.
.

Le triomphe de la vérité

.

Editorial:Un message de France


Vues : 0

L’élection présidentielle française a donné son premier verdict hier. Il n’y a pas eu de coup de tonnerre comme en 2002. Mais le score de Marine le Pen est tout de même un record, elle qui réussit en un coup d’essai à dépasser les meilleurs réalisations de son père, dix ans après le cataclysme que celui-ci a provoqué en 2002. Mais un Jean-Luc Mélenchon a réussi à faire une percée remarquable dont on parlera longtemps.

Essentiellement, ce qui aura marqué l’observateur béninois que je suis, c’est la bataille des idées qui a prévalu au cours de la campagne électorale. Chaque candidat a basé son action sur des idées forces sur lesquelles les électeurs ont été appelés à se prononcer. C’est une banalité en France. Mais ici, les idées sont secondaires et les individualités primordiales. François Hollande propose par exemple une révision des rythmes scolaires et entend créer 60 000 postes dans l’éducation alors que son adversaire en a supprimé 66 000 depuis 2007.

Le candidat socialiste voudrait séparer les banques de dépôt des banques d’investissement en vue d’isoler les activités utiles à l’économie des opérations spéculatives. Ainsi, les errements des banques dans leurs placements «casino» ne pourraient plus menacer l’économie réelle et l’épargne des particuliers, comme ce fut le cas en 2008.

Nicolas Sarkozy veut instituer quant à lui un Buy European Act et un Small Business Act en vue d’accorder de manière préférentielle les marchés publics aux entreprises produisant en Europe et favoriser les PME du Vieux Continent dans les politiques d’achat. Objectif : rééquilibrer le rapport de forces avec les partenaires commerciaux (asiatiques et nord-américains), qui ont depuis longtemps adopté ces pratiques. Pour Eva Joly, figure de proue des écologistes et héraut d’un « futur soutenable », le nucléaire est tout sauf démocratique et témoigne d’une société sous influence.

 Présentée comme une manière de surmonter la crise, elle est supposée créer un million d’emplois, notamment grâce à la montée en puissance des énergies renouvelables, cette sortie du nucléaire, chiffrée à 220 milliards d’euros d’ici à 2030, se veut la clef de voûte d’une transition écologique qui a aussi ses inconnues. En dehors de ces projets, on peut aussi ajouter pêle-mêle les propositions visant à donner le droit de vote aux étrangers non-européens pour les scrutins locaux (Hollande, Joly, Mélenchon), à tous les scrutins (Arthaud, Poutou), porter le smic à 1700 euros (Arthaud, Mélenchon, Poutou, Cheminade), accorder le droit à la retraite à 60 ans à taux plein (Mélenchon).

Ce sont ces idées qui ont animé la campagne. Discutées sous toutes les coutures sur les chaînes de télévision et de radio, décortiquées dans la presse écrite et les cabinets d’études, elles ont été popularisées. Ici, chez nous, ces idées sont réservées à un groupe d’initiés proches du candidat. Un candidat a même révélé qu’étant donné qu’il se fait voler ses idées chaque fois, il ne divulguerait son programme qu’au dernier moment. J’ai vu l’année dernière un candidat qui était seul à connaitre ses idées, pendant qu’au long des meetings, ses « accompagnateurs » de campagne livraient les informations les plus contradictoires aux électeurs sur son programme. Entre ces pratiques françaises et les nôtres, il y a comme un fossé que nous gagnerions à combler pour ne pas paraître archaïques aux yeux du monde.

Mais ce qui touche les hommes de médias et la société civile, c’est ce débat au sein des médias et instituts de sondage sur le point de savoir s’il faut ou non publier les résultats avant l’heure officielle de clôture des opérations de vote. Dans son éditorial dominical d’hier sur RFI, Alain Génestar a trouvé qu’il est stupide d’exiger que les médias attendent cette échéance légale ! Ici, tout le monde a hurlé de fureur lorsque la télévision nationale a commencé à publier les résultats de la CENA une semaine après le vote du 13 mars 2011.

Il est vrai que les contextes ne sont pas identiques. Mais il faut reconnaitre tout de même que le climat de méfiance systématique qui prévaut à chaque consultation électorale est le facteur le plus déterminant dans ces attitudes régressives. De fait, le cas récent du Sénégal a montré que même en Afrique, les esprits sont en avance. Les vieux réflexes de méfiance systématique doivent disparaître pour laisser place à un jeu franc et sincère.

Olivier ALLOCHEME

Reviews

  • Total Score 0%



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

You cannot copy content of this page