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Le triomphe de la vérité

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Lettre Ouverte:Lucien CHéDé interpelle les députés sur le salaire du Chef de l’état


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Honorables Député(es),

Il y a quelques années (déjà !), je me serais adressé aux chers collègues puisque j’étais député à cette 2ème législature du Renouveau Démocratique dans mon pays le Bénin ; mais aujourd’hui, c’est en citoyen lambda que je prends cette initiative, même si la fonction est furtive et le titre définitif. Oui, avec vous j’ai enrichi mon vocabulaire ; autant à l’hémicycle, des députés s’honoraient de n’être que lambda, autant moi aussi je m’honore aujourd’hui de n’être que citoyen lambda, celui-là qui ne s’exprime que dans l’isoloir des urnes et n’affiche pas une position partisane.

 Il y a donc quelques années dis-je, j’avais congelé cette liberté d’expression et malgré la pertinence des problèmes nationaux, mon objectivité (à moi) pouvait être mise à rude épreuve. Je n’en veux pour preuve que mon combat en solitaire (comme dans ce jeu qui porte le même nom) pour lequel l’arbitre heureusement a donné le signal terminal par sa DÉCISION DCC 98-068 du 19 août 1998.

J’avais pris le risque de me battre pour le respect des lois républicaines ; et je demeure convaincu qu’il y a moult bénéficiaires depuis lors, et certainement l’actuel Président de l’Assemblée Nationale est parmi ceux-ci. Je suis fier d’avoir apporté cette contribution. Même en tant que citoyen lambda, je continuerai de me battre, même en singleton, pour toute cause républicaine ; n’en déplaise aux petits esprits.

De quoi s’agit-il ?

En ce mois de Mars 2012 où il y avait une effervescence de trouble social sérieux, le Président de la République, un élu comme vous Députés, a envoyé un message très fort vers le monde entier à travers notre chaine généraliste nationale d’information, la télévision ORTB. Oui un message très fort d’altruisme et de sacrifice pour son pays : il est sans salaire, les factures de ses consommations d’eau, d’électricité et de téléphone à son domicile, sont à ses propres charges ; plus grave, même son suivi sanitaire est logé à la même enseigne.

En d’autre terme, aucune somme, aucune facture liquidée à l’un ou l’autre titre ne figure dans le livre des comptes de l’État en sa qualité de Chef de l’État, Président de la République du Bénin, Chef du Gouvernement. Le Président de la République a même affirmé que seules les sommes allouées pour sa garde et pour les renseignements sont enregistrées dans le livre des comptes de l’État ; celles-ci sont identiques à celles allouées à son prédécesseur. Personne ne s’est émue de la déclaration du Chef de Gouvernement, même son ministre des finances, membre du gouvernement, a appuyé et attesté l’information.

Moi citoyen lambda, je suis indigné, outré, révolté, scandalisé ; même si ces qualificatifs ont le même sens, la répétition ne nuit pas ici. Je m’interroge. Quel sort a été réservé à l’article 48 de la Constitution « la loi fixe la liste civile du Président de la République et détermine la pension à allouer aux anciens Présidents de la République » ? Qu’est devenue la langue officielle définie à l’article 1er de la Constitution dans laquelle elle est rédigée et qui dit « liste civile : somme allouée au Chef de l’État pour subvenir aux dépenses et charges de sa fonction »?

 Comment l’Assemblée Nationale applique-t-elle l’article 89 dans « le cadre du contrôle de l’action gouvernementale » et l’article 112 relatif «à l’exécution des recettes et dépenses publiques, ou à la gestion de la trésorerie nationale »? Et pourtant tous les ans l’article 99 « les lois de finances déterminent les recettes et dépenses de l’État » est soumis à votre délibération ! La Constitution précise « l’initiative des lois appartient concurremment au Président de la République et aux membres de l’Assemblée Nationale » (art.57 et 105), vous êtes interpellés dans le vide juridique de l’article 48 sus rappelé.

Vous avez le devoir de créer une commission d’enquête pour aller voir le livre des comptes de l’État. Pour toutes ces insuffisances qui ont entraîné la déclaration avilissante du Chef de l’État, vous devez rendre compte au peuple qui vous a délégué son pouvoir.

Je m’interroge et je n’ai autre interlocuteur que celui défini à l’article 80 « chaque député est le représentant de la Nation toute entière et tout mandat impératif est nul ». Je n’ai aucun autre moyen constitutionnel pour vous interpeller comme pour la Cour Constitutionnelle que je saisis pour la même cause ; je suis rassuré que vos quatre représentants dans cette autre Haute Institution contribueront à prendre la mesure nécessaire pour faire respecter et appliquer l’article 26 « l’État assure à tous l’égalité devant la loi sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion, d’opinion politique ou de position sociale. » Puisque le Président de la République occupe la position sociale la plus élevée dans notre État, rien n’autorise le traitement confirmé par le ministre des finances, qui lui est fait.

Oui « dura lex, sed lex », c’est cela une république démocratique où on ne passe pas son temps à chercher à réviser une Constitution non encore bien appliquée et peut-être mal-maîtrisée. En ma qualité d’enseignant retraité et avec les honorables députés de ce corps, il est un truisme : on ne passe en classe supérieure que lorsque les notions de la classe inférieure sont maîtrisées.

Ne soyez pas blessés par cette lettre ouverte, sinon vous donnez raison au fabuliste Jean de La Fontaine

« Pour régner sagement, il faut que tout prince préfère le zèle de l’État à certain mouvement qu’on appelle communément amour-propre ; car c’est le père de tous les défauts. Il donne du ridicule aux gens. » (Le Lion, le Singe et les deux Ânes)

Avec mes considérations citoyennes

Avril 2012

Lucien Gbénou A. CHEDE

Professeur Titulaire de chimie à la retraite

Député de la 2ème Législature

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