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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Gens d’Agonlin


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Les cadres et personnalités de la région Agonlin ont mis à profit le week-end dernier pour adresser leurs remerciements aux populations de la région. C’est beau et surtout politiquement bien pensé. Valentin Djènontin, Lambert Coty, Honorine Atikpa et Pascal Gandaho, tous accompagnés d’une flopée de cadres ont dit aux populations de Zagnannado, Ouinhi et Covè les remerciements du Chef de l’Etat après les élections décisives de 2011. Juste le temps de rappeler à tous l’importance stratégique de cette région dans la géopolitique nationale.

Covè, Zagnannado et Ouinhi forment en effet une ceinture stratégique pour Boni Yayi. Pour tout observateur averti, Abomey, la forteresse imprenable des Soglo, avait besoin d’un contrepoids que pouvait incarner toute la région. Et c’est à juste titre que les cadres et personnalités de la zone ont été positionnés pour non seulement offrir le change face à la RB et Force-Clé, mais aussi aux mouvanciers déserteurs qui ont choisi de quitter la barque présidentielle.

 On sait ce qu’il advint du militantisme anti-Yayi d’un certain Janvier Yahouédéou. Le patron de Microsoft Bénin a perdu les élections législatives, après le raz-de-marée du 13 mars 2011. Deux coups dont le plus violent aura été celui des législatives. Le transfuge de la mouvance présidentielle s’est vu damer le pion par son suppléant qui occupe désormais le terrain et le fait disparaître au plan politique. Depuis, on n’entend plus ses vertes critiques sur les machines agricoles ni sur l’affaire ICC-service.

Janvier Yahouédéou mis hors d’état de nuire, c’est pourtant une des voix les plus importantes de la politique béninoise qui s’éteint au moment où la population avait le plus besoin de lui, à l’heure où la pensée unique est de retour avec force. A l’heure où l’opposition constituée par l’UN reste dans les marges de l’Assemblée, désarçonnée par l’ampleur de la défaite et la défection spectaculaire de la RB.

Dans la région Agonlin, la géopolitique a voulu qu’Aké Natondé soit élu et que d’autres cadres soient positionnés dans différents ministères, exactement comme s’il fallait toujours contenter les électeurs en vue d’autres consultations. C’est le sens de la sortie des cadres et personnalités de la mouvance qui n’ont pas hésité à faire le déplacement pour dire MERCI. Mais il y a d’autres enjeux liés aux prochaines consultations qui se préparent à fleurets mouchetés. Personne n’est donc dupe.

Mais tout cela cache (à peine) les insuccès d’Abomey et de Bohicon toujours aux mains de la RB. Même s’il réclame avec une insistance suspecte son appartenance à la mouvance, le parti des Soglo ne s’est pas encore désaffilié de l’UN. Et les deux villes font la moue devant Yayi qui a irréductiblement besoin de sentir le soutien de tout le monde.

Derrière la politique, les cadres d’Agonlin usent de l’astuce de leurs homologues de Kétou et de Savè qui ont sollicité jadis collectivement le Chef de l’Etat pour réaliser chez eux des projets de développement jugés vitaux. En faisant faire les doléances par les populations elles-mêmes, les ministres et cadres présents à Agonlin n’en seront que plus forts pour porter la parole de leurs frères et sœurs. Dans la tête des populations, les élections sont un cadeau fait aux élus. Mais depuis son avènement, Boni Yayi en a fait une occasion de réclamations d’infrastructures de développement.

 Un peu comme pour dire que le vote n’est qu’un instrument (parmi d’autres) pour avoir un dispensaire, un collège ou encore une piste rurale. Ce n’est plus un blanc-seing. Et à ce rythme, la ronde des chefs traditionnels, ministres et cadres de toutes les régions se fera plus grande au Palais, entrainant du coup un taux d’insatisfaction plus fort encore face aux promesses ou demi-promesses qui ne se concrétiseront que difficilement face à la crise.

C’est ici que la pertinence de la méthode pose problème. En faisant croire aux gens qu’on pourra régler leurs problèmes, le Président de la République ne pourra pas démentir ceux qui prétendent qu’il tient difficilement promesse. A Agonlin, les assurances données par les cadres et ministres, n’auront plus qu’à aller dormir dans un tiroir bien au chaud des rats et des cafards, du fait de la crise des finances publiques.

Olivier ALLOCHEME

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