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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Au secours du port


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J’écrivais le lundi 16 janvier dernier ces lignes presque prémonitoires : « Le management des réformes pose problème, fondamentalement du fait de la mise à l’écart de bon nombre d’acteurs qui voient les nouvelles dispositions tomber sur leurs crânes comme la grêle. Ils doivent gérer une pluie de mesures qui s’enchaînent au rythme endiablé des carnavals. Sans préparation, sans sensibilisation et avec un maximum d’à peu près.

Lorsque les réunions et les concertations menées au pas de charge se multiplient, les consensus mis en place pour gérer le chaos viennent colmater les brèches béantes de la précipitation ». Ce fut pessimiste, je l’admets. Mais j’avais l’heur d’ajouter plus loin : « La nécessité de réformer les réformes elles-mêmes est maintenant une évidence. Et le tout devrait se mettre en place par le truchement d’un conclave (une table-ronde par exemple) mettant à plat tous les problèmes et en présence de tous les acteurs concernés ou leurs représentants. Le pilotage à vue privilégiant une politique du cas par cas mène tous les acteurs à l’abîme ».

Et en fait d’abîme, nous n’en étions pas loin mardi. Voir le Chef de l’Etat descendre en personne dans l’enceinte portuaire pour en faire déguerpir trois cents camions a quelque chose de profondément surréaliste. Même André Breton, chef de file du mouvement surréaliste en France, n’aurait pas pu imaginer scénario plus saisissant que celui offert par Boni Yayi ce jour-là. L’enceinte portuaire, transformé en un camp retranché, a vécu près de quatre heures de mélodrame supervisé du reste par un hélicoptère de la garde républicaine survolant l’espace à grand bruit. Nous n’étions pas loin du chaos.

Jeudi, ce sont les députés qui ont semblé tirer sur la sonnette d’alarme en décrivant à leur manière, la situation d’un port bloqué, fui par les importateurs étrangers, miné par les surcoûts liés aux réformes militarisé comme dans un pays en guerre. Et ne parlons pas des chiffres de la contreperformance ayant fusé de-ci de-là, comme un Edmond Agoua assurant que les recettes du port de Cotonou ont baissé alors qu’à Lomé, elles ont plutôt augmenté. « Ce qui se passe est très grave », a-t-il laissé entendre. Louis Vlavonou pour sa part se plaint de la baisse des recettes douanières qui ont chuté de plusieurs dizaines de milliards, selon lui.

 Il est remarquable que la fureur des parlementaires transcende tous les courants politiques de notre représentation nationale. Qu’ils soient de la mouvance ou de l’opposition, les députés ont unanimement désapprouvé l’enlisement de la situation allant jusqu’à souhaiter la mise en place d’une commission d’enquêter parlementaire. Celle-ci, si elle venait à être mise en place, pourrait mettre à nu les incohérences rédhibitoires qui paralysent l’autorité portuaire. Mais aussi les intérêts contradictoires qui s’y affrontent à l’heure des réformes.

En réalité, depuis plusieurs semaines, le port de Cotonou est en bute à des contreperformances sérieuses. Ceux qui le savent n’ont pas été surpris de l’action désespérée de Boni Yayi. Dans les faits, le niveau de recette actuel est largement en-deçà des prévisions. La dernière mission du Fonds monétaire international (FMI) n’a pas manqué d’attirer l’attention des autorités sur la situation. Encore que l’institution conditionne l’examen et la conclusion de la troisième revue de l’accord FEC à l’ordre du jour d’une réunion du Conseil d’administration qui se tiendrait au printemps 2012, à l’atteinte des objectifs mensuels de recettes de janvier et février.

Sans compter que pour assurer convenablement ses dépenses de souveraineté, notamment les dernières augmentations salariales, l’Etat a impérativement besoin des performances du port. Au demeurant, les blocages récurrents qui agitent l’institution lui font une très mauvaise publicité auprès de ses partenaires de l’hinterland. Les importateurs nigériens n’ont de cesse de crier leur ras-le-bol face à l’étau dans lequel le Bénin les met.

Le port de Cotonou est pour le Niger un exutoire obligatoire, du moment où les longs trajets à partir de Lomé induisent pour les importateurs nigériens des surcoûts difficilement supportables. Et les incertitudes béninoises ont déjà fait perdre un gros client comme AREVA, le groupe français ayant mis une croix sur Cotonou pour ce qui est de l’exportation de l’uranium nigérien. Un juteux marché parti en fumée…

Si les réformes en cours sont salutaires, les difficultés d’allumage peuvent être jugulées avec le temps. Les dégâts quant à eux ne se feront pas compter.

Olivier ALLOCHEME

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