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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Réviser ou ne pas réviser


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C’est curieux. Il y a seulement quelques mois, tout le monde était convaincu que notre loi fondamentale mériterait bien une cure de jouvence. La commission de relecture installée à cet effet en 2009 a pu déposer un rapport qui, en ses grandes lignes du moins, paraissait acceptable. Seulement voilà. Aujourd’hui, au moment précis où il faut passer des intentions aux actes, les positions se raidissent. De la levée de bouclier en cours au sein des états-majors, j’ai pu comprendre quelques points saillants.

Premièrement, même si l’on est d’accord pour la révision, tout le monde a peur de la petite bête que pourraient bien glisser quelques esprits malins pour changer de république, sous le prétexte de réviser la constitution. En changeant par exemple de préambule à la constitution, quelques-uns pourraient bien dire après qu’il s’agit d’une nouvelle constitution et donc d’une nouvelle République. Et que par conséquent, le Président Boni Yayi a le droit de se présenter à nouveau pour un troisième mandat. Les entourloupes constitutionnelles de Wade au Sénégal constituent à cet égard le parfait exemple de la mauvaise foi qui prévaut lors des révisions constitutionnelles en Afrique.

Deuxièmement, les agissements du pouvoir font craindre un jeu louche. Au même moment qu’une commission de relecture a été mise en place, avec forces publicités, une autre concoctée par un décret qui circulerait sous le boisseau, serait en train de préparer un autre texte qui serait imposé aux députés de la mouvance à l’heure du vote à l’Assemblée. Cela confirme donc l’existence de deux commissions, celle Ahanhanzo connue du grand public, et celle Gnonlonfoun, plus officieuse, en tout cas moins connue. Toujours pour la même révision. Cette manœuvre ne peut que soulever suspicions et méfiances.

Il n’en faut pas plus pour provoquer les interrogations de la société civile et, depuis dimanche, la nouvelle campagne du mouvement dénommé Sursaut Patriotique qui a posé des affiches à travers Cotonou pour demander carrément que l’on arrête tout.

Au-delà de ce radicalisme, il faut se rendre compte que personne ne souhaite en réalité que la constitution reste en son état actuel. Sur le fond, le vrai débat n’a pas lieu sur le contenu de ce qu’il faut réviser ou de ce qu’il ne faut pas. Ce qui intéresse les gens ordinaires, c’est d’abord l’ensemble de ces dispositions qu’il convient de retoucher au regard de l’expérience des vingt-deux ans de vie de notre loi fondamentale. Une fois de plus, les débats de fond sont escamotés au profit des querelles de forme.

 Au moment où tout le monde voit la paralysie de la Haute Cour de Justice restée inactive depuis une quinzaine d’années, il est impensable que l’on continue à la conserver dans son état d’impotence actuel alors qu’elle coûte de l’argent au contribuable chaque semaine, chaque mois, chaque année. Il est impensable également que le délai entre les deux tours de l’élection présidentielle puisse être encore maintenu pour les prochaines consultations malgré les nombreuses incertitudes qu’il a fait peser sur le pays. L’entre-deux tours a toujours été une épreuve de nerfs du fait de sa courte durée (deux semaines) alors que l’archaïsme du système électoral béninois est connu.

Il est impensable que la HAAC continue à être tenue en laisse par la haute main présidentielle et que, au vu et au su de tous, les organes de presse publics soient sous la botte du régime, déstructurés par son nombrilisme rural, au lieu d’être au service de la communauté. Il est enfin impensable que soit perpétuée (pour quatre ans encore !) la superpuissance actuelle du chef de l’Etat, qui se trouve être si fort qu’il peut tout régenter, tout contrôler, au point même qu’il ne sait finalement plus quoi faire de son omnipotence.

C’est dire que la querelle actuelle qui a fini par mettre en standby le projet de la révision, est une immense régression. Régression parce que les manœuvres et intrigues ont fini par avoir raison de la volonté de tous de voir faire un nouveau bond de qualité à notre processus démocratique. Révision précipitée, révision à la sauvette, révision clandestine révision inopportune, tous les épithètes ont été bons pour la même chose : faire renvoyer le projet aux calendes grecques. Voilà le résultat de notre chahut.

Olivier ALLOCHEME

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