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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec le Professeur Dénis Amoussou-Yéyé, enseignant de psychologie à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC):« La RB a fait un bon choix en rejoignant la mouvance présidentielle»


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Professeur habilité des universités françaises, Maître assistant CAMES et enseignant de psychologie à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), Dénis Amoussou-Yéyé est un observateur averti de la scène politique béninoise depuis plusieurs décennies. Militant de la Renaissance du Bénin (RB), il livre à travers cet entretien sa lecture de la nouvelle posture de son parti sur l’échiquier politique et applaudit son adhésion à la mouvance présidentielle.

 

Professeur Dénis Amoussou-Yéyé, «Un parti ne peut pas supporter quinze (15) ans d’opposition ...»

L’Evénement Précis : Quel est votre regard de la nouvelle posture de la RB sur l’échiquier politique national ?

Professeur Dénis Amoussou-Yéyé : Vous savez, quand une famille est malade, c’est l’enfant le plus sensible et souvent le plus intelligent qui exprime son intolérance de la maladie de la famille. Je n’ai jamais voulu que la RB soit cela. Moi, j’avais un parti que j’ai fondé avec des amis et qui s’appelle Union démocratique pour le renouveau social (UDRS) et après l’appel de Goxo, nous avons intégré la RB sans condition.

 Mais, je me suis rendu compte que, comme beaucoup de gens, que c’était un marché de dupes. Ce n’était pas une intégration ; ça a voulu être ça au départ puisqu’il y avait eu un congrès de fusion qu’on a appelé congrès de l’unité en août 1995 qu’on avait préparé sérieusement pour qu’on soit un grand parti moderne. Ça n’a pas été ça. A quoi a-t-on assisté ? On s’est sabordé au profit de l’ancienne RB. On a disparu.

Moi, j’étais venu pour Nicéphore Soglo. Je n’étais pas venu pour la RB originelle de Madame Rosine Vieyra Soglo qui est une très brave femme. Je suis venu pour un grand rassemblement de Nicéphore Soglo. Malheureusement, ça n’a pas été le cas. Il était à un moment donné le président statutaire après le congrès de 1994 de la RB mais ça ne l’intéresse pas de diriger un parti politique. Donc, c’est madame Rosine Soglo qui était la vice-présidente qui dirigeait en fait.

 Après la chute de Nicéphore Soglo en 1996, elle est devenue la présidente en droit. Mais, sa direction n’a pas plu à beaucoup de gens. La RB originelle qu’elle a fondée, elle est très honnête et elle l’a dit, ce n’est pas un grand rassemblement de Soglo ; c’est la RB originelle qu’elle a fondée pour profiter de l’aura de son mari et l’envoyer ses amis de jeunesse, ses dames de compagnie à l’Assemblée nationale. C’était ça. Evidemment, les gens comme moi n’étaient pas d’accord surtout qu’on avait échoué et je manifestais ça. Je ne cachais pas mon truc. Je n’étais pas aimé mais je ne cachais pas ça.

 Et maintenant, ce qui a fait que j’étais devenu pratiquement la bête noire. Nicéphore Soglo m’a récupéré à la Mairie comme Chargé de mission aux affaires politiques. Il m’estime pour mon franc-parler. Mais, moi je vous dis qu’en 2006, j’avais dit partout et écrit qu’il faut soutenir Adrien Houngbédji. C’est Adrien Houngbédji le candidat pour le meilleur et pour le pire. Il faut le soutenir à fond même s’il ne gagnait pas en 2006, il gagnerait prochainement parce qu’on fait un leader.

C’est le Président Nicéphore Soglo lui-même qui m’a appelé directement de Paris pour me dire qu’il fallait aller avec le président Yayi Boni. Il est de la RB et a toujours la carte du parti et qu’il faut le soutenir. Bon, discipline du parti, respect pour le président Soglo, j’étais rentré dans les rangs pour qu’on soutienne Yayi Boni. On avait un ministre en la personne d’Abraham Zinzindohoué. Qu’est-ce qui s’est passé ? On n’a jamais discuté nulle part sur quelle base nous avons décidé qu’on est dans l’opposition. Ce n’est pas Amoussou-Yéyé ça !

J’ai commencé à manifester ouvertement mon opposition. Je n’ai pas été à une rencontre au stade de l’amitié en 2008 pour constituer les G, je n’ai pas été au séminaire d’Abomey où l’Union fait la Nation était née. J’ai manifesté ouvertement mon opposition. On m’a limogé de mon poste de chargé de mission dans le cabinet du maire. Moi, je suis plutôt de sensibilité de la mouvance. Ils ont fait leur campagne dans l’Union fait la Nation et ils ont échoué. Mais, Léhady comprend très vite, il est très intelligent. Ce monsieur a une intelligence vive. Il a vu que ce que je disais était vrai.

Un parti ne peut pas supporter quinze (15) ans d’opposition. Il est mort. Après dix ans, je dis qu’on ne peut pas aller dans l’opposition même si l’autre c’est le diable et que vous l’avez soutenu, il faut rester avec lui. Il a compris que s’il continuait, le parti est mort parce que tous les cadres veulent être avec celui qui a le pouvoir. C’est ainsi que j’étais là et Léhady Soglo m’a appelé. On a discuté longtemps et j’ai répondu que bien sûr parce que même quand on divorce on garde de bons rapports. Et on a bavardé longtemps et il s’est dégagé pour moi une bonne impression.

Tous les points de divergences semblaient aplanis. Il y avait des points de convergence sur beaucoup de points et il m’a invité au séminaire de réflexion des 27, 28 et 29 janvier 2012. Et j’y ai été et il m’a associé à sa cellule de communication et participé à l’élaboration de son discours. J’ai été au séminaire mais j’ai remarqué que les séquelles de l’UN sont encore vives. Beaucoup de gens n’acceptent pas que le parti aille dans la mouvance.

 Je ne sais pas pourquoi. Est-ce que c’est du régionalisme ou est-ce qu’ils sont habitués à l’opposition ? J’ai constaté que beaucoup de gens même au niveau du bureau politique ne voulaient pas que la RB aille à la mouvance. Pendant que je me suis rendu au siège de la RB, ma voiture qui était derrière dans la palmeraie a été agressée. Moi, je me suis dit que c’est ceux qui ne veulent pas que je vienne. Parce que si je viens, je vais le soutenir à fond dans la mouvance.

 Après quinze ans, ça va. On n’est pas opposant par vœu, on n’est pas opposant professionnel surtout que l’homme vous appelle. Il a appelé la RB plusieurs fois au gouvernement et c’est le MADEP qui a réagi une première fois avec les ministres Abiola et Kint Aguiar. On ne fait pas la politique pour perdre, on fait la politique pour gagner. Donc, moi je pense que la RB a fait un bon choix pour être avec la mouvance présidentielle parce que Soglo a laissé des traces profondes.

La vision de Soglo est toujours d’actualité pour le Bénin. Il n’a pas eu la chance de mettre sur pied une machinerie politique partisane, disponible, il n’aimait pas beaucoup ça, il n’avait pas le temps, mais sa vision est toujours valable. Il ne faut pas laisser le Bénin comme un vieux pays gangrené par la corruption ; il faut en faire un Etat moderne.

Pensez-vous que ce départ du regroupement politique qu’est l’UN ne fragilise pas la RB ?

La RB n’a besoin de personne. Au départ, la RB est un parti né avec des dents. C’est un grand parti. La RB a eu 20 députés en 1995. En 1999, elle a eu 27 députés là où le second a 13. En 2003, elle a encore 15 députés. C’est un grand parti mais les crises mal gérées et le fait que la présidente soit un peu fatiguée aussi, ont fait que la RB est devenue un parti exsangue. Mais, ce n’est pas la RB qui a initié l’Union fait la Nation qui était avant le G4.

C’est Léhady Soglo. Et là, il a fait preuve d’une intelligence politique, il voulait reconstituer l’ADD. Il a voulu ramener Houngbédji dans le groupe. Il pensait tirer son épingle du jeu et être le candidat de ce groupe-là. Ça n’a pas été le cas et c’est Houngbédji qu’on a pris. Il n’a aucun intérêt à rester dans l’Union fait la Nation. Aucun parti d’opposition en Afrique ne bat le parti au pouvoir. C’est rare ! Ce qui s’est passé avec Nicéphore Soglo, c’est un accident, c’est une mauvaise organisation, une mauvaise mobilisation. C’est vraiment extraordinaire. L’UN ne battra pas celui qui viendra après Yayi Boni.

Léhady Soglo était pourtant en belle posture pour être le candidat de l’UN en 2016 ?

En politique, les promesses n’engagent que ceux qui les croient. Déjà des gens disaient que c’est Bio Tchané qu’on va supporter. Ce n’était pas garanti pour Léhady Soglo après Houngbédji, ce n’était pas écrit. Peut-être qu’Amoussou Bruno essayait d’arrondir les angles. Mais Idji Kolawolé est là et il veut, il y a Emmanuel Golou qui le veut, Lazare Sèhouéto n’est pas des moindres. Sur quelle base garantir la place à Léhady ? En politique, il n’y a pas de parole donnée. C’est rare. Mais, il n’aurait pas été le candidat de l’UN en 2016. Moi, je suis convaincu que non. J’en suis persuadé.

Le ralliement de la RB à Boni Yayi ne constitue t-il pas une pilule amère pour les militants à la base ?

Je vous ai dit que j’ai rencontré beaucoup de gens du Bureau politique qui n’étaient pas pour le ralliement à la mouvance pour plusieurs raisons. Il y a ceux qui croient encore que la mouvance est vide. C’est un grand mouvement. Un parti politique, c’est une pédagogie.

 Un parti politique, c’est une communication pédagogique et un rassemblement. Rien n’est donné. Il faut expliquer pourquoi la RB a choisi d’aller à la mouvance présidentielle. Il faut continuer à expliquer. A défaut de persuader ceux qui sont encore les décideurs du bureau politique qui sont contre, il faut les nettoyer. S’ils ne sont pas d’accord avec le choix de la majorité, il faut les sanctionner et les enlever de leur poste. Mais, je pense qu’avec la pédagogie et avec notre culture de paix, les gens sont convaincus qu’aucun parti politique en Afrique ne peut faire vingt ans d’opposition et survivre.

Mais, il faudrait que le président Léhady Soglo fasse preuve d’intelligence des hommes. Il a l’intelligence des choses. C’est un bon gestionnaire, c’est un organisateur hors pair. Mais, les hommes. Il a fait un progrès mais, il fait encore plus. Nous sommes des camarades, nous sommes des partisans. Donc, il n’y a pas un qui donne des ordres à l’autre. Il doit être l’égal de tout le monde. Il est le premier des pairs. Donc, il lui faut l’intelligence des hommes après l’intelligence des choses.

Faut-il dès lors envisager que la RB soutienne un candidat unique de la mouvance en 2016 ?

Le candidat de la RB sera l’un des candidats de la mouvance parce que la mouvance n’aura pas un candidat unique derrière lequel la mouvance plurielle va se rassembler. Donc, Léhady est l’un de ces candidats. On parle encore de Bako. je vois aussi Soumanou Toléba, il y a Mathurin Nago, Marcel de Souza qui a un charisme. Donc les jeux sont ouverts. En politique, ce n’est pas la magie, ce n’est pas les oracles. En politique, c’est le travail, c’est ce que vous avez investi que vous récoltez. Si Nicéphore Soglo était organisé, il serait réélu.

Le départ de la RB sonne t-il la fin de l’UN selon vous ?

Ce n’est pas la fin. Mon aîné Bruno Amoussou, c’est quelqu’un qui va faire la politique jusqu’à la mort. Il a écrit un bouquin, c’est la politique ça. Il ne sera pas candidat mais il va conseiller. L’Union fait la Nation aura au moins trois candidats en 2016. Il y a Lazare Sèhouéto qui est là, il y a Antoine Idji Kolawolé et Emmanuel Golou. Et je suis sûr que le PRD va partir. Il a déjà commencé à partir parce qu’il ne voit plus son intérêt dedans.

Houngbédji a intégré l’Union fait la Nation pensant l’exploiter pour l’élection présidentielle. Ça n’a pas marché donc il va le lâcher et même quitter la tête du PRD. Le PRD, c’est le parti qui aura le plus de mal à trouver un autre leader. Le PSD en a un, Idji Kolawolé pour le MADEP. Et pour le PRD, qui va remplacer Adrien Houngbédji ? Pour ça, il y a des inquiétudes.

Avec le départ de Rosine Soglo et Bruno Amoussou de la tête de leur parti politique, peut-on dire qu’une page se tourne sur la scène politique béninoise?

Je n’ai jamais été pour la limitation d’âge à 70 ans. Ça a été une immense bêtise faite par les gens sous Soglo pour empêcher les anciens candidats et ça s’est retourné contre nous. Robert Dossou a 73 ans comme Alpha Condé en Guinée. C’est maintenant qu’ils sont mûrs. On a décimé notre classe politique. en 2006, Soglo aurait été candidat après Kérékou.

 La politique, c’est un endroit où les expériences s’accumulent. C’est trop tard pour faire un retour en arrière. La classe politique, ce n’est pas une génération spontanée. Elle se forme et met du temps. A part Sarkozy qui a été président à 53 ans, tous les présidents de la République en France ont au moins 60 ans.

Entretien réalisé par

Jean-Claude DOSSA

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