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Le triomphe de la vérité

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Editorial:L’aide publique en question


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La crise européenne aura irrémédiablement des répercussions sur l’Afrique. L’aide publique en direction du Sud va s’amenuiser. Déjà confrontée à la raréfaction de l’aide depuis la dernière décennie, l’Afrique va enregistrer cette année une diminution sensible de ses concours extérieurs. Et nous aurons à nous poser l’éternelle question : l’aide sert-elle réellement au développement de l’Afrique ?

La cause est entendue. La main qui reçoit est toujours en bas. Les pays donateurs auront toujours à dominer voire à écraser ceux bénéficiaires de leur générosité. Mais dans les faits, c’est moins l’aide que l’utilisation qui en est faite qui est en cause. En cinquante ans d’indépendance, l’Afrique noire a reçu environ 1000 milliards de dollars d’aide extérieure, qu’elle soit bilatérale ou multilatérale. Et pourtant, les réalisations effectives sont loin d’approcher ce montant.

 L’utilisation qui en est faite montre une dilapidation endémique des fonds extérieurs, voire un détournement quasi pavlovien. « L’argent du blanc » comme on l’appelle est une manne servant la plupart du temps à alimenter le parc automobile des administrations et de leurs responsables. Il se perd dans les rouages de la corruption. Pendant des décennies, les donateurs ont fermé les yeux sur l’utilisation effective de leurs concours. Cette indifférence, n’est pas elle-même le fruit de la magnanimité de l’Europe ou de l’Amérique. Non, les conditionnalités de l’aide viennent pourvoir en emplois les jeunes désœuvrés des bords de la Seine transformés pompeusement en coopérants techniques.

Elles donnent de juteux marchés aux entreprises des pays donateurs qui ont besoin d’accumuler une certaine expérience et de prendre leur part de ce gâteau bien juteux. Mais il y a aussi cette masse importante de conseillers techniques et de cadres, voyous en col blanc, qui ont réussi durant ces décennies de pagaille, à tirer leur épingle du jeu en se servant quelques commissions et retro-commissions tirées de ces fameuses aides.

 Résultats, l’aide n’aide pas l’Afrique. Elle a contribué à enrichir les cadres et les politiques, les entreprises et les ingénieurs tandis que les populations bénéficiaires n’en perçoivent que des miettes : des routes mal construites par des entreprises étrangères, des adductions d’eau distribues éparses pour tromper les Etats, des écoles construites avec peu de soin et si possible en rognant suffisamment les budgets prévus.

C’est en regardant toute cette conspiration du pire, que Dambisa Moyo a publié son fameux livre (Dead Aid, L’aide fatale) qui dresse en 2010 le sombre bilan de l’aide publique au développement au long du cinquantenaire des indépendances. On a presque envie de réécouter joseph Ki-Zerbo qui nous dit : « On ne développe pas, on se développe ». Pour ceux qui manifestent depuis une aversion particulière pour cette politique économique basée sur la main tendue permanente, voilà qui servira d’argument. Axèle Kabou qui vient de sortir un second brûlot après son fameux Et si l’Afrique refusait le développement, n’en pense moins.

Dans Comment l’Afrique en est arrivé là (L’Harmattan, 2011), elle montre les méandres de cette psychologie d’assisté s’emparant des peuples colonisés. Ils croient en la vertu de la sébile qu’à leurs propres sueurs. Les destructions de l’aide sont d’abord à recruter au niveau des mentalités qui s’encrassent dans la gabegie, l’irresponsabilité des peuples, les dérives de l’extranéité et le manque total d’empathie des gouvernants pour leurs peuples.

Il n’est que de rappeler qu’aucune nation au monde ne s’est développée en ne comptant que sur l’aide. L’Afrique reste le continent le plus aidé, mais en même temps le plus pauvre. C’est dire…

Depuis quelques années, la situation a changé. Les pays donateurs sont devenus plus exigeants et plus regardants quant à l’utilisation effective des ressources de leurs contribuables. Même si les oripeaux des anciennes pratiques demeurent par endroits, il est devenu presque impossible de dilapider les fonds des institutions internationales comme la banque Mondiale, le FMI ou l’Union Européenne. Idem pour l’aide bilatérale qui se fait plus rare mais encore plus serrée. Les conditions de décaissement en deviennent plus drastiques. La rigueur et l’efficacité de l’aide sont devenues des données récurrentes.

Il y a mieux. Avec la crise qui s’empare de l’Europe, l’Afrique est obligée maintenant de chercher en elle-même les ressources de son élan. Plus qu’une nécessité, c’est désormais un impératif. La crise a du bon.

Olivier ALLOCHEME

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