.
.

Le triomphe de la vérité

.

Chronique Nutrition N°2: « Nous mangeons comme nous vivons »


Vues : 1

« Les hommes ne mangent pas des nutriments mais des aliments ». Les hommes se nourrissent surtout de plats, c’est-à-dire d’aliments combinés entre eux, au sein de préparations culinaires. L’acte alimentaire se déroule toujours selon des protocoles imposés par la société. Les règles portent sur le choix des produits, sur la manière de les cuisiner, de les associer pour en faire des plats, de combiner ces derniers entre eux pour en faire des repas, sur les modalités de partage, sur les manières précises de les consommer (les manières de table), sur les horaires, sur la position du corps des mangeurs etc…

Les aliments les plus recommandés du point de vue nutritionnel [surtout, fruits, légumes et poissons] sont, précisément, ceux qui offrent les chances d’acceptation les plus basses, surtout, chez les enfants et les adolescents. L’influence des préférences gustatives se manifeste, aussi, dans la faible planification des menus.

Aujourd’hui, dans les grandes villes du Bénin, nous pouvons affirmer sans ambages que dans un (01) foyer sur trois (3), on ne planifie pas ou simplement il est difficile de planifier les menus parce que chacun des membres de la famille a des goûts différents par rapport aux différents groupes d’aliments (céréales, viandes et poissons, huiles et graisses, fruits et légumes, etc…) d’une part et d’autre part parce que chacun travaille hors du foyer, ce qui ne favorise pas la planification des repas. Cet état de chose est d’autant plus vrai que les soirs, chacun sortant tard du service se trouve obliger d’attraper ce qu’il peut au mépris des raisons fondamentales qui devraient motiver notre désir de nous alimenter.

Dans une proportion chaque fois plus grande, les menus sont chaque fois moins imposés et, apparemment, moins structurés. Maintenant les repas sont plus informels et chacun mange ce qu’il veut, quand il veut et où il veut. On constate d’importantes différences entre les recommandations nutritionnels relatives à ce qu’on devrait manger et ce qu’on mange réellement. En plus, chacun perçoit sa propre alimentation comme étant plus simple, légère, naturel et moins grasse.

 Certains croient bien manger et avoir amélioré leur alimentation en termes de santé et en termes de qualité. Aujourd’hui, les adultes ne considèrent pas comme un devoir d’orienter le goût des enfants; au contraire, ils reconnaissent céder à leurs pressions, qui, chaque fois, s’exercent à un âge plus jeune et, quand ils essayent d’orienter leur goût ou leur consommation, ils reconnaissent faire appel à la “tromperie”, au “déguisement”, au “chantage” alimentaire.

Les parents se jugent certainement impuissants pour “lutter contre”: le manque de concordance entre les horaires de travail, scolaires et ceux du repas ; les pressions de l’environnement des consommations en général et celui des aliments en particulier ; les valeurs et droits sociaux parfois contradictoires relatifs à la liberté, la tolérance et la responsabilité moral, etc…

D’un autre côté, la surabondance alimentaire actuelle, accessible à la majorité de la population, est un aspect relativement nouveau. Ainsi, “quand les enfants sont seuls, ils mangent ce qu’ils trouvent”. De plus, la multiplication des innovations technologiques (portable, ordinateur, tv etc…), influent directement sur la déstructuration des repas, surtout, pour les plus jeunes. Ainsi, quelques pratiques alimentaires des jeunes consistent à manger avec le portable à côté de son assiette, ou bien, à manger vite pour aller jouer avec l’ordinateur ou pour aller regarder la télévision et parfois dans sa propre chambre.

Les contraintes horaires ont différentes manifestations et se répercutent de différentes façons sur la qualité de l’alimentation. Le temps dédié à l’approvisionnement alimentaire et à faire la cuisine a diminué surtout chez les générations jeunes et moyennes. Il existe un consensus généralisé par rapport au fait qu’ “on cuisine très peu et qu’on mange très vite et on achète parfois déjà tout fait”.

L’incompatibilité entre les horaires scolaires et du travail est d’autant plus évidente que les horaires scolaires, en plus, contribuent à produire des situations extrêmes : des enfants qui finissent la journée scolaire à 11h.30 ou à 16h.30 et 17h.00. Ces enfants et adolescents devront occuper leur temps avec d’autres activités nommées “extra-scolaires”. N’est-il pas bizarre, donc, que parents et enfants affirment arriver fatigués chez eux après des journées “hyperactives”.

A tout ceci il faut ajouter la rupture dans la transmission des savoirs alimentaires. Les tâches domestiques sont peu partagées et très dévalorisées surtout avec le phénomène des domestiques qui font même les activités élémentaires en lieu et place des enfants qui grandiront un jour. En conséquence, aujourd’hui il est très difficile de transmettre des savoirs alimentaires et culinaires au foyer; cela augmente en retour les difficultés à suivre une alimentation plus saine.

SANGNIDJO Sèmèvo Anicet

Ingénieur Agronome Nutritionniste

Reviews

  • Total Score 0%



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

You cannot copy content of this page