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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Je suis un cabri mort


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L’école béninoise est à la veille de sa première année blanche depuis la fin des années 80. Inexorablement et presque joyeusement, les actes posés par les protagonistes de la crise concourent à un dramatique dialogue de sourds. Il n’y a rien de plus grave.

La campagne d’explication initiée sur le terrain comme le lynchage médiatique en règle entrepris contre les enseignants mettent en place les bases d’une tension insoutenable. Un peu comme si l’on était en campagne électorale, ministres, conseillers et autres affidés du pouvoir occupent outrageusement l’espace médiatique à la recherche d’une approbation populaire pensée comme l’ultime solution. Il n’y a rien de plus faux.

 A l’heure actuelle, ce recours intempestif au verdict populaire voudrait faire accroire que les enseignants étant en faute, ce sont les populations qui doivent les raisonner. Qu’il appartient donc aux élus locaux, notamment aux maires de pouvoir les ramener sur la même longueur d’onde que le gouvernement. « Ce problème me dépasse » avait supplié le Chef de l’Etat à Gogounou avant d’ajouter qu’il est désormais « un cabri mort », expression signifiant qu’il ne peut strictement plus rien donner à quelque catégorie de fonctionnaire que ce soit.

Et c’est clair qu’aucun Etat sérieux ne saurait faire autre chose que de prendre ainsi ses responsabilités face à ses ressources limitées. Il y a longtemps que les avertissements de tous les observateurs avaient été ignorés par le gouvernement. Boni Yayi a fait fi de tous les appels à la modération dans l’engagement des dépenses salariales, passant d’inédit en inédit, distribuant aux syndicats les deniers de l’Etat sans penser aux conséquences que nous voyons.

 La dernière en date, les 25% généreusement octroyés, relevait carrément de la gageure, un aveuglement singulier dans un contexte national et international particulièrement défavorable. Miné par l’instinct de « papa bonheur », flatté au-delà de tout bon sens par son entourage qui a peur de lui dire la vérité, le Président donne. Il donne et il donne encore. Les failles de la gouvernance Yayi aggravent encore plus cette dérive, d’autant qu’en face il n’y a personne, aucune force organisée pour lui dire d’arrêter de se faire mener en bateau par les syndicats. La chaîne de télévision nationale, dont les agents sont payés par nos impôts, noyautée et caporalisée, ne sert d’autre vérité que celle du pouvoir.

 Elle retourne à l’âge de la pierre taillée. Conséquence logique, le gouvernement se noie dans ses propres turpitudes. Il se lave blanc dans l’eau glauque du culte de la personnalité et ne peut voir dans le miroir de ses actes que ses propres gesticulations face à une réalité de plus en plus suffocante.

Et nous voilà en face d’une perspective désastreuse, celle de l’année blanche dont personne n’ignore les conséquences pour les familles et les écoles. C’est le pire que prépare visiblement le Chef de l’Etat en envoyant ses missi dominici pour montrer qu’il n’est pas en cause. Que de par leur jusqu’auboutisme, ce sont les enseignants qui veulent conduire le pays au pire. Dans l’hypothèse, improbable, qu’ils arrêtent aujourd’hui leur mouvement, rien n’indique que l’Etat pourra disposer des moyens pour honorer réellement ses engagements. L’échelonnement de l’augmentation salariale jusqu’en 2014 est tout, sauf réaliste.

Et cela pour une raison simple: sur les quatre ans prévus, l’Etat béninois aurait-il accumulé 25% de croissance économique afin de disposer des moyens nécessaires au respect de cet engagement ? Il suffit de voir la courbe de la croissance de ces six dernières années pour y répondre. En cette année 2012, toutes les prévisions de croissance ne dépassent guère 4% après les 3,8% de l’année dernière. Rien n’indique au surplus que l’année prochaine sera meilleure. Alors, d’où l’Etat tirera-t-il les ressources pour payer ?

La campagne médiatique est tout de même le signe que le gouvernement est conscient d’avoir dépassé toutes les bornes. Signe de désespoir d’un cabri réellement mort, cette stratégie donne ses premiers résultats. La Fédération Nationale des Associations de Parents d’Elèves et d’Etudiants est désormais entrée dans la danse. Les corps constitués et toutes les institutions de la République ont été appelés à la rescousse en une espèce de conférence nationale improvisée. Leur intermédiation servira peut-être à conjurer le mauvais sort dans un contexte où l’avenir est couvert de gros nuages.

Olivier ALLOCHEME

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