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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Une mauvaise foi hallucinante


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C’était tout à fait prévisible. Le bras de fer gouvernement-syndicats enseignants a atteint un point critique. Une année blanche frappe à la porte de l’école béninoise. Et l’attitude du gouvernement n’est pas pour arranger la situation. Au contraire, elle contribue fortement à l’envenimer davantage.

Le gouvernement réécrit effrontément l’histoire en détournant calmement (et sans rire) l’actualité très récente relative à l’attribution des 25% aux agents de l’Etat en août 2011. On le sait, c’est après les huit mois de grève des agents du ministère des finances que ceux-ci ont décroché ces 25%. C’était un des nombreux avatars de l’affaire dite Dangnivo, une affaire qui s’est conclue par le désaveu des syndicats qui se sont retrouvés à défendre l’indéfendable une fois que la réélection de Boni Yayi a été établie. Même dans le village du disparu, village censé prendre faits et causes pour l’opposition, le Chef de l’Etat a battu ses adversaires, montrant du coup aux syndicalistes la vacuité de leur lutte.

 Ajouté à ce désaveu des urnes, il y a le diagnostic des médecins légistes qui ont rejeté les dénégations outrées des syndicalistes à la suite de la découverte du corps de Womè, corps que les autorités judiciaires ont aussitôt indiqué être celui de Dangnivo au grand dam des syndicalistes. Ni ceux-ci encore moins sa famille, n’ont admis cette thèse, celle de la mort de Dangnivo chez un féticheur, admettant au contraire son kidnapping pour des motifs plus ou moins politiques. Du moins, publiquement comme en privé, voilà la version que les syndicalistes ont toujours laissé entendre, certains d’entre eux allant jusqu’à soutenir l’implication de l’Etat dans cette disparition.

La réélection de Boni Yayi était pour eux un désaveu cinglant. Pour trouver le change, ils ont vite converti l’objet de leurs débrayages incessants en revendications salariales. D’où les 25% qui ont été octroyés d’abord aux agents du ministère des finances, puis généralisés à tous les agents de l’Etat à la suite d’une décision de la Cour constitutionnelle.

Comme on le voit, nulle part et à aucun moment, il n’a été question des 25% octroyés aux enseignants en 2010. Du reste, le relevé des conclusions des négociations entre les deux parties est resté muet sur la question, ce qui indique clairement qu’il n’en a jamais été question.

Contre toute attente, c’est par ce bout que le gouvernement voudrait faire face à la crise sociale née de l’application sélective de cette mesure des 25%. Toute honte bue, un premier ministre comme Koupaki est venu soutenir cet incroyable renversement de la réalité. Et avec lui, tout le gouvernement a indiqué que c’est l’allocation concédée aux enseignants « qui a suscité chez les Agents des autres secteurs des arrêts de travail de plusieurs mois avec pour revendication essentielle la correction de la discrimination créée par l’augmentation du traitement accordé aux enseignants. » C’est hallucinant !!!

Et vendredi, quatre ministres de la république, aussi honnêtes que mes chaussures, sont venus défendre l’indéfendable à la télévision nationale, en dressant un verbiage creux et révoltant qui ne peut qu’aggraver la colère des enseignants. Et c’est là le drame. Ils ont l’impression d’avoir affaire à des paysans alors que les enseignants font partie de l’élite dans tous les pays du monde.

Mais il est vrai aussi qu’en donnant les 25%, l’Etat béninois avait tout prévu sauf de se retrouver en face du scénario catastrophique qu’il vit actuellement. C’était une inconcevable gageure d’augmenter de 25% les salaires de près de 100 000 fonctionnaires dans un pays qui a connu l’une des croissances économiques les plus faibles en 2011 en Afrique de l’Ouest.

Et qui plus est au moment précis où les travailleurs du ministère des finances ont fait huit mois de grève mettant suffisamment à mal les finances publiques. Pour le moment, les graves difficultés du port ont annihilé les prévisions de recettes, pas seulement du fait des réformes mais aussi de la piraterie maritime qui a fait fuir bon nombre d’armateurs.

L’attitude actuelle de l’Etat prend appui sur un mensonge grotesque. L’appareil d’Etat mobilisé pour intimider les enseignants ne servira qu’à retarder l’heure de la justice. Les enseignants, qui ne sont pas nés de la dernière pluie, résisteront. Pour l’honneur. Et l’année blanche n’a jamais été aussi proche…

Olivier ALLOCHEME

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