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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Jusqu’où ira Yayi


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Le Chef de l’Etat est-il capable de franchir le Rubicon ? La question, lancinante, taraude l’esprit de tous les agents de l’Etat. Après les douaniers qui se sont vu interdire le droit de grève par le coup de massue présidentiel, après les agents des sociétés d’Etat et d’économie mixte, il ne reste plus que la grande masse des autres travailleurs de la fonction publique. Ils ont peur de voir fondre leurs avantages, de voir secouées et tamisées les primes et indemnités par un pouvoir qui n’a plus peur de rien.

Pour pernicieuse qu’elle puisse paraître, la stratégie d’approche, lente et progressive, ne manque pas de calcul. Elle est semblable à la technique de chasse des grands animaux de proie. Petit à petit, Boni Yayi veut resserrer les conditions de travail des fonctionnaires.

La détermination radicale exprimée le 28 septembre dernier, jour où « les raisins de la colère » ont été massivement déversés sur les douaniers, a montré le désir de Boni Yayi de couper court à un certain mode de gouvernance : « Vous croyez que je vais reculer. Je mets en garde quiconque va prendre la rue pour faire du désordre, je dis bien quiconque en défi. On ne peut pas continuer comme ça. On ne peut pas construire un pays comme ça », avait-il menacé.

 Sous le coup d’une colère volcanique qui en a fait sursauter plus d’un, les menaces proférées comme les jalons posés à l’époque ont rendu aléatoire tout repli du gouvernement. Devant la trentaine de réformes que se propose Boni Yayi II, le défi d’assainissement inscrit au fronton de son mandat lui recommande le bâton et la carotte, mais beaucoup plus de bâtons que de carottes. Et ils pleuvent, ces bâtons.

La suspension inédite et brutale des primes et indemnités aux agents des sociétés d’Etat ne doit donc rien à une réflexion courte. Elle est le fruit d’un engagement clair et profond du Chef de l’Etat. « Pendant que les réformes sont en cours, nous devons accepter de faire des sacrifices comme cette mère qui veille sur son bébé dans le ventre pendant qu’elle souffre », avait-il assuré ce jour-là devant les douaniers retraités. Avant d’ajouter : « Je ne vois pas un pays qui gagne s’il ne fait pas appel à sa fermeté. Nous irons à la fermeté. Il n’y a rien à faire. Je suis décidé. On ira à la fermeté. »

Le Chef d’Etat qui parle sur ce ton est à son deuxième et dernier mandat. Autrement dit, il n’attend réellement plus rien à la politique, sauf de pouvoir placer un dauphin, au soir de son quinquennat, quand sonnera l’heure de partir. Le fera-t-il même ? Les entourloupes de Kérékou en fin de règne, ont donné de leçon au Chef de l’Etat, un admirateur du vieux général et de ses ruses de caméléon. Elles sont si prégnantes qu’il n’hésitera pas à jouer sur plusieurs tableaux pour donner le sentiment de contrôler la situation.

Alors, un tel président n’aura pas vraiment froid aux yeux pour faire appliquer les réformes qu’il juge vitales. Le scandale des primes et indemnités ne le fera pas trembler. Il ne reculera pas. Les grèves programmées, les manifestations tonitruantes aux portes des ministères et des sociétés, comme d’ailleurs les médias mobilisés pour les besoins du bruit ne serviront qu’à lui montrer la justesse de son orientation. Et à galvaniser sa fermeté.

Comme tout pouvoir enclin à s’appuyer sur une volonté populaire plus ou moins massive, ce yayisme ferme et inattendu trouve sa source d’inspiration dans les 53% de mars dernier. Ce yayisme-là n’est pas celui des faiblesses. Mais alors, le Chef de l’Etat a-t-il raison de tout bousculer en même temps ? N’était-ce pas mieux d’en adoucir les effets par une politique plus responsable, mieux pensée et mieux conduite ? Sans doute oui.

Le chantier des réformes se mène aujourd’hui au pas de charge, à une cadence déconcertante : interdiction de grève des douaniers, PVI, suspension des primes et indemnités aux agents des sociétés et offices d’Etat, et demain peut-être la loi sur le droit de grève…le tout en à peine quatre mois. Et une chape de plomb pèse sur nos têtes chenues dressées par les années-désordre…

Olivier ALLOCHEME

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