Burundi, la Guinée-Bissau et le Mali, restent presque complètement dépendants de l’aide internationale.

Depuis Monterrey, nombreux sont les pays qui ont considérablement renforcé leurs capacités à mobiliser les ressources nationales en améliorant leurs administrations fiscales, en élargissant l’assiette fiscale, en segmentant les contribuables et en réduisant le flot d’exemptions fiscales, notamment pour les industries de l’extraction.

Ceci est devenu plus impérieux du fait du désengagement progressif des bailleurs de fonds étrangers. 2010 était l’année cible à la fois pour la promesse de doubler l’aide publique au développement en Afrique formulée par le G7, à l’occasion de son sommet de 2005 à Gleneagles, et l’objectif intermédiaire de la feuille de route de l’Union Européenne consistant à consacrer 0.56% du RNB de l’UE à l’aide internationale. Mais, les chiffres les plus récents montrent que seuls trois pays du G7 (le Canada, les Etats-Unis et le Japon) ont atteint leurs objectifs de dépenses pour l’Afrique en 2010.

 Aujourd’hui, la plupart des Etats prennent exemple sur la Chine et son fameux partenariat Win Win (gagnant gagnant) qui lui permet de viser des objectifs de développement local tout en exploitant les matières premières du cru. Avec son forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), qui a lieu tous les deux ans et qui est devenu une plateforme importante de promesses et d’engagements ambitieux vis-à-vis du continent, le pays se veut un partenaire de taille du continent.

Il en est devenu le premier partenaire commercial. Pékin s’est même lancé dans un important projet de délocalisation sur la base de six projets de Zones Économiques Spéciales déployées en Égypte, en Éthiopie, à Maurice, au Nigéria et en Zambie. A terme, ce sont six millions d’emplois qui doivent être créés par les Chinois confrontés chez eux à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée du fait de la politique de naissance unique. Mais personne n’est dupe.

C’est de Pékin que l’on a compris le mot. A savoir que les entreprises sont les plus importants acteurs du développement. Leur intégration dans des partenariats apporte la capacité, l’expertise, les ressources, la versatilité, la créativité et le pragmatisme qui manquaient tant aux efforts de développement. Bien entendu, ces partenariats ont aussi leur part de mélancolie, de risques et de pièges potentiels. N’oublions pas non plus les objectifs de croissance à faibles émissions de carbone qui devraient les obliger au respect de l’environnement.

 Une entreprise comme les Ciments du Sahel qui entend investir plus de 130 milliards de FCFA au Bénin est à encourager, surtout que le promoteur, le sénégalais Laftallah Layouss a promis une technologie de dernière génération, respectueuse de l’environnement. C’est l’investissement privé le plus important au Bénin depuis l’indépendance.

Dans tous les cas, ce que l’on appelle partenariat public-privé (le fameux PPP) peut parfois déboucher sur des risques supplémentaires pour des pays déjà surexploités. Sans compter les risques de tomber sur les milieux mafieux qui viennent blanchir leurs sombres revenus dans des semblants d’activités de développement qui peuvent tourner au cauchemar.Malgré cela, l’investissement privé (national ou étranger) est aujourd’hui un risque utile. Les soubresauts actuels ne devraient pas l’occulter.

Olivier ALLOCHEME

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