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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Soglo et les bottes de Yayi


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Les Soglo sont plus que jamais au cœur du régime Yayi. Et le père en premier ne rate plus aucune occasion pour apparaître aux côtés du Chef de l’Etat. Ce n’est pas seulement le week-end papal qui en a fourni un exemple éloquent. Le témoignage le plus achevé de cette collaboration reste la mise en œuvre méthodique et coordonnée du plan de déguerpissement des abords des grandes artères de Cotonou.

 L’opération menée par la mairie avait pour but d’épauler le pouvoir central dans ses efforts visant à accueillir dignement le souverain pontife. Cet engagement authentique de la municipalité a été une première, surtout à une ère Yayi marquée par une méfiance réciproque entre les deux parties, méfiance du reste attisée par les élections et leurs corollaires. Au sortir de ces consultations orageuses, l’assouplissement tendanciel des relations jadis électriques n’a fait que s’accentuer.

Ne parlons plus de l’entrée au gouvernement d’un RB, Blaise Ahanhanzo ou de Boniface Yèhouétomè, RB entré au bureau de l’Assemblée Nationale étroitement contrôlé par la mouvance. La lune de miel est plus que parfaite, marquée par le vote successif de lois salutaires pour le régime, avec l’appui constant du parti des Soglo. Depuis lors, Maman n’a plus jamais poussé ses coups de gueule légendaires qui la mettent si rudement au-devant des projecteurs.

Tel un agneau qui se laisse tranquillement tondre au gré de son maître, toute la RB, ses premiers responsables en tête, se laisse mener par la barque présidentielle. « Partenaire exigant et loyal » selon le mot de son président Léhady, il faut pourtant scruter avec des yeux particulièrement perçants avant de percevoir où se trouve réellement la fermeté inscrite dans ces déclarations de ralliement. Où est-elle ?

Dans les propos de Léhady en personne réclamant ouvertement une meilleure implication de son parti dans les actions de la mouvance ? Où est-elle donc lorsque la voix de la RB ne sert que de garniture à l’Assemblée, sans disposer de cette force de proposition qui fait les grandes formations politiques ? Où donc cette loyauté qui se trame sur un fond d’ambivalence, le parti étant désormais à la fois dans l’opposition et dans la mouvance ?

A toutes ces questions vient répondre l’attitude du maire de Cotonou lui-même. Nicéphore Soglo a visiblement choisi de se conformer à la realpolitik de l’après-élection, en tournant dos à ses amis de l’UN et en marchant résolument vers de nouvelles options. On ne le voit que trop. Ses présences répétées aux côtés du Chef de l’Etat, relèvent à la fois des nécessités de ses charges et de la nette prise de conscience des enjeux politiques futurs.

 C’est à se demander s’il est vraiment heureux de jouer son rôle de cinquième roue du carrosse présidentiel. Mais apparemment, il s’y plaît bien, comme porté par le poids de ses convictions anéanties du reste par les résultats des dernières consultations électorales. L’ombrelle de Yayi garantit des jours moins délicats et l’ambiance bon enfant qui règne dans les allées de la présidence au profit de l’ancien président qu’il est, n’est pas pour lui déplaire.

Lorsque de surcroît ses « anciens » camarades de l’UN envoient une correspondance au souverain pontife pour dire (à nouveau) leurs récriminations contre le pouvoir, Nicéphore Soglo ne pourrait qu’en sourire : ce ne sont que de simples objurgations sans lendemain. Le dernier mot appartient à celui qui est dans les alcôves dorées du pouvoir et qui sait en jouir aussi longtemps que possible. Mais aux yeux des autres, quelle traitrise !

A vrai dire, il faut croire que le maire de Cotonou n’entend plus vivre les aléas d’un télescopage permanent avec les régimes qui lui ont succédé. Il assume désormais le choix de la réconciliation portée au fronton de la visite papale, au même titre que la justice et la paix. Si traitrise il y a, on peut peut-être admettre une farouche volonté de mettre fin à près de deux décennies de confrontation. Mais j’incline à croire également que le poids de la solitude a dû jouer à fond.

 Le départ d’une bonne partie des cadres du parti et la perspective pour le peu qui est resté fidèle, de vivre (encore) cinq bonnes années de traversée du désert, ont également joué un rôle de premier plan. Et Nicéphore Soglo pourra arborer le profil du leader qui sait orienter sa troupe dans les aspérités rugueuses du temps qui passe.

Olivier ALLOCHEME

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