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Le triomphe de la vérité

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Editorial:La méthode Yayi


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L’affaire de la filière cotonnière a encore rallumé les mèches du fil Yayi : grand déploiement médiatique, discours aux accents gaulliens sur le patriotisme et le sens de l’Etat et puis cette utilisation presque paranoïaque des ministres transformés en hommes et femmes à tout faire.

L’affaire avait au départ l’air d’une banale polémique d’universitaire. Les statistiques cotonnières de la campagne 2011-2012 ont levé un coin du voile opaque existant entre les relations ambiguë entretenues par l’Etat avec certains acteurs de la filière, notamment l’AIC et la CSPR. Avec le temps, elle a pris aujourd’hui l’allure d’une affaire d’Etat, aussi complexe qu’enchevêtrée. Il faut attendre le rapport de la commission internationale d’enquête pour en avoir le cœur net.

Mais la levée de bouclier observée au sein des responsables communaux pour la promotion agricole suffit à elle seule à jeter l’anathème sur l’AIC et la CSPR. Ces responsables ont l’air de dire en chœur ce qu’ils voulaient dire depuis près d’une décennie : que l’organisation de la filière revienne simplement à l’Etat qui doit rentrer dans son rôle régalien arraché entre-temps par le privé. Quelle mouche a donc piqué l’AIC et la CSPR pour qu’elles aillent arracher aux fonctionnaires leurs prérogatives ?

 La machine du privé a donc passé des années à dicter sa loi à toute l’administration publique qui s’est laissé faire durant de longues années ! Le pire, c’est l’idée d’escroquerie qui trotte derrière tous ces déballages incessants. On a l’air d’entendre que les paysans se sont fait voler des milliers de tonnes de leurs productions de longues années durant. Les écarts de chiffres existant entre les différents acteurs soulèvent en effet la lourde problématique de la sincérité des responsables de l’AIC et de la CSPR, mais aussi celle des complicités dont ils auraient bénéficié au cours de ces années d’opacité.

Si escroquerie il y a, elle ne saurait jamais se mettre en place sans le soutien plus ou moins complice d’agents de l’Etat tapis dans les arcanes de l’administration et du pouvoir. Boni Yayi a certainement vu juste en soupçonnant un silence de mauvais aloi derrière l’attitude des responsables à la base du ministère de l’agriculture. Ils étaient où ? Pourquoi a-t-il fallu que les producteurs haussent le ton avant que le ministère ne réagisse ? Voilà des questions simples dont les réponses nous seront fournies dans les prochains jours.

Personne n’ignore du reste les méthodes très larges utilisées dans ce genre de pratiques. Elles n’impliquent jamais une seule partie puisque les falsificateurs par définition sont très généreux. Ils ont en main un dense réseau de complicités qui les aide à frapper sans coup férir.

La querelle de chiffres ainsi posée cacherait donc une vaste affaire semblable aux détournements monstrueux dont la Côte-d’Ivoire par exemple est coutumière dans la filière café-cacao. Il y a un air de soupçon à peine voilé, d’accusations lourdes de conséquences. Les conséquences judiciaires qui pourraient en découler feraient tomber des têtes, peut-être même les plus insoupçonnables, sonnant le glas de l’impunité qui a toujours régné dans la filière. Il faut que la lourde main de la justice frappe les voyous qui se cachent sous les cotonniers pour voler les paysans. Le Bénin ne sera pas le premier ni le dernier pays à assainir ces milieux réputés d’ailleurs très pugnaces.

L’assainissement nécessaire que tout le monde postule du bout des lèvres est donc porteur d’orages. Les nuages qui s’amoncèlent déjà les annoncent si bien. Et la méthode Yayi, faite de médiatisation massive couplée au déploiement conjugué des acteurs ne semble pas rassurer à cet égard. Les ministres qui s’invitent déjà à la télé pour s’improviser avocats du coton, développant en langue nationale les thèses des producteurs, des responsables du MAEP et d’autres acteurs, nous rappellent des souvenirs peu heureux.

 On connait cette vieille rengaine. Cette fois encore la patience et la méthode ont été abandonnées au profit d’une précipitation enfantine qui fera perdre le bénéfice de l’amélioration de la filière. Au-delà de la crise, il y a à l’horizon la perspective combien rassurante d’une organisation plus transparente et plus féconde dans la gestion de l’or blanc béninois. Mais à gérer la crise comme une campagne électorale, on perd la lucidité nécessaire à une action efficace et durable.

Olivier ALLOCHEME

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