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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Le péril démocratique


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Ce qui se passe au Mali est grave. Grave pour la démocratie en Afrique et grave pour toute la sous-région. Le capitaine Sanogo, chef de la junte militaire qui s’est emparé du pouvoir le 22 mars dernier, se retrouve dans une position intenable. Il s’est obligé à annoncer le retour aux institutions démocratiques, sans pour autant fixer un calendrier de retour à la normalité. Pendant ce temps, le pays est divisé, coupé en deux, entre le Nord et le Sud, aux mains des rebelles et d’islamistes enragés dont certains réclament l’instauration de la charia en Afrique de l’Ouest.

Sans oublier le dangereux Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), groupe de funeste réputation. Voilà ce qui arrive lorsqu’un groupe de militaires sans foi ni loi décident de mettre en berne la démocratie et tous ses acquis, au profit de revendications de circonstance. Ils doivent le regretter aujourd’hui, ces spadassins rustres et ignares qui croyaient user de leurs armes pour faire main basse sur le pays. Ils croyaient, dans leur naïveté enfantine, pouvoir mettre le pays sous leur coupe réglée, et, en quelques jours, déstabiliser tout l’arsenal institutionnel en place depuis deux décennies dans le pays.

L’échafaudage n’a duré que le temps d’une rêverie, le temps que les citoyens maliens se réveillent pour refuser l’imposture, le temps aussi que la CEDEAO surtout mette en branle sa machine répressive en place depuis longtemps. En-deçà d’une réalité qui leur échappe largement, Amadou Sanogo et ses camarades en sont réduits maintenant à demander l’indulgence de la CEDEAO. Ils doivent désormais faire amende honorable s’ils ne veulent pas mettre tout le pays à genou, aux mains d’une rébellion qui n’a certainement pas encore dit son dernier mot.

A y voir de près, les sanctions de la CEDEAO, si elles sont mises en application aujourd’hui, priveront le pays de ressources précieuses pour faire la guerre dans un contexte où l’armée a plus que jamais besoin de moyens importants pour lancer sa contrattaque et, si possible, reprendre ses positions antérieures. Pour sa propre existence, la junte a besoin de démordre pour que tout le Mali ne tombe pas aux mains de la rébellion. C’est fait désormais, mais les incertitudes créées par un quarteron de gradés sans boussole, ont permis aux rebelles d’avancer suffisamment pour couper le pays en deux.

Cette situation voit revenir à grands pas le lourd pessimisme pesant sur la démocratie en Afrique. Je ne reviendrai pas sur le fameux Négrologie, ouvrage proprement caricatural, mais combien lucide, d’un Stephen Smith qui n’a fait que la peinture d’une Afrique violente, sauvage et barbare. Cette Afrique du fond des âges révolus se projette sous nos yeux, sous les espèces de cette remise en cause brutale de la lente construction démocratique opérée par tout un peuple durant des décennies. Il a suffi de quelques voyous, munis des armes de la république, pour faire évaporer le bénéfice de tous les efforts, toutes les larmes et tout le sang versé.

 Cruel recul, cruel sort, cruelle désillusion. Je parlerais plutôt des Mirages démocratiques, cette dernière publication du journaliste français Vincent Hugeux qui s’interroge à haute voix sur la capacité des Africains à expérimenter et à réussir la démocratie en Afrique. Au-delà de son pessimisme rampant, la question se pose : ne nous sommes-nous pas trompés, et massivement trompés alors, sur le modèle de gouvernance conforme à la nature de l’Africain ?

Mais la situation du Mali est encore plus difficile pour toute la sous-région au regard des succès de l’irrédentisme touarègue. Le nord Mali (le pseudo Azawad) va bientôt constituer une base arrière pour tous les mouvements touareg du Niger, de la Mauritanie et même de la Libye qui en avaient cruellement besoin. Idem pour les islamistes de l’AQMI et d’Ansar Dine qui y trouveront un terrain de prédilection pour leurs trafics en tout genre. Sommes-nous en face d’un nouvel Afghanistan, d’une nouvelle Somalie ? Seule l’efficacité de la CEDEAO pourrait enrayer le spectre de la désintégration qui pointe à l’horizon.

Dans tous les cas, l’exemple malien devrait ouvrir les yeux à nos Etats. Aucun dispositif législatif ne sera jamais assez fort pour empêcher la soldatesque de se saisir du pouvoir.

Olivier ALLOCHEME

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