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Le triomphe de la vérité

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Editorial:D’espoir et d’or


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L’Afrique est sur la pente de l’espoir. Les 700 participants du Forum économique mondial (WEF) sur l’Afrique qui a lieu actuellement à Addis-Abeba dans la capitale éthiopienne en sont convaincus et le clament. Et ce n’est pas nouveau. Nous avons déjà dit et répété que les crises successives qui plombent la croissance dans le monde développé donnent un regain de visibilité à ce qui se passe sur les terres autrefois incurables de l’Afrique.

 Ici se recensent au moins sept Etats faisant partie des plus fortes croissances économiques du monde. La forte poussée démographique, autant que démocratique, est un motif d’espoir. Et une source d’interrogations récurrentes. Avec 150 millions d’habitants au début du XXème siècle, le continent a dépassé le milliard d’habitants depuis 2010. Et les économistes du FMI ont récemment rappelé que l’émergence des classes moyennes est désormais une réalité sur le continent.

Et qu’en clair, ces hommes et femmes généralement couverts de diplômes universitaires, souvent compétents et ambitieux ont des besoins de confort propres à booster l’économie. Cette classe moyenne constitue le moteur d’une consommation porteuse de chiffres d’affaires pour les investisseurs. Les générations ainsi formatées sont moins enclines à accepter la misère, d’autant d’ailleurs qu’elles ont étudié longtemps pour vivre dans un confort euraméricain diffusé à longueur d’images satellitaires par la télé et l’internet. Et puis, la crise a ouvert un champ neuf devant les investisseurs.

Bienvenu sur les terres vierges du continent où tout est à faire ou presque ! C’est un immense champ qui ouvre des perspectives nouvelles, surtout que la main-d’œuvre est de plus en plus qualifiée. On pourra toujours mitiger notre enthousiasme par l’instabilité qui refait surface au Mali et au Soudan, l’indice de développement toujours aussi bas et la situation préoccupante de l’Afrique francophone décidément à la traine au plan de la croissance. Malgré tout cela, nous avançons plus que par le passé.

Le décor est donc tout planté pour que demain soit un autre jour. Mais quelques rémanences têtues interpellent tous ceux qui s’intéressent de plus près à la situation ainsi décrite. D’abord les symboles. A Dakar, le monument de la Renaissance Africaine (152 m), immense sculpture de bronze dressée pour symboliser le gigantesque relèvement du continent est construit par…des Nord-Coréens. Ce n’est pas anodin. A Addis-Abeba, l’immeuble abritant le tout nouveau siège de l’Union Africaine, un chef-d’œuvre de béton et de verre, d’une architecture futuriste, est bien le fruit, non pas du génie africain mais de l’ingéniosité chinoise. La générosité des Chinois… D’ailleurs le Forum en cours à Addis est coprésidé cette année par le président du fonds souverain chinois China Investment Corporation (CIC), Gao Xinqing.

Au plan économique, la Chine est devenue le premier partenaire commercial du continent. Le pays est aujourd’hui la deuxième puissance économique mondiale, son taux de croissance dépasse les 8% en moyenne depuis plus de 10 ans, ses réserves de change sont devenues les premières au monde en 2006. Il y a aussi le Brésil, l’autre BRICS dont la présidente Dilma Roussef, à la suite de Lula en février 2006, sera à Cotonou dimanche. Le Brésil pose ses tentacules en Afrique en espérant écumer ce marché en croissance qui se met en place.

 L’Inde quant à elle, troisième puissance asiatique, avec une croissance annuelle supérieure à 6% depuis la fin des années 90, ne cache pas non plus son appétit pour l’Afrique. Ses dons de bus, de matériels agricoles et médicaux ne sont certainement pas désintéressés. Après avoir reçu plus de 1000 milliards de dollars d’aide au développement depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Afrique se place à nouveau dans la posture de la main qui reçoit. Saura-t-elle cette fois-ci s’apercevoir que derrière l’aide « généreusement » distribuée se trouve la corde qui l’attachera pour (insidieusement) calmer ses élans vers le progrès ? Je le souhaite ardemment.

Il y a enfin la poursuite des vieux réflexes de la distribution capitaliste du travail. L’Afrique s’aligne dans les pays exportateurs de matières premières à faible plus-value et végète toujours dans des importations massives qui ne peuvent jamais asseoir les bases d’une véritable industrialisation. Les mêmes causes produiront les mêmes effets. Les politiques les plus intelligentes seront alors celles qui permettront demain d’inverser cette tendance à tout prix. L’heure de l’Afrique a sonné comme le rappelle le WEF à Addis-Abeba. Mais il faudra veiller à éviter les mêmes errances qui naguère ont bouché le chemin de notre rédemption.

Olivier ALLOCHEME

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