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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Le vent des réformes


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Le Bénin est définitivement entré dans l’ère des réformes économiques. En dehors du PVI et du Guichet Unique dont la mise en œuvre ne vient que de commencer, il y a les grands chantiers en cours dans l’agriculture. Considérant le secteur agricole comme la base de la croissance, l’Etat béninois concentre une part importante de ses efforts dans la mécanisation, une mécanisation dont les effets ne se feront sentir qu’à long terme.

La mécanisation elle-même se double d’une approche filière touchant les treize filières jugées prioritaires aussi bien par l’UEMOA que par l’Etat béninois. Le grand conflit reste l’approche marchande : pour quel marché produire principalement ? La réponse à cette question n’est pas évidente. Le défi foncier est une barrière, un handicap de taille que les tentatives du MCA ont essayé de juguler à travers l’octroi de titres fonciers sécurisés qui ont pour méfait de contribuer au gel des terres agricoles. Le problème reste encore entier.

l’adoption (enfin) du Plan stratégique de relance du secteur agricole (PSRSA) élargit l’horizon des acteurs tout en leur fournissant des repères à l’heure du bilan. Et là aussi, durant ces cinq dernières années, il n’a pas été facile de choisir entre l’agriculture de type familial et l’agro-business. Le PSRSA reste en effet le bréviaire des acteurs, en même temps qu’il relance la question cruciale du financement du secteur. L’Etat pourra-t-il agir de façon à atteindre le seuil minimal de 10% du budget national fixé depuis les accords de Maputo ? Rien n’est moins sûr. Rien n’est plus urgent.

Ces réformes traduisent en tout cas la volonté de faire face à l’impératif rural. L’agriculture est un vecteur de croissance. Sa modernisation est en quelque sorte un impératif face aux défis du chômage des jeunes ruraux. C’est vers eux que se tournent des programmes et projets spécifiques, avec des fortunes plus ou moins différentes. L’urgence est là en effet, de trouver une réponse adéquate à la demande sociale en augmentation dans les villages, par rapport aux mutations de la couche juvénile qui accepte de moins en moins les conditions de vie paysanne.

 Les progrès de la scolarisation changent d’ailleurs profondément le visage de certains centres ruraux désormais tournés vers une urbanisation plus rapide que prévu. D’ici quelques années, la majorité de la population béninoise sera dans les centres urbains et semi-urbains. Il faut penser que c’est par faute d’avoir trouvé une réponse concrète à ces mutations en cours depuis des décennies, que le surpeuplement des villes a atteint des proportions critiques.

 Son corollaire le plus immédiat reste la multiplication des petits boulots dans les agglomérations urbaines prises d’assaut par le système D, c’est-à-dire la débrouille. On entre alors de plain-pied dans les raisons qui ont entrainé la dérégulation de l’économie béninoise tournée vers l’informel, le marché noir et les trafics en tout genre.

Il faut espérer que de nouveaux pôles de croissance jailliront de ces réformes. Mais restons toujours prudents. Si le coton est en voie de restructuration, rien ne nous prouve que la politique rentière menée depuis quelques années ne se poursuivra pas, pour obérer de nouveau les chances de relèvement du secteur. De sorte que l’arsenal de réformes mis en œuvre au port ne répond à mon sens qu’à un besoin de sécuriser nos échanges extérieurs.

Sécuriser et rentabiliser en réalité pour l’Etat et l’administration qui ont besoin de ressources de plus en plus importantes pour leur fonctionnement. Mais le citoyen lambda y trouve-t-il son compte ? N’est-ce pas lui qui en dernier ressort en paiera le prix ? Comment se fera la redistribution ? Telles sont les questions basiques.

J’incline finalement à croire que le financement intérieur des dépenses de développement, l’autre pan essentiel du problème, est désormais un impératif. Autrement dit, les Béninois peuvent financer leur propre développement. Il suffit de voir la mobilisation ayant accompagné le dernier emprunt obligataire et qui a permis d’engranger environ 64 milliards de FCFA, principalement sur le marché intérieur et dans la sous-région.

Il ne reste en vérité qu’à légiférer sur la contribution des banques et établissements financiers à la satisfaction des besoins réels des populations pour les obliger à se jeter dans la danse pour aider plus aisément les citoyens et les entreprises. Il me semble que la prochaine grande réforme devrait toucher ce vieux baobab, plus vieux en vérité que son âge.

Olivier ALLOCHEME

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